‹ Jeanne d'Arc; libératrice de la FranceChapitre 18 sur 66 · VII. — LA CAMPAGNE DE LA LOIRE DECIDEE · texte numérisé non relu

VII. — LA CAMPAGNE DE LA LOIRE DECIDEE

Dès le lendemain de la levée du siège, Jeanne se déroba aux ovations des Orléanais, et, toute blessée qu'elle fût, alla trouver le roi.

Il était attendu à Tours. Elle l'y devança et sortit à cheval au-devant de lui, son étendard à la main.

Dès que le roi parut, Jeanne lui fit révérence, inclinant la tête très bas.

Le roi ému ôta son chaperon, entoura Jeanne de ses bras et la redressa.

Volontiers, disent les chroniqueurs, il eût donné un baiser à l'humble fille, tant sa joie était grande.

Il lui fit belle fête, et la remercia fort d'avoir accompli si noble besogne.

Mais Jeanne ne venait pas chercher des compliments; elle venait chercher des armes, de l'argent, des soldats, et le roi lui-même qu'elle voulait conduire à Reims.

— « Sire, lui dit-elle, il est temps que vous vous mettiez en chemin pour être couronné à Reims. »

— « Mais, Jeanne, répondit le dauphin, les ennemis ont encore trop grande puissance. C'est l'avis de tous mes conseillers. »

— « Gentil roi, reprit Jeanne, ne tenez pas tant et de si longs conseils. Par mon martin bâton, je vous mènerai à Reims sûrement, et là, vous recevrez votre digne sacre. »

Et elle se jetait à ses genoux, et souventes fois elle lui répétait : « Je ne durerai guère, sire. Il faut donc me bien employer. »

Charles finit par décider qu'il irait à Reims dès qu'on aurait enlevé aux Anglais les places qu'ils occupaient aux bords de la Loire.

— « Eh bien , marchons contre cas, places ! » dit la Pucelle.

Une nouvelle levée de gens de guerre eut lieu, et à la tête de l'armée fut placé le duc d'Alençon qui, pris par les Anglais, venait de se racheter d'entre leurs mains.

— « Soyez le bien venu, lui avait dit Jeanne. Plus il y en aura ensemble du sang du roi de France, mieux cela vaudra. »

La femme du duc avait grand chagrin de le voir partir.

— « La rançon de mon mari nous a coûté cher, disait-elle. S'il me croyait, il demeurerait. »

— « Madame, lui répondit Jeanne, je vous le ramènerai sain et sauf, et même en meilleur contentement qu'à présent. Soyez sans crainte. »

Sur cette assurance, la duchesse se résigna.

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