Debout, o/j. cit. , 1. II., p . 2 et suivantes
DERNIERS COMBATS
LaPucelle avait formé un plan hardi contre les assiégeants : suivre la chaussée avec ses troupes, culbuter les Bourguignons de Marguy, les poursuivre et les battre à Clairoy, tandis que Guillaume de Flavy, gouverneur de Compiègne, avec les troupes restées dans la ville, surveillerait les Anglais et les arrêterait à la chaussée, s’ils tentaient une attaque sur les derrières du corps commandé par Jeanne d’Arc.
Le plan s'exécuta d’abord, comme elle l’avait conçu.
Jeanne sortit, le 24 mai, vers cinq heures du soir, avec cinq ou six cents hommes, de Compiègne, où elle laissait Flavy. Les Anglais essayèrent aussitôt de cerner la troupe française, mais Flavy fit tirer sur eux un feu nourri d’artillerie et de llèches. Par malheur, à ce moment, une panique se produisit dans les derniers rangs des Français. S’imaginant qu’ils allaient avoir la retraite coupée, ils se mirent à rentrer dans la ville en débandade par le chemin de la chaussée.
Flavy se trouva obligé de faire cesser le feu, de peur de tirer sur ses propres troupes. Et les assaillants en profitèrent pour escalader la chaussée.
Jeanne se trouvait cernée. On le lui fit remarquer.
— Taisez-vous, s’écria-elle, il ne tient qu’à vous qu’ils soient tous défaits, ne pensez qu’à frapper sur eux.
Et elle s’élançait de nouveau dans la mêlée, disant:
— En avant ! Ils sont tous vôtres !...
Mais, on ne l’écoutait plus, chacun battait en retraite et elle se trouva entraînée dans le mouvement. Elle marchait a reculons, en brave, tenant tète à l’ennemi, la dernière, comme le capitaine sur le navire naufragé.
A la porte de la ville, une confusion extrême régnait,
qui fît perdre au gouverneur le sentiment de son devoir, car il serait trop odieux de penser qu’un homme, en qui Jeanne avait mis sa confiance puisqu’elle l'avait associé à son plan de sortie, qu’elle était venue avec une telle magnanimité secourir dans sa forteresse assiégée, ait pu donner un ordre pareil, dans l’intention de la livrer aux Anglais. Nous aimons mieux croire et dire que Guillaume de Flavy craignait une surprise, quand il fit lever le pont et baisser la herse.
Ainsi, la porte fut fermée à l'infortunée Pucelle.
En vain, ramassant toutes ses forces, essaya-t-elle de se frayer un passage à travers les ennemis. Elle et les fidèles chevaliers de son escorte se trouvèrent bientôt accablés par le nombre.
Les ennemis lui criaient:
— Rendez-vous, et baillez-nous votre foi.
— Ma foi, répondit l’héroïque enfant, je l’ai jurée et baillée à un autre que vous, et je lui en tiendrai mon serment.
En ce moment, un archer la tira violemment par la robe de drap d’or qui couvrait son armure et la fit tomber de cheval.
Ils la firent prisonnière. Avec elle, son frère Pierre, d’Aulon, son écuyer, et le fidèle Xaintrailles furent aussi faits prisonniers.
Jeanne venait de finir sa carrière militaire.
Les Anglais et les Bourguignons ne se possédaient plus de joie. Nous voudrions pouvoir ajouter qu’à la cour du roi Charles, on était dans la consternation. Hélas ! il s’y trouva un ministre du roi, le chancelier de France, qui osa donner sèchement avis de cette nouvelle, presque d’un ton banal, aux habitants de Reims, ajoutant cette réflexion où transparaît la secrète pensée de son âme: « Elle ne voulait croire conseil, mais faisait tout à son plaisir!... »