‹ Jeanne d'Arc; libératrice de la FranceChapitre 22 sur 66 · XI. — APPRÊTS DU DÉPART POUR REIMS · texte numérisé non relu

XI. — APPRÊTS DU DÉPART POUR REIMS

— « A Reims maintenant! » s'écriait Jeanne, avec ce sens politique qui lui venait de son grand cœur.

— « A Reims! » s'écriait la foule électrisée.

Il fallut bien se décider, malgré les sages de la cour.

De tout côté affluaient des gens désireux d'être de l'expédition.

Les gentilshommes qui n'avaient pas assez d'argent pour se procurer un équipement de chevalier, venaient en simples archers, montés sur de petits roussins.

Quelle que fût la solde, l'homme d'armes était content, dès qu'il suivait Jeanne.

On s'apprêta donc à partir pour Reims. Mais il y avait, sur le chemin de Reims, tant de châteaux, tant de places garnies d'ennemis, que cette marche paraissait insensée.

Encore si le dauphin avait utilisé toutes ses forces ! Mais, non. Docile aux implacables rancunes de son favori La Trémouille, le roi congédia le connétable de Richemont.

Le connétable avait la rage au cœur.

Il alla jusqu'à dire au favori, son ennemi: « De

grâce, laissez-moi servir le roi ! Je ferai tout ce qu'il vous plaira, fallût-il vous baiser aux genoux. »

Vaine humiliation. L'ordre de partir lui fut réitéré.

Jeanne intervint et supplia le dauphin.

Le dauphin s'obstina dans son refus.

— « J'aimerais mieux n'être jamais roi que de voir cet homme à mon sacre, » dit-il.

Richemont partit donc avec sa belle troupe de gens de guerre.

— « Unissez-vous aux Anglais, » lui dit un scélérat.

— « A Dieu ne plaise, répondit-il, que je trahisse ainsi mon roi et mon pays ! Puisqu'on ne veut pas de moi ici, je vais aller ailleurs faire la guerre aux Anglais pour mon propre compte. »

Et il alla batailler dans l'Ouest.

Ainsi, on s'était privé du puissant secours de Richemont. De plus, on manquait d'argent, de provisions, d'artillerie. Et, pour parvenir à Reims, il fallait traverser soixante lieues de pays occupé par l'ennemi.

Cependant Jeanne avait confiance entière, si bien qu'elle annonça à diverses villes sa prochaine arrivée à Reims.

Elle s'exprimait ainsi dans une lettre adressée en son nom à la fidèle cité de Tournay, le 25 juin :

« Loyaux habitants de cette bonne ville, la Pucelle vous fait savoir qu'elle a chassé les Anglais de toutes les places qu'ils tenaient sur les rives de la Loire.

» Ils ont été déconfits en bataille. Leurs meilleurs chevaliers sont morts ou pris.

» Maintenez-vous bons Français, et tenez-vous prêts à venir au sacre du noble roi, à Reims, où nous serons sous peu.

» Dieu vous garde ! »

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