‹ Jeanne d'Arc; libératrice de la FranceChapitre 9 sur 66 · VIII. — JEANNE DEVANT LE KOI · texte numérisé non relu

VIII. — JEANNE DEVANT LE KOI

L'étranger triomphait.

Nobles, prêtres et bourgeois se ralliaient de toutes parts au roi d'Angleterre.

La France était démembrée, l'armée décimée, le trésor épuisé.

Le dauphin vendait ses joyaux et s'écriait : « Que ne puis-je monnayer mon cœur! Volontiers, je le laisserais arracher pour en faire des pièces d'or. »

Mais, en même temps, homme faible, il gaspillait l'argent et s'oubliait dans les plaisirs.

Quand on sut l'arrivée de Jeanne, le favori La Trémouille et autres courtisans conseillèrent de ne pas la recevoir. — « Le roi s'humilierait trop, disaient-ils, en accueillant cette bergerette. Qu'on la renvoie avec sa panetière! »

Mais la voix du peuple fut plus forte que celle des seigneurs. Après deux jours d'attente, Jeanne fut admise à venir chez le roi.

On raconte qu'au moment où elle entra au château, un soudard se mit à l'injurier avec de gros jurons.

— « Ah! lui dit-elle, tu renies Dieu. Et pourtant tu es près de la mort. »

Une heure après, cet homme tomba dans la rivière et fut noyé.

Tous les grands personnages s'étaient rendus par curiosité auprès du roi.

Celui-ci attendit Jeanne dans une vaste salle qu'éclairaient cinquante torches. Trois cents seigneurs, en habits magnifiques, y étaient réunis.

Jeanne parut.

C'était une jeune fille d'aspect sain et robuste. Elle avait les cheveux noirs, le visage gracieux, la poitrine bien faite, le regard chaste. Son teint hâlé révélait la fille des champs.

Elle s'avança bien humblement et bien simplement, sans s'enhardir ni se troubler, toute recueillie en ses pensées.

Le roi, usant de malice, s'était mêlé aux gens de son entourage et avait mis un seigneur à sa place.

Jeanne alla droit au roi, et respectueusement lui embrassa les genoux.

Tout le monde était étonné.

— « Ce n'est pas moi le dauphin, » dit Charles.

— « Gentil prince, répondit Jeanne de sa voix douce,, c'est vous et non un autre. »

— « Eh bien! que me veux-tu? »

— « Très noble seigneur, j'ai nom Jeanne la Pucelle, et je vous viens en aide de par Dieu pour faire la guerre aux Anglais. »

Le roi souriait.

Jeanne reprit :

« Que ne me croyez-vous? Je vous dis que Dieu a pitié de vous et de votre peuple, tant l'ont prié pour vous saint Louis et saint Charlemagne , agenouillés • devant lui. »

— « Qui es-tu, toi qui parles ainsi? » dit le roi.

— « Je ne suis qu'une pauvre paysanne qui ne sait •ni lire ni écrire. Mais, sous les armes, je serai votre servante, et Dieu sera votre salut. »

Le roi était frappé. Il voulut conférer particulièrement avec Jeanne.

L'entretien fini, son visage rayonnait de joie. On aurait cru, dit Alain Chartier, que le dauphin avait été visité du Saint-Esprit même.

Voici ce qu'on raconte de ce mystérieux entretien.

Depuis longtemps le dauphin était torturé d'une pensée dont il ne s'ouvrait qu'à Dieu dans ses prières : « Né de la criminelle Isabeau, suis-je bien le fils du feu roi? Si ce royaume m'échappe, n'est-ce point parce que je l'ai usurpé? »

Or Jeanne, allant au devant de la pensée de Charles, lui dit : « Je te dis, de la part de Messire, que tu es wrai héritier de France et fils du roi. »

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