VI. — ORLÉANS DÉLIVRÉ
Le lendemain , dimanche, 8 mai, dès la pointe du jour, les Anglais quittaient leurs retranchements et se rangeaient en bataille devant la ville.
Ne voulant pas partir avec honte, ils avaient l'air d'offrir le combat aux Français.
Plusieurs capitaines auraient voulu accepter ce défi.
Mais Jeanne se leva, quoique souffrant beaucoup de sa blessure, et courut les arrêter'.
— « Pour l'amour et l'honneur du saint dimanche, s'écria-t-elle, n'attaquez pas les Anglais. S'ils veulent partir, qu'ils s'en aillent ! Mais , s'ils vous assaillent , défendez-vous hardiment, et vous serez les maîtres. »
Bientôt après, les Anglais commençaient à opérer leur retraite en bel ordre, étendards déployés.
— « Vous voyez bien, dit Jeanne, que maintenant ils vous tournent le dos au lieu du visage. Laissez-les aller. Vous les aurez une autre fois. »
Les hommes d'armes obéirent à la Pucelle, mais pas si complètement qu'ils n'allassent poursuivre les traînards et gagner du butin
Tout Orléans était en fête.
Hommes et femmes se jetaient aux pieds de Jeanne.
— « Vous êtes notre Providence, s'écriait-on.
— « Ce n'est pas moi, c'est Dieu qu'il faut remercier, » répondait Jeanne.
Et elle convia les Orléanais à une procession solennelle autour des murs de la ville.
La procession eut lieu. Tous les ans, le 8 mai, elle se renouvelle. (1)
Enfin la fortune était revenue à la France. Il y eut dans toutes les provinces un éclat de joie inexprimable et un débordement d'admiration pour la vierge de Domrémy.
Certes, la délivrance d'Orléans était naturelle. Tant et tant d'hommes vaillants s'y étaient réunis !
Mais cette ardente masse de courages avait été glacée par les triomphes successifs des Anglais. Pour la réchauffer, il avait fallu le grand courant d'enthousiasme que Jeanne créa.
Au bout de neuf jours, la Pucelle avait mis fin à un siège de sept mois.
(1) La ville de Bourges a célébré de même la délivrance d'Orléans jusqu'en 1793. (Voir le Mois de Jeanne d'Arc). Tours aussi la célébra pendant plusieurs années.
Des envoyés allèrent porter aux villes la bonne nouvelle. De là notamment le nom de Bonne Nouvelle donné par les Montpelliérains à la voie par où le messager arriva.
Grande alors était la fraternité entre les villes, s'assistant mutuellement d'hommes, d'argent, de vivres, de fer, de poudre, de salpêtre, etc., ainsi qu'en témoigne la lettre dictée par Jeanne d'Arc (et qu'on lui fit signer en guidant sa main), dont le faciimilé est en tête du présent ouvrage.