‹ Jeanne d'Arc; libératrice de la FranceChapitre 19 sur 66 · VIII. — JEANNE DEVANT JARGEAT · texte numérisé non relu

VIII. — JEANNE DEVANT JARGEAT

On avait résolu d'attaquer d'abord Jargeau, où le comte de Suffolk s'était retiré après la levée du siège d'Orléans.

Une garnison d'élite défendait la place.

Elle fît une brusque sortie à l'approche des Français.

Les Français surpris se troublèrent.

Ils commençaient à lâcher pied lorsque Jeanne, élevant son étendard, leur cria : « Sus, amis ! Nous les aurons. » Et elle-même se jeta au fort de la mêlée.

Ses paroles et son exemple ranimèrent la lutte, et les Français firent si bien que, la nuit même, ils purent s'établir dans les faubourgs de la ville.

Le lendemain, 12 juin, Jeanne fit sommer les Anglais de se retirer : « Sortez, leur disait-elle, et vous aurez la vie sauve. »

Les Anglais, qui espéraient toujours le renfort conduit par Falstolf, voulaient traîner les choses en longueur.

— « Puisqu'ils ne veulent pas sortir à l'heure même, dit Jeanne, prenons-les de force. »

Et canons et bombardes de tirer sur la ville.

Bientôt une brèche fut faite au mur.

Jeanne fit sonner les trompettes, et cria au duc d'Alençon : « En avant, gentil duc, à l'assaut ! »

Le duc hésitait; les autres capitaines hésitaient aussi, à cause du grand nombre des défenseurs de Jargeau.

— « Ne craignez aucune multitude, dit Jeanne, et assaillez ces Anglais. Dieu conduit notre œuvre. Si je n'en étais sûre, croyez-le bien, je préférerais garder mes brebis que de m'exposer à tant de contradictions et de périls. »

— « Mais, dit le duc d'Alençon, c'est trop tôt commencer l'assaut. »

— « Ne doutez point. C'est l'heure. J'en suis sûre. Il faut besogner quand Dieu veut. Travaillez, et Dieu travaillera. »

Et toujours gaie, elle ajouta : « Ah! gentil duc, as-tu peur? Tu sais bien que j'ai promis à ta femme de te ramener. »

L'assaut commença. Il fut terrible.

De tous côtés, les Français arrachaient les palissades, comblaient les fossés, escaladaient les murs.

De tous côtés, les Anglais faisaient pi euvoir des boulets, renversaient les échelles, massacraient les assaillants.

Le duc d'Alençon fut sur le point d'être tué. Jeanne le sauva.

— « Gentil duc, lui dit-elle, retirez-vous d'où vous êtes, sinon cette bouche à feu qui est là-bas va vous envoyer la mort. »

Le duc se retira. Un moment après, le seigneur de Lude se mettait à la même place et était tué.

On luttait depuis quatre heures, lorsque Jeanne monta elle-même sur une échelle, l'étendard à la main, au point où la défense était la plus âpre.

Malheur! une grosse pierre, roulée du haut de la muraille, vient frapper son casque et la renverse dans le fossé.

On la crut morte. Mais elle .se releva aussitôt en criant : « Sus ! sus, amis ! Notre Sire a condamné les Anglais. Ils sont nôtres à cette heure. »

A ces mots, les Français sentent leurs forces centuplées. Devant leur impétuosité, rien ne tient. La ville est prise.

Beaucoup d'Anglais avaient péri dans l'assaut. Les autres, parmi lesquels Suffolk, furent faits prisonniers. Voici ce qu'on raconte :

D'abord Suffolk avait refusé de se rendre.

— « Rendez-vous ! » lui crièrent le duc d'Alençon et d'autres seigneurs.

— « Dussé-je mourir, répondit Suffolk, je ne me rendrai point à vous ! »

— « Rendez-vous ! » lui cria-t-on encore.

— « Si je me rends, dit-il, je me rendrai à la Pucelle qui est la plus vaillante femme du monde et qui, je le vois bien, doit tout subjuguer. »

Bientôt après, Suffolk remettait son épée entre les mains de la Pucelle.

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