‹ Jeanne d'Arc la VénérableChapitre 41 sur 45 · MONUMENT DE N.-D. DE BON SECOURS, ROUEN · texte numérisé non relu

MONUMENT DE N.-D. DE BON SECOURS, ROUEN

l’acte d’accusation

Les assertions étaient fausses, les conseillers choisis sur le volet. La réponse à cette consultation ne pouvait être douteuse. Cependant, parmi les plates obséquiosités des répondants, la conscience humaine relève avec un vrai soulagement la courageuse riposte du vieillard, qui siégeait sur le trône épiscopal d’Avranches, Jean de Saint-Avit.

Il avait démêlé la perfidie de son indigne collègue de Beauvais, et, mettant le doigt sur la plaie, il dit à l’envoyé de Cauchon :

— Quelle est la décision de saint Thomas sur la sou-

mission qui est due à l’Eglise en pareil cas ?

Le délégué était dominicain. Il consulta la Somme et remit par écrit au pieux vieillard l’opinion de son glorieux frère en religion, l’Ange de l’Ecole.

— Dans toutes les choses douteuses qui touchent la foi, on doit toujours recourir au pape ou au conseil œcuménique.

— Eh bien ! répondit le courageux évêque, tel est mon avis.

L’avis ne fut pas inséré au procès-verbal, et le vieil évêque, in jurié grossièrement par Jean d’Estivet, fut un peu plus tard incarcéré à Rouen, comme suspect de sympathie pour la France.

Or, dans l’intervalle, la prisonnière, accablée de souffrances physiques et de tortures morales, tombait gravement malade. Les chefs du parti anglais s’ellTayèrent.

— Prenez-en bien soin, dit Warwick, car le roi ne voudrait à aucun prix qu’elle mourût de mort naturelle. Il l’a chèrement achetée et payée, il 11e veut pas qu’elle périsse autrement que par la sentence des juges et sur le bûcher. Faites donc en sorte de la guérir.

Les médecins mandés auprès de la malade lui demandèrent à quoi elle attribuait son affaiblissement.

— L’évêque de Beauvais, dit simplement Jeanne, m’a envoyé une carpe, dont j’ai mangé, et c’est peut-être la cause de ma maladie.

— Paillarde ! répliqua Jean d’Estivet mis hors de lui par une réponse qui pouvait insinuer un soupçon au fond trop vraisemblable, dis plutôt que tuas mangé des harengs et autres choses qui ne te valent rien.

Les médecins voulurent la saigner. Warwick, montrant qu’il connaissait bien mal la sainte victime, voulut s’y opposer.

— Pas de saignée, fit-il, elle est rusée, elle pourrait se tuer.

On la saigna néanmoins, et elle se trouva mieux.

Aussitôt, Cauchon, qui ne voulait pas perdre de temps, vint remplir une formalité, réclamée par la plupart des consultants aux douze articles. Sur un ton d’hypocrite douceur, il engagea la malade à rétracter ses erreurs. Étendue sur son lit, épuisée, Jeanne trouva la force de remercier son bourreau du soin qu’il disait prendre de son âme, et, dévoilant les vrais sentiments de cette âme envers

l’Eglise, au moment même où l’on travaillait à les obscurcir, elle ajouta :

— Il me semble que ma maladie me met en grand péril de mort. S’il en est ainsi, que la volonté de Dieu soit faite ; mais je vous requiers de me faire administrer le sacrement de pénitence, et le corps de Notre-Seigneur aussi. Enfin, je demande d’être mise en terre sainte.

— Si vous voulez les sacrements de la sainte Église, répondit l’inexorable persécuteur, il faut, comme tous les bons catholiques, vous soumettre à elle.

— Je ne saurais maintenant vous dire autre chose, ajouta Jeanne, en retombant sans force sur son grabat.

Cauchon insista sans pitié.

— Plus vous craignez pour votre vie, plus vous devez vous amender. Vous ne pouvez jouir de vos droits de catholique, qu’en vous soumettant à l’Eglise.

l’acte d’accusation

— Si mon corps meurt en prison, murmura la victime, je compte que vous le ferez mettre en terre sainte. Si vous ne le faites pas, je m’en rapporte à Noire-Seigneur.

L’un des assistants dit que, si elle s’obstinait ainsi à refuser de se soumettre, on la traiterait comme une païenne. A ce mot, Jeanne se relève et, puisant dans sa foi une force qu’elle n’avait plus :

— Je suis bonne chrétienne, cria-t-elle, j’ai été bien baptisée, et je mourrai comme une bonne chrétienne. J’aime Dieu, ajouta-t-elle en s’animant de plus en plus, je le sers et je voudrais aider et servir l’Eglise de tout mon pouvoir.

Les juges se retirèrent confus. Ils revinrent à la charge le 9 mai.

— Vraiment, continua-t-elle de leur répondre, quand vous devriez me faire arracher les membres et me faire partir l’âme du corps, je ne vous dirais pas autre chose, je vous dirais toujours ensuite que vous me l’avez fait dire par force.

Enfin, le mercredi 23 mai, Pierre Cauchon, qui avait reçu des docteurs parisiens ce qu’il désirait d’eux, fit comparaître une dernière fois l’héroïque jeune fille, et recommença à l’exhorter de se rétracter. Elle répondit, avec la meme assurance :

— Je maintiens tout ce que j’ai répondu dans le procès.

— Ne savez-vous pas, reprit Cauchon, que vous vous exposez à être brûlée vive l

— Quand je verrais le feu allumé, les fagots préparés, le bourreau y mettre le feu, quand je serais sur le bûcher, je ne dirais pas autre chose, et je soutiendrais ce que j’ai dit dans le procès, et cela jusqu’à la mort.

L’indigne évêque fit une dernière adjuration :

— Avez-vous quelque chose à ajouter?

— Non !

La cause est entendue, à demain la sentence.

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