‹ Jeanne d'Arc la VénérableChapitre 19 sur 45 · Mystère du sièf/e d'Orléans, v · texte numérisé non relu

Mystère du sièf/e d'Orléans, v

Orléans

— Voulez-vous donc que nous nous rendions à une femme?

Cependant, l’armée française tardait de revenir. C’est que quelques chefs avaient opiné pour ne pas tenir la parole donnée à Jeanne. Dunois l’emporta et, le mercredi 4 mai, Jeanne sortit d’Orléans avec La Hire, pour venir à la rencontre de ses soldats, qui amenaient de nouvelles munitions. Glacés de terreur, les Anglais laissèrent passer cette troupe, qui prit un peu de repos dans les murs de la ville.

Vers midi, le Bâtard d’Orléans arriva chez Jeanne, et lui annonça que Falstôff arrivait, amenant aux Anglais des hommes et des vivres, et qu’il était déjà à Janville.

— Bâtard, Bâtard, lui répondit-elle en riant, je te commande, aussitôt que tu sauras la venue dudit Falstôff, que tu me le fasses connaître, car, s'il passe sans que je le sache, je te ferai ôter la tète.

Dunois, sans se formaliser, lui répondit, en riant aussi, qu’il ne manquerait pas de l’avertir. La vérité était que, regardant la Puce lie comme une bonne fille, brave et dévouée au roi, envoyée de Dieu, mais sans croire encore que sa mission lui donnât le droit de tout diriger, Dunois lui avait caché la résolution prise d’attaquer les assiégeants sur l’heure. .

Or, Jeanne, brisée de fatigue et d’émotion, s’était jetée tout habillée sur son lit et endormie. Tout à coup, ses voix l’éveillent. Les Français se battent, et elle n’y est pas, et, parce qu’elle n’y est pas, ils ont faibli.

— Le sang de nos gens coule par terre, s’écrie-t-elle. Mes armes, mon cheval!...

Puis, s’adressant à son fidèle écuyer d’Aulon :

— Mon Conseil m’a dit que j’aille contre les Anglais; mais, je ne sais si je dois aller contre leur bastille, ou contre Falstôff qui les doit ravitailler.

Pendant qu’elle disait cela, frère Paquerel et d’autres prêtres, entrant en son logis, l’entendirent qui s'écriait :

— Où sont ceux qui me doivent armer? Le sang de nos

gens coule par terre! En nom Dieu, c’est mal fait. Pourquoi ne m’a-t-on pas éveillée plus tôt? Nos soldats ont bien à besogner devant une bastille, et il y en a de blessés. Mes armes? ùpportez-moi mes armes et amenez-moi mon cheval !

Les assistants ne savaient que penser, car tout était aux alentours calme et silencieux. Jeanne cependant courait à la porte, où elle rencontra son page, Louis de Contes :

— Ab! sanglant garçon, lui cria-t-elle, tu ne me disais pas que le sang de France fût répandu !

Elle l’envoya quérir son cheval, et remonta prendre son armure. D’Aulon finissait de la lui ajuster, quand on entendit du bruit dans la rue. Elle se précipite et, une fois dehors, s’aperçoit qu elle a oublié sa bannière. Elle crie au page de la lui passer par la fenêtre de sa chambre, la saisit au passage, et se dirige au triple galop vers la porte de Bourgogne. Le sabot de son cheval faisait jaillir des étincelles. Elle allait droit, par le chemin le plus court, là où jamais elle n’était allée.

L’écuyer et le page eurent beau monter à cheval, ils ne purent la rejoindre qu’à la porte de la ville, où la déroute des assiégés la retint un moment. C’est là qu’elle vit, pour la première fois, des blessés français :

— Jamais, dit— elle plus tard, je n’ai vu couler le sang français sans sentir mes cheveux se dresser sur la tête.

