M. Sepüt, , op. cit p
JEANNE n’ARC LA VÉNÉRABLE
Le premier fossé fut bientôt franchi, et déjà l’on s’élançait sur le dos d’âne qui le séparait du second, quand un obstacle inattendu arrêta net l’élan de Jeanne. Ce second fossé profond était rempli d’eau. Bien des chefs de l’armée française connaissaient ce détail. Par un sentiment de basse jalousie ou tout autre motif peu avouable, ils s’étaient gardés de le révéler, avant l’attaque de Paris.
Cependant Jeanne courait le long de ce second fossé, le sondant avec la hampe de son étendard, pour trouver un gué. Le jour baissait. A ce moment, un trait d’arbalète vint blesser Jeanne à la jambe. Sa blessure ne l’arrêta point, elle continuait de faire combler le fossé par ses hommes et se disposait à escalader les murs, quand le duc d’Alençon vint la prendre de force et la mit à cheval pour la ramener au camp.
La vaillante héroïne protestait, assurant que, si l’on eût persévéré, la place était prise, et, de fait, on apprit le lendemain qu’une effroyable panique aurait livré, presque sans coup férir, Paris, à l’armée du roi, si un assaut fût venu donner courage aux partisans de Charles dans sa capitale terrorisée.
Le lendemain, c’était trop tard. En vain, Jeanne, à peine reposée par une nuit d’insomnie et mal remise de sa blessure, se levait et entraînait les siens à recommencer l’attaque. Un ordre formel du roi vint l’arrêter et la ramena à Saint-Denis. On voulut recommencer l’attaque par un point, et le duc d’Alençon venait même pour cela de faire jeter un pont sur la Seine, à Saint Denis. Pendant la nuit, le roi lit détruire le pont.
Jeanne, désolée, vint pleurer et prier dans l’église abbatiale. Elle y déposa ses armes aux pieds de Marie et de la châsse du saint patron de France, en hommage à celui qu’on invoquait dans les batailles, « pour ce que c’est le cry de France, » disait-elle (1). Puis, muette, la mort dans
1. Quand ses juges lui demandèrent pourquoi elle avait fait cette offrande, elle répondit : « Ce fut par dévotion; c’est la coutume des gens d’armes