XII. — PREMIÈRES ÉTAPES DE LA MARCHE SUR REIMS
Les hommes d'armes se réunirent à Gien et se mirent en route le 29 juin, le dauphin à leur tête.
Ils étaient douze mille, pauvres de ressources, mais vaillants et pleins d'espoir.
On passa devant Auxerre, et, malgré les instances de Jeanne, on ménagea cette ville, qui ménageait à la fois Anglais et Français.
La ville de Saint-Florentin ouvrit ses portes sans résistance.
De là, on marcha sur Troyes, la capitale delà Champagne.
Selon son habitude, Jeanne voulut qu'avant d'employer la force, on sommât la ville de se rendre, et, le 4 juillet, étant à Saint-Phal, à quelques lieues de Troyes, elle dicta une lettre ainsi conçue :
« Teès chers et bons amis, habitants de la ville de Troyes, Jeanne la Pucelle vous mande, de par le roi du ciel, son droiturier et souverain seigneur, que vous reconnaissiez le noble roi de France et lui donniez vraie obéissance.
» Il sera bientôt à Reims et à Paris, quelques forces qui marchent contre.
» Loyaux Français , hâtez- vous de venir au-devant du roi Charles !
» Si ainsi faites, ne craignez ni pour vos corps, ni pour vos biens.
» Si ainsi ne faites, je vous certifie, sur vos vies, que nous entrerons, avec l'aide de Dieu, en toutes les villes qui doivent être du saint royaume, et y serons maîtres envers et contre tous. »
Les notables de la ville firent jeter au feu la sommation de la Pucelle.
— « Cette Jeanne, disaient-ils, est une folle pleine du diable. Nous ne répondrons pas à une lettre qui n'a ni rime, ni raison. »
Le 5 juillet, l'armée royale arrivait devant les murs de Troyes, et s'y établissait, malgré une sortie de la garnison qui fut repoussée.