‹ Jeanne d'Arc; libératrice de la FranceChapitre 10 sur 66 · IX. — JEANNE DEVANT LES THEOLOGIENS · texte numérisé non relu

IX. — JEANNE DEVANT LES THEOLOGIENS

Cependant des gens d'Église étaient scandalisés de la présomption de cette fille qui prétendait communiquer avec Dieu sans leur intermédiaire.

L'archevêque de Reims et autres prêtres disaient : « C'est une sorcière. Où a-t-elle pris sa mission? Quelle autorité sacerdotale a-t-elle consultée? »

D'accord avec le roi, ils firent comparaître Jeanne devant une réunion de docteurs chargés de l'interroger.

La réunion eut lieu à Poitiers, et Jeanne fut invitée à s'y rendre.

— « Je vais avoir fort à faire, dit-elle. Mais Dieu y pourvoira. Allons ! »

L'examen auquel on la soumit dura environ trois semaines. Les théologiens, évêques, prêtées et moines, parlèrent successivement, expliquant à Jeanne par doctes raisons qu'on ne devait pas la croire.

Puis, ils lui adressèrent à plusieurs reprises toute sorte de questions.

Jeanne, assise au bout d'un banc, leur répondait.

Un théologien subtil lui dit :

« Jeanne, vous demandez des hommes d'armes et

déclarez que c'est la volonté de Dieu que les Anglais s'en aillent. Mais, si vous dites vrai, il n'est pas besoin des hommes d'armes. La seule volonté de Dieu peut mettre les Anglais hors de France. »

— » Eh ! répondit Jeanne, les hommes d'armes batailleront et Dieu donnera la victoire. »

Un frère dominicain, né à Limoges, se montrait particulièrement aigre vis-à-vis de Jeanne.

Cherchant toujours à l'embarrasser, il lui demanda, en son patois limousin, quelle langue parlaient ses voix.

— « Une langue meilleure que la vôtre, » répondit Jeanne.

— « Ah ça ! Jeanne, croyez-vous en Dieu? » reprit le moine interloqué.

— « Mieux que vous. »

— « Eh! dit le moine d'un air triomphant, si Dieu voulait qu'on vous crût, il vous donnerait moyen de le manifester par des signes. »

— « Menez-moi à Orléans, répliqua Jeanne, et je vous donnerai des signes, les armes à la main. »

En ce moment elle aperçut dans l'assistance un brave écuyer du roi.

Elle ne put s'empêcher de faire en elle-même la différence entre ces docteurs qui ergotaient et cet homme toujours prêt à bien se battre.

Lui frappant familièrement sur l'épaule, elle se prit à dire : « Voilà un homme de bonne volonté tel qu'il m'en faudrait. »

— « Mais, pauvre fille, lui dit un évêque, ne voyezvous pas que vous êtes impuissante, étant tout à fait ignorante?»

— « Oui, répondit Jeanne; je ne sais ni a ni b. Cela n'empêche que je dois délivrer Orléans et faire le dauphin roi. »

— « Jeanne, dit un docteur, vous montrez beaucoup de suffisance. Rappelez-vous que vous êtes devant des théologiens qui ont étudié dans tous les livres. »

Jeanne repartit :

« Messire Dieu a un livre où nul clerc n'a jamais lu aussi bon clerc soit-il. »

Les théologiens étaient étonnés. Il y en eut qui furent subjugués. Le professeur Jean Erault fut de

ceux-là.

— « Avez vous du papier et de l'encre? reprit Jeanne. Maître Jean Erault, écrivez : « Vous, Suffolk, Glasdale « et Lapoule, je vous somme, de par le roi des deux, « que vous retourniez en vos pays/ »

Ainsi parlait-elle, le visage illuminé. Et ces hommes qui voulaient se faire ses juges étaient devant la jeune fille comme des écoliers devant leur maître.

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