‹ Jeanne d'Arc; libératrice de la FranceChapitre 27 sur 66 · XVI. — GLORIFICATION DE JEANNE · texte numérisé non relu

XVI. — GLORIFICATION DE JEANNE

Dès que le sacre fut connu, il y eût un merveilleux élan de tout le peuple vers Charles VIL II était décidément le vrai roi, voulu par Dieu. Laon, Soissons, Château-Thierry, Provins et autres places, se mirent en son obéissance.

Parmi les Anglais régnait la stupeur.

La délivrance d'Orléans, la campagne de la Loire, la marche sur Reims leur paraissaient des prodiges.

Naguère confiants, aujourd'hui abattus, ils se disaient qu'il y avait quelque chose de surnaturel dans cette Jeanne qui avait fait des vaincus les vainqueurs.

Était-elle un instrument de Dieu? Était-elle un instrument du diable ? Ils inclinaient à voir en elle un instrument du diable. Mais ils n'y gagnaient guère. Force leur était de constater que le diable avait le dessus.

Créature diabolique aux yeux des Anglais, Jeanne était une créature angélique aux yeux des Français.

On admirait sa piété, et il n'était bruit que de ses visions.

— « Les saints et les saintes du Paradis lui apparaissent, se disait-on.

» Elle les voit comme nous nous voyons les uns les autres. De leurs fronts ceints d'étoiles jaillissent des rayons lumineux, et des roses naissent sous leurs pas.

» Ces saints et ces saintes lui parlent. Elle les entend et leur répond.

» Leur présence lui inonde l'âme de joie. Quand les blanches visions s'évanouissent, elle devient toute triste.

» Douces visions, que ne pouvez-vous durer toute la vie ? dit-elle. Et elle pleure, et elle baise le sol foulé par les messagers du Paradis.

» Puis, elle agit suivant les conseils de ses voix, et il y a en elle une force plus qu'humaine. »

On admirait comme la bergerette s'était transformée en guerrière.

C'était plaisir de la voir, revêtue de son armure blanche, montée sur un grand coursier noir, et tenant à la main sa bannière, ou bien une petite hache.

Elle chevauchait si gentiment et avait si crâne allure qu'on eût cru qu'elle n'avait fait que guerroyer toute sa vie.

Aucune fatigue ne lui coûtait. Elle passait des journées entières à cheval, sans manger ni boire.

Il lui arrivait de coucher en rase campagne. Elle dormait alors tout armée, serrée dans ses habits d'hommeet ayant près d'elle ses deux jeunes frères qu'elle avait fait venir à sa suite.

Elle était gaie avec les hommes d'armes et en même temps leur inspirait grand respect. Une atmosphère de

pureté l'enveloppait. A sa vue, les plus dépravés sentaient s'évanouir les pensées mauvaises.

Il lui était insupportable qu'on vécût mal autour d'elle. Quand elle apercevait des ribaudes à la suite de l'armée, elle entrait en courroux. Un jour elle chassa Tune d'elles en la frappant du plat de son épée ; et ellf la frappa avec tant de force que l'épée se brisa.

Par ses exhortations, Jeanne avait rendu les solda^ du roi plus humains et moins pillards, au grand éton nement de La Hire qui disait : « Si Dieu se faisait homme d'armes, il serait pillard. »

Pendant la mêlée, elle allait intrépide au plus fort du danger, brandissant son étendardj