Ce sang, il faut le venger et rétablir, en vengeant l’honneur français, le sort de la bataille, Jeanne s'empare du commandement, elle fait [défendre par un héraut de piller l’église do Saint-Loup qu’on va reprendre sous sa conduite, puis, tranquille, sereine, mais illuminée d’un rayon d’en haut, elle donne le signal. Talbot est accouru au secours de la bastille menacée* ce n’est pas trop du chef anglais et de ses meilleures troupes pour soutenir le choc de l’héroïne. Les troupes françaises les arrêtent et l’assaut continue. Trois heures durant, les Anglais opposent une résistance acharnée, Jeanne les chasse de la bas-

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tille de Saint-Loup. Ils fuient ou se réfugient dans l’église, et quelques-uns revêtent, pour se sauver, les habits et les ornements sacerdotaux.

— Respectez ces hommes, à cause de leurs habits, commanda Jeanne à ce spectacle de lâche terreur, je les fais mes prisonniers, gardez-les près de moi, et tout à l’heure, avec moi, vous les reconduirez dans mon logis.

C’est qu’elle venait d’apprendre le massacre de deux cents prisonniers, que des Orléanais exaspérés avaient tués loin de ses yeux. Elle se prit à pleurer, gémissant, dans sa foi de chrétienne, sur le sort de tant d’âmes surprises par la mort au combat. Elle voulut même que tous les siens recourussent sur-le-champ au sacrement de pénitence, pour expier les fautes commises dans I enivrement de la victoire, et ellg-môme se confessa à frère Paquerel. Puis, se relevant:

— Et maintenant, s’écria-t-elle, en route pour Orléans, mes amis; allons de suite aux églises rendre gloire à Dieu de la victoire qu’il nous a donnée. Si nous étions ingrats, il no serait plus avec nous et ne nous donnerait plus la victoire.

Toutes les cloches sonnaient dans les tours des églises, et le Te Deum chantait déjà sur toutes les voies de la ville.

Le lendemain, fête de l’Ascension, les troupes se reposèrent. Jeanne, qui savait l'heure venue, aurait voulu, malgré la sainteté du jour, livrer bataille. Les chefs, prétextant la fête, s’y refusèrent, et elle céda.

Ce répitforcé,elle l’employa à préparer ses gens de guerre, comme elle l'entendait dans son incomparable esprit de foi. Une ordonnance d’elle, publiée à son de trompe, invita tous les hommes à se confesser, avant de combattre le lendemain. Ordre exprès de chasser de l’armée les femmes de mau-

vaise vie, qui ne cessaient d’infester son armée malgré toute sa vigilance.

— Pour punir les péchés des hommes, disait la sainte héroïne, Dieu permet la perte des batailles.

Puis, obéissant une dernière fois au besoin de son cœur, dans l’espoir que l’expérience de la veille leur aurait donné à réfléchir, Jeanne voulut essayer une troisième tentative pour empêcher l’effusion du sang. La guerre, qui la couvrait de gloire, lui paraissait une nécessité, mais sa grande foi la portait à gémir sur cette dure et inéluctable nécessité. Qu’importait la gloire, au regard d’une âme, partie de ce monde sans confession !

Elle dicte donc à frère Paquerel, son chapelain, le billet suivant :

« Vous, hommes d’Angleterre, qui n’avez aucun droit « sur le royaume de France, le roi du ciel vous mande « par moi que laissiez vos bastilles et vous en alliez dans « votre pays; ou sinon je vous infligerai une telle défaite « qu’il en sera perpétuelle mémoire. Voilà ce que je vous « écris pour la troisième et dernière fois, et je ne vous « écrirai pas davantage. »

Elle signa : « f Jiiesüs Maria, Jeanne la Pucelle. »

Puis, résolue à adopter une poste d’un nouveau genre, elle ajouta :

« Je vous aurais envoyé ma lettre plus honorablement, « mais vous me retenez mes hérauts. Vous m’avez retenu « mon héraut Guyenne. Renvoyez le~moi,et je vous renver- « rai quelques-uns de vos gens pris à la bastille Saint-Loup, « car ils ne sont pas tous morts. »

Elle s’avança en effet aux avant-postes, attacha son billet à une flèche et la lit lancer aux Anglais avec ce cri :

— Lisez, ce sont nouvelles.

