‹ Jeanne d'Arc; libératrice de la FranceChapitre 21 sur 66 · X. — BATAILLE DE PATAY · texte numérisé non relu

X. — BATAILLE DE PATAY

Une bataille était imminente. Cependant, on hésitait d'un côté et de l'autre.

Falstolf était d'avis de ne rien risquer et de se renfermer dans les forteresses les plus sûres jusqu'à ce que la confiance fût revenue aux troupes découragées.

— « Si la fortune nous est encore mauvaise, disait-il, tout ce que nous avons conquis en France avec si grand labeur, ira en perdition. Attendons de nouveaux renforts. »

Talbot, lui, était impatient d'affronter les Français en rase campagne.

— « C'est assez, disait-il, que nous ayons tourné le dos à Orléans. Plutôt mourir que subir de nouveau telle honte. N'aurais-je que mes gens près de moi, j'irai au combat. »

— « Eh bien, dit Falstolf, tentons l'aventure.»

De leur côté, les Français répugnaient à une bataille rangée.

Ils se souvenaient de leurs anciennes défaites de Crécy, de Poitiers et d'Azincourt. Ils redoutaient l'habileté stratégique des Anglais.

— « Jeanne, combattrons-nous? » demanda le duc d'Alençon.

— « Avez-vous de bons éperons?» répondit Jeanne.

— « Qu'est-ce à dire? Nous tournerons donc le dos? »

— « Non, reprit-elle, ce sont les Anglais qui fuiront, et il faudra de bons éperons pour les poursuivre. »

Quelques gens du roi hésitaient encore.

— «Au liùïïi de Dieu, s'écria Jeanne, chevauchez hardiment contre les Anglais. Quand ils seraient pendus aux nues, nous les aurons. »

Jeanne voulait être à l'avant-garde, avec La Hire. On la fit rester dans le corps de bataille, à côté du duc d'Alençon et de Dunois.

L'armée partit.

On chevauchait depuis quelques heures dans la belle plaine de Beauce, lorsqu'on arriva près de Patay, non loin d'un bois.

Tout à coup, les éclaireurs de l'avant-garde firent lever un cerf. Celui-ci s'enfuit à travers les taillis ; et voici que presque aussitôt de grandes huées retentirent. Le cerf était allé se jeter parmi les soldats de l'armée anglaise.

L'ennemi était donc là, caché par le bois.

L'impétueux La Hire se précipita en avant et tomba sur les Anglais au moment même où venait de se clore le débat entre Talbot et Falstolf .

Soldats anglais, rangez-vous ! Archers, plantez de-

vant vous les pieux aiguisés dont vous vous faites un rempart I — C'est impossible, tant le choc des Français est rude et soudain.

Ce choc fut un coup de foudre sous lequel tout s'abîma.

Le fier Falstolf se résigna à prendre la fuite.

Le brave Talbot chercha en vain la mort et fut pris.

— « Vous ne pensiez pas, ce matin, que cela vous arriverait, » lui dit le duc d'Alençon.

— « C'est la fortune de la guerre, » répondit Talbot impassible.

La poursuite des Anglais fut sanglante. On gardait prisonniers les seigneurs de qui on espérait bonne rançon; mais on massacrait les pauvres gens. Il y eut bien deux mille morts.

A la vue de tant de cadavres, Jeanne pleurait et grondait les hommes d'armes d'être si peu humains.

Il arriva que, tout à côté d'elle, un soldat frappa rudement à la tête un malheureux Anglais qui lui demandait merci.

— « Vil Français! » s'écria Jeanne.

Elle sauta à bas de son cheval, souleva la tête du blessé, le soigna, le consola et l'aida à mourir.

La victoire de Patay terminait la campagne commencée par la prise de Jargeau.

Cette campagne de la Loire avait été l'affaire de huit jours, du 11 au 18 juin.

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