‹ Jeanne d'Arc la VénérableChapitre 26 sur 45 · Jeanne cl'Ay'c'su? 1 les autels , chap. ui · texte numérisé non relu

Jeanne cl'Ay'c'su? 1 les autels , chap. ui

DEVANT PARTS

elle répond : « De l’amour ou de la haine que Dieu porte aux Anglais, de ce qu’il fait de leurs âmes, je n’en sais rien; mais ce que je sais bien, c’est qu’ils seront boutés hors de toute France, excepté ceux qui y mourront. Dieu enverra contre eux victoire aux Français (1). »

Moins de six ans après, le 14 avril 1436, l’échec plus grand que celui d’Orléans était subi. Paris, anglais pendant seize ans, redevenait français. En 1453, à l’exception do Calais, les Anglais avaient tout perdu en France, même Bordaux et la Guyenne, où leur domination était établie et acceptée depuis trois siècles.

Mais reprenons notre récit.

En attendant que le duc de Bourgogne voulût bien tenir sa promesse de rendre Paris au roi Charles, l’armée française s’en retournait vers la Loire.

Bedford, à qui cette reculade rendait du courage, venait de recevoir du renfort d’Angleterre. Les nouveaux arrivants déployaient une bannière insolente, où l’on voyait sur fond blanc une quenouille, avec cette devise : Qu'elle vienne la belle ! signifiant qu’on lui donnerait du fil à retordre ,

En même temps, Bedford écrivait « à Charles, qui se disait dauphin et qui maintenant ose se dire roi, » lui reprochant d’entreprendre « tortionnairement » contre les droits du roi Henri « naturel et droiturier roi de France et d’Angleterre >v, et de s’aider, pour cela, « d’une femme désordonnée et diffamée, étant en habits d’homme et de gouvernement dissolu, abominable à Dieu. »

Toutes ces forfanteries n’aboutirent, pour le moment, qu’à un refus obstiné, de la part des Anglais, à accepter la bataille en plaine que Jeanne leur alla offrir, le 15 août.

sans pouvoir les décider à quitter le camp où ils demeurèrent prudemment retranchés, auprès de Senlis.

Les villes cependant revenaient toutes à Charles "VII, sans que rien pût empêcher ce mouvement de retour au roi légitime. Compiègne accueillait ses hérauts avec enthousiasme. Beauvais, apercevant le maître d’armes du roi, poussa un immense vivat, courut à la cathédrale chanter le Te Deum malgré son comte-évêque, ce triste Pierre Cauclion, vendu aux Anglais, qui frémissait de rage. On lui répondit, avec une générosité bien française, que tous ceux qui ne voudraient pas se soumettre au roi pouvaient s’en aller et emporter leurs biens. Cauchon profita de la permission, mais, il ne pouvait emporter sa seigneurie ni son évêclié. Il emporta du moins sa haine. Nous la retrouverons plus tard.

Pendant ce temps, les quinze jours de la trêve, dont Jeanne s’était déclarée si « mal contente » étaient expirés, et le duc de Bourgogne ne voulait ou ne pouvait pas rendre Paris. Il fut question de conclure une seconde trêve, celle-là se prolongeant jusqu’à Noël.

Jeanne, obéissant à sa patriotique indignation, s’en vint trouver Alençon.

— Mon beau duc, lui dit-elle, faites appareiller vos gens, et ceux des autres capitaines; je veux aller voir Paris de plus près que je 11 e l’ai vu.

Le 23 août, elle partait, entraînant, malgré lui, le roi qui, cependant, s’arrêtait à Senlis, sourd à tous les appels. Alençon vint, à deux reprises, l’y relancer, et ne parvint à l’emmener à Saint-Denis que le mercredi 7 septembre, « et semblait, dit l’historien du duc, qu’il (le roi) fût conseillé au contraire du vouloir de la Pucelle, du duc d’Alençon et do ceux de leur compagnie. »

Les partisans des Anglais profitèrent de tous ces délais, pour répandre dans Paris des bruits capables de terroriser les habitants de la capitale. On y disait que « le prétendu roi avait promis d’abandonner à ses gens Paris tout entier,

DEVANT PALUS

hommes et femmes, grands et petits, et que son intention était de passer la cliarrue sur la ville. Malgré ses manœuvres, on pouvait compter sur de secrètes intelligences dans la place, où chacun restait bien persuadé que Jeanne « mettrait le roi dans Paris, si à lui ne tient ! » Hélas 1 à lui ne devait tenir d’y entrer.

Ce fut le jour de la Nativité, 8 septembre 1429, la première date qui sonna comme un prélude de glas funèbre dans l’histoire de Jeanne. Elle vint avec Alençon, Clermont, Vendôme, Laval, Rais, Boussac. Elle approuvait leur décision; elle trouvait, ce sont ses propres paroles, que « les gentilshommes de France faisaient leur devoir, en marchant contre leurs adversaires. » Mais, cette attaque, c’est encore elle qui Fa dit, ne lui était pas commandée par ses « A 7 oix ». Elle y allait de tout son cœur, avec une pleine conviction, qui prenait sa source dans son patriotisme et dans son génie militaire ; mais, encore une fois, elle n’y allait pas par l’ordre d’en liant. Ses « conseils » qui, comme on peut l’induire du langage mélancolique tenu par elle à Crépy, préparaient son àme au tourment et au martyre, en la laissant parfois dans le doute, en l’abandonnant davantage à sa propre inspiration, en la livrant, en un mot, à la contrariété et à la malice des hommes et des choses, ne lui avaient promis pour ce jour-là aucune victoire. Dieu, dans ses desseins éternels, que les historiens et les philosophes ne sauront jamais comprendre ni expliquer à fond, avait décidé qu’il laissait Jeanne faire en ce jour le premier pas dans la voie de mort, qu’elle subirait son premier revers. (1)

Le premier corps s’avança avec impétuosi té vers la porte Saint-Honoré, il força la première barrière, enleva le boulevard qui protégeait la porte. A ce moment, la Pucelle, l’étendard à la main, se jeta avec les plus braves dans les fossés, malgré le feu nourri des assiégés qui les criblaient de traits et de projectiles.

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