Les Anglais lurent et répondirenl par une grossière injure :

— i >ni , ce sont des nouvelles de la prostituée des Armagnacs.

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La chaste héroïne frémit, elle se tourna vers Dieu et pleura, mais Dieu la consola par ses voix.

Pendant ce temps, le Conseil des chefs, tenu sans elle, décidait d’adopter un autre plan que le sien. Elle le sut par ses voix et accueillit froidement les délibérants, quand ils vinrent lui révéler une partie seulement de ce qu’ils avaient comploté.

— Dites-moi tout ce que vous avez conclu et arrêté, interrompit la sage guerrière, car, de mon côté, je puis céler des choses bien plus importantes.

Et elle allait et venait par la salle, marchant à grands pas. Dunois comprit qu’on avait maladroitement agi, il essaya de réparer le mal :

— Jeanne, dit-il, ne vous courroucez pas, on ne peut pas tout dire en une fois. Ce que le chancelier vous a dit a été résolu (attaquer la grande bastille do la Bcauce) ; mais si ceux de l’autre côté se déportent pour venir aider la grande bastille de par deçà, nous avons résolu de passer la rivière, pour y besogner ce que nous pourrons. Et nous semble que cette conclusion est bonne et profitable.

Jeanne s’apaisa, mais sa tristesse se fit jour à travers sa réponse, car, après s’être déclarée satisfaite, elle ajouta :

— Pourvu toutefois qu’on exécute le plan, tel que vous venez de l’expliquer.

Ses prévisions n’étaient que trop fondées. Le lendemain, ils ne firent rien de ce qu’ils avaient résolu.

Le lendemain, vendredi G mai, Jeanne et ses gens entendirent de grand matin la messe de Jean Paquerel. Puis, vers neuf heures, la Pucelle sortit d’Orléans, entourée des plus braves chevaliers et suivie de quatre mille hommes environ (1).

Le poste extrême des Anglais sur la rive gauche était la bastille de Saint- Jean-le-131anc. Mieux fortifiée que les

1. Tout le récit de cette journée, un peu confus dans les historiens, a été fort clairement élucidé par M. l'abbé Henri Debout, dont nous suivons les données exactes et précises.

autres, elle avait surtout pour objet de surveiller le passage du fleuve; car, devant Saint-Jean-le-Blanc, il y avait dans la Loire une île appelée alors de Saint-Aignan, séparée seulement de la rive par un étroit canal. Cette île se prêtait doue merveilleusement à une attaque contre les Anglais; aussi fut— ce dans l’ile de Saint-Aignan que les Français, amenés par de nombreuses embarcations, vinrent prendre leur rang de bataille; puis, avec deux bateaux, ils firent un pont sur le canal pour atteindre la terre ferme.

A ce moment, on vit flamber la bastille de Saint-Jean-le- Blanc. Les Anglais, ne s’y trouvant pas en sûreté contre de pareilles forces, abandonnaient ce poste en le brûlant, et se retiraient dans la formidable bastille des Augustins, construite un peu avant du fort des Tourelles, et défendant comme lui l’entrée du pont.

Voyant ce mouvement des Anglais, les chefs français hésitent à continuer leur mouvement en avant. Mais, Jeanne, entraînant avec elle une partie de l'infanterie, prend les devants et va établir ses positions dans le faubourg du Portereau, construit autour des deux bastilles anglaises, et, s’avançant sous le feu et les traits des ennemis, elle plante son étendard sur le rebord du rempart qui entoure la bastille des Augustins.

