‹ Jeanne d'Arc la VénérableChapitre 6 sur 45 · Mgr Perraud, Panégyrique de Jeanne d'Arc , le 8 mai · texte numérisé non relu

Mgr Perraud, Panégyrique de Jeanne d'Arc , le 8 mai

2, L'Eternelle consolaticm. Edit. Jannet, p. 128 et 130.

l’appel

de la cloche pour saluer la Vierge dont le Fiat a sauvé le monde. Tout à coup, une voix retentit à droite, du côté de l’église, et une grande clarté parut au même endroit.

— J’eus grand’peur, racontait-elle elle-même devant ses juges, mais je reconnus que la voix était « digne », et qu’elle me venait de Dieu. A la troisième lois, je vis que c’était la voix d’un ange.

Or, l’ange n’était pas seul. D’autres messagers célestes accompagnaient celui qui lui parlait. Elle les vit et -s’affermit de plus en plus dans sa calme et ferme croyance.

— Je les ai vus des yeux de mon corps aussi bien que je vous vois, ajoutait-elle en parlant à ses accusateurs, et, lorsqu’ils s’en allaient de moi, je pleurais, et j’aurais bien voulu qu’ils m’emmenassent au ciel avec eux.

L’ange ne dit pas son nom, et, voulant sans doute la disposer peu à peu, dans l’humilité et la foi, aux grandes choses de son élection, il se bornait, les premières fois, à lui recommander de bien se conduire, de fréquenter l’église, d’être bonne fille, et que Dieu lui aiderait :

— Mon ange me disait que je sois bonne (il le, que j’aille souvent à l’église, et gardasse mon âme de tout péché mortel.

L’enfant se montra docile aux exhortations du messager céleste. Sa piété, des lors, sans cesser un instant d’être active, pratique et laborieuse, revêtit un caractère plus ferme encore. Elle restait longtemps en prière et entrait de plus en plus dans cet esprit de pénitence, qui est la caractéristique des saints. Sans cesse, elle voulait purifier sa conscience. Elle se confessait fréquemment (1). En un mot, dit naïvement le curé lui-même qui a déposé dans le procès, elle n’avait « pas sa pareille au village» ; et un

i. Dès ses plus jeunes années, elle se confessait fréquemment, d abord au moins tous les mois, puis en Carême tous les quinze jours ,* à Neufchât&au, tous les huit jours; et plus tard, à l’armée, quand elle fut jetée dans le tumulte des camps, c’était deux fois par semaine. (Mgr Dupanloup, second Panégyrique de Jeanne d'Arc, le 8 mai 1869.)

autre prêtre disait qu’il n'y avait jamais eu « meilleure fille dans la paroisse ». Les jeunes gens, qu’elle n’aimait pas à fréquenter, se moquaient d’elle quelquefois, mais elle n’en tenait compte. Ses petites amies, même celles qu elle aimait le plus, Mengette et Flauviette, qui pleura beaucoup quand elle partit de Domrémy, lui disaient qu’elle était trop dévote : ce qui lui faisait confusion, mais ne l’arrêtait pas (d).

L’extrême délicatesse de sa conscience la tenait à l’abri des périls de son âge.

— Il n’est rien au monde, répondra-t-elle à ses juges, dont je serais aussi aftligée que de me savoir sans la grâce de Dieu.

Puis, comme les interrogateurs la pressent, elle laisse échapper naïvement le secret de sa belle âme :

— Je ne sais pas avoir jamais fait péché mortel.

Jeanne a gardé l’innocence baptismale. L’Esprit-Sainl,

qui habitait en elle, la poussa au mystérieux attrait des plus belles âmes.

— La première fois que j'ai entendu les voix, j’ai fait vœu de virginité.

Furieux de sentir le témoignage invincible de l’Esprit qui est en elle, les juges la pressent encore. Eh quoi! elle est assez présomptueuse, pour croire qu’elle ne peut pécher mortellement, pour être aussi assurée qu’elle l’est de son sal ut.

— Si je puis pécher mortellement, répond la candide vierge, je n’en sais rien; mais je m’en rapporte à Notre- Seigneur. Quand je dis que je crois fermement que je serai sauvée, c’est à condition que je garderai la virginité de corps et d’âme.

Comme à ces souvenirs on comprend l’atïection que Jeanne sut inspirer de bonne heure à tous ceux qui la voyaient et ne pouvaient la voir sans l’aimer. Ses compa-

l’appel

tri o tes s’expliquaient de mieux en mieux la joie mystérieuse (1) que leur causa sa naissance.

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