XV. — LE SACRE
Enfin le dauphin allait être sacré roi!
Jeanne voulut inaugurer la fête du triomphe par un appel à la concorde.
Le matin du 17 juillet, elle dicta une lettre à l'adresse du duc de Bourgogne, l'allié des Anglais.
Aux Anglais, elle avait adressé des sommations. Aux Bourguignons, qui étaient des Français, elle adressait des supplications.
— « Haut et redouté prince, disait-elle, Jeanne la Pucelle vous requiert, de par le roi du ciel, son droiturier et souverain seigneur, que le roi de France et vous fassiez paix qui dure.
» Pardonnez-vous l'un à l'autre , de bon cœur et entièrement, en loyaux chrétiens.
» Prince, je vous supplie à mains jointes, aussi humblement que je vous puisse supplier, de retirer vos troupes.
» Sachez, de par le roi du ciel, que vous ne vaincrez pas les loyaux Français.
» Quelque nombre de gens que vous envoyiez contre nous, ils n'y gagneront rien, et tant de leur sang sera répandu que ce sera grande pitié.
» Or donc le gentil roi de France, dont le sacre se fait aujourd'hui à Reims, est prêt à faire paix avec vous, son honneur étant sauf.
» Tendez-lui la main. Et, s'il vous plaît guerroyer, allez ensemble sur les Sarrasins. »
La dévote Jeanne mûrissait la pensée de faire tous les chrétiens amis, et de les réunir un jour contre les ennemis de la chrétienté.
Naguère, dans son message aux Anglais, elle avait tenu au duc de Bedfort le même langage qu'au duc de Bourgogne.
— « Duc de Bedfort, disait-elle, Jeanne laPucelle vous » prie et vous requiert que vous ne vous fassiez pas » détruire. Si vous lui faites raison, vous pourrez venir » en sa compagnie dans des lieux où les Français » accompliront le plus beau fait qui fut jamais accompli » pour la chrétienté. »
Le héraut, porteur de la lettre au duc de Bourgogne, venait de partir, lorsque commença la cérémonie du sacre.
Cette cérémonie eut lieu conformément au rituel antique.
Au pied de l'autel était le roi. Près de lui se tenaient les six principaux seigneurs et les six principaux prélats, représentant les douze pairs du royaume. Devant lui était debout un gentilhomme tenant l'épée royale.
Mais il y avait à côté du roi un personnage dont le vieux cérémonial n'avait pas prévu la présence. C'était
Jeanne, debout à la droite du roi Charles VII, sa bannière à la main.
Sur elle se portaient tous les regards de la foule.
Au moment où le prince, oint de l'huile sainte, reçut la couronne des mains de l'archevêque de Reims, la Pucelle se jeta à ses pieds et lui embrassa les genoux.
Aussitôt les chants s'interrompirent, et les trompettes qui sonnaient « à faire fendre les murs de la cathédrale » se turent.
— « Gentil roi, dit Jeanne, maintenant est exécuté le « plaisir de Dieu qui voulait que vous vinssiez à Reims « recevoir votre digne sacre, montrant que vous êtes « vrai roi et celui auquel le royaume doit appartenir. »
En disant ces mots, Jeanne pleurait. Tous ceux qui étaient là pleuraient aussi.