Mais, tout à coup, un frémissement de terreur parcourt l’armée française. Le bruit s’est répandu que les Anglais arrivent en nombre de la rive droite au secours de leurs postes attaqués; la panique court de rang en rang. Toutes les compagnies tournent le dos l’une après l’autre, se hâtent de battre en retraite, et vont précipitamment reprendre leur poste d’attente dans File Saint-Aignan. Quelques braves seulement entourent encore Jeanne d’Arc, et l’entraînent. D’ailleurs, il faut bien qu’elle recule. Les Anglais, voyant la retraite des Français, sortent en foule de leurs bastilles et menacent d’un grand carnage les derniers des fuyards. 11 faut les tenir en échec, pour permettre au mouvement de recul de s’accomplir sans désastre.

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Jeanne est donc là, suivant les siens, empêchant leur massacre et tenant tête aux Anglais. Mais, en même temps, elle entend les injures dont ils l’accablent, et les luxées qu’ils poussent sur les Français en fuite. Enfin, tous nos soldats sont en sûreté dans l’ile Saint-Aignan. Jeanne n’a plus à les préserver, et c’en est trop pour son ardeur guerl’ière, pour son noble cœur, de fuir si longtemps devant les ennemis. Elle va les faire fuir à leur tour. Ses voix ixe lui ont-elles pas prédi t la victoire?

— En avant, donc, sus aux Anglais!

Et Jeanne, ayant La Hire à ses côtés, derrière elle quelques braves chevaliers, la lance en avant, fond sur les Anglais et les charge avec une incroyable vigueur. L’ennemi ne comprend rien à cette volte-face subite. Il se voit disséminé par la poursuite sur un chemin découvert, loin de ces retranchements. A son tour, il fuit, et lestement encore, car l’armée française l’alliée dans l’ile a repris son sang-fi’oid; elle a reconnu son eri’eur, et, voyant l’Anglais s’éloigner à grands pas, elle marche de nouveau sur lui avec une mâle énergie. En avant, se portent ses braves chefs, des chevaliers honteux de leur premier échec et brûlants de le réparer. A leur tête entre autres, d’Aulon, l’écuyer de Jeanne, et un autre bi*ave, qui se défient à qui le premier entrera dans la bastille des Augustins, sur le rempart de laquelle la Pu celle vient, pour la seconde fois, de planter sa bannière. D’Aulon et son compagnon arrivent en effet les premiers à la porte de l’un des retranchements; ils s’efforcent d’y pénétrer, quand un Anglais, d’une stature colossale et d’une force herculéenne, les arrête, défendant à lui seul victorieusement tout le passage. D’Aulon, obligé un instant de reculer, signale le géant à Jean le Lorrain, le canonnier célèbre, qui d’un seul coup de sa couleuvrine l’abat sur le sol. Aussitôt, les deüx braves pénètrent dans la bastille où les suivent en foule d’autres français. La bastille £des ^Augustins était prise.

A ce moment, les églises d’Orléans sonnaient l/office des vêpres.

Jeanne, durant le combat, se distinguait par sa bravoure et sa tactique merveilleuse. Craignant de voir ses hommes s’amuser au pillage, elle fil brûler tout le butin, puis, investir la forteresse des Tourelles, où les survivants des Anglais, entre autres Glansdale, s’étaient réfugiés.

Blessée au pied dans une chausse-trappe, elle dut céder aux supplications des chefs et rentrer à Orléans, où, trop fatiguée pour observer son habitude de jeûner tous les vendredis, elle prit un peu de nourriture et se prépara pour la rude journée du lendemain.

Sur le soir, un membre du Conseil vint lui dire que, la ville étant bien pourvue, on avait décidé d’attendre.

— Vous avez été en votre Conseil, répliqua l’inspirée, et moi, j’ai été au mien. Or, sachez que le Conseil de mon Seigneur s’accomplira et tiendra ferme, et que cet autre Conseil périra.

Puis, se tournant vers son chapelain :

— Levez-vous demain de grand matin, dit-elle, et vous ferez plus qu’aujourd’hui. Tenez-vous toujours auprès de moi; car demain j’aurai beaucoup à faire, et plus que je n’ai jamais eu ; oui, demain, je serai blessée, et le sang sortira de mon corps, à la poitrine.

Le samedi 7 mai, avant l’aube, frère Paquerel dit la messe, et Jeanne partit pour l’assaut. Son hôtesse voulait la retenir, pour qu’elle mangeât d’une alose qu’un pêcheur, qui l’avait prise pendant la nuit, apportait au logis de la vaillante Pu celle.

— Gardez-la jusqu’au soir, répondit-elle en riant, car je vous amènerai un « Godon » (sobriquet populaire des

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Anglais Goddam ) qui en mangera sa part, et je repasserai le pont, après avoir pris les Tourelles.

De nombreux témoins entendirent la prédiction, s’émerveillant de l’entendre, car le pont dont elle parlait avait plusieurs de ses arches détruites.

Or, la porte de Bourgogne se trouva fermée, parce que le Conseil l’avait ainsi décidé, pour empêcher l’assaut résolu par Jeanne. Elle accourt, et, imposant silence au peuple qui murmurait, elle dit à Raoul de Gaucourt, le gouverneur de la ville qui veillait à l’exécution de la consigne des prudents :

— Vous êtes un méchant homme, mais, que vous le vouliez ou non, les soldats passeront, et ils gagneront aujourd’hui comme ils ont gagné hier.

La porte s’ouvrit, et Jeanne alla rejoindre les siens qu’elle avait laissés la veille devant les Tourelles. Les chefs, l’apprenant, accoururent et se joignirent à elle.

L’action s’engagea dès six heures du matin. Enthousiasmés par l’exemple et les exhortations de la Pucelle, les nôtres accomplissaient des prodiges de valeur, lisse jetaient dans les fossés sous les traits de l’ennemi, ils se hissaient, invulnérables, jusqu’au sommet des remparts, mais là, à coups de maillet, de hache, de lance, l’assiégé les faisait rouler de nouveau dans le fossé.

— Ne craignez pas, leur criait Jeanne, la place est vôtre !

Vers une heure de l’après-midi, voulant en finir, elle

appliqua une échelle contre le rempart. Les Anglais la reconnurent. Une grêle de flèches s’abattit sur la vaillante enfant et l’une de ces flèches, comme elle l’avait prédit, la transperça à la poitrine, entre l’épaule et le cou. Elle roula dans le fossé, aux applaudissements haineux de l’Anglais. On l’emporta au loin, et on la déposa sur l’herbe. La flèche sortait d’un demi-pied do l’autre côté de la poitrine. Se voyant si grièvement blessée, elle éprouva une défaillance de la nature et se prit à pleurer. Mais, les saintes lui apparurent et elle se rasséréna.

.1 BANNE D’ARC LA VKNÉRABLli

— Je suis bien consolée ! lit-elle, après les avoir vues. Quelqu’un lui proposa de « charmer » la blessure. Elle

so récria vivement.

— J’aimerais mieux mourir que de commettre un péché. La volonté de Dieu soit faite. Si l’on sait a mon mal quelque remède permis, qu’on l’emploie.

Puis, énergiquement, élit* arrache elle-même la llècbe de sa blessure, on y applique une simple compresse d’huile d’olive, et elle demande à se confesser.

Les chefs vinrent lui dire qu’ils allaient sonner la reirai te.

— En nom Dieu, vous entrerez bientôt, n’en doutez pas. Elle se retire à l’écart, fait sa prière, et revient reprendre son étendard .

Quand vous verrez mon étendard flotter vers la bastille, dit-elle sur un ton inspiré, reprenez vos armes, elle sera vôtre.

Fascinés par la lumière surnaturelle qui sortait d’elle, les chefs obéissent. Pour elle, oubliant sa blessure, elle sanie en selle, et se dirige vers le rempart, priant, en attendant qu’on I avertît du signe donné par ses voix.

I oui a coup, le chevalier, mis par elle en observation, lui cria :

Jeanne, la queue de 1 étendard touche au rempart. — En avant, en avant! s’écria-t-elle, tout est vôtre 1 Etoile s élança contre la Pastille. Les siens la suivent. Ils montent le long do la forteresse, tout comme par un escalier, a la stupéfaction des Anglais, qui, voyant reparaître celle qu’ils croyaient avoir tuée, reculent, se réfugient a la courtine et veulent entrer dans l’intérieur même du fort, dont un pont de bois les sépare. Leur chef, (îlansdale, protège cette retraite.

-Ah! ( îlansdale, (îlansdale, lui cria la Pucelle, rendstoi au roi du ciel. I u m’as appelée prostituée; mais, j’ai grand pitié de vos âmes, rends-toi, rends-toi.

L orgueilleux obstiné s’engage à ce moment sur le pont,

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qui, miné parle feu d’un brûlot amarré sous lui, s’effondre entraînant chef et soldats dans sa ruine. Ainsi s’accomplit la prédiction qu’elle lui avait faite quelques jours auparavant :

— Les Anglais se retireront de devant Orléans, mais tu ne verras pas leur retraite.

Or, voilà qu’une autre prédiction de Jeanne se réalise. Elle avait annoncé qu’elle rentrerait à Orléans par un pont, démoli au moment où elle faisait cette annonce. Tout à coup, pour pouvoir établir un passage vers les Tourelles, ses soldats, au moyen d’échelles et de madriers, étayent ce pont, en rétablissent les arches et passent dans la bastille, par le côté opposé à celui où Jeanne vient d’entrer et de planter au sommet son étendard victorieux.

Le soir était venu. Les Anglais ne bougeaient plus. Elle entre par le pont si inopinément rétabli, dans la ville, où les cloches chantaient partout le Te Deum.

Les soldats disaient qu’ils avaient vu, pendant l’assaut, des colombes voltiger sur les épaules de la noble Pucelle. Quant aux prisonniers ils assuraient avoir vu les assaillants en nombre bien plus considérable et d’une stature bien plus élevée que la réalité. Ils parlaient aussi de l’apparition de deux prélats en habits pontificaux qui parcouraient les remparts, et le bon peuple reconnaissait à ces traits la protection de monseigneur saint Âignan et de monseigneur saint Eu verte., évêques et protecteurs de la ville d’Orléans.

Enfin se ieva le soleil qui allait éclairer la date à jamais mémorable, celle qui, chaque année, ramène la France aux pieds des autels, dans cette cathédrale orléanaise, où fut célébrée, avec tant d’allégresse, pour la première fois, la fête de la délivrance, la fête de l’accomplissement du signe

que Jeanne avait promis de donner à son roi et à la France quand elle disait, à Vaucouleurs, à Chinon et à Poitiers :

— Je ferai lever le siège d’Orléans.

Le dimanche 8 mai 1429, les Anglais sortirent de leurs bastilles et se rangèrent en ordre de bataille. On vint le dire à Jeanne :

— C’est le plaisir et la volonté de Dieu, répondit-elle, qu’on leur permette de partir, s’ils le veulent; mais s’ils font mine d’attaquer, défendez-vous hardiment et n’ayez crainte, car vous serez les maîtres.

Puis, la messe commença, célébrée en plein air, devant l'armée française. Jeanne l’entendit, abîmée dans l’adoration et l’amour de son Dieu. Elle en entendit une autre, en actions de grâces, et, comme elle finissait, elle demanda de quel côté les visages des Anglais étaient tournés. Comme la veille, à l’assaut des Tourelles, elle venait de recevoir révélation du signé de la victoire; on lui dit que les Anglais regardaient vers la ville de Meung.

— En nom Dieu, s’écria-t-elle, ils s’en vont, laissez-les partir. Il ne plaît pas à Messire qu’on les combatte aujourd’hui; vous les aurez une autre fois.

Le siège d’Orléans avait duré sept mois. Jeanne avait délivré la ville en neuf jours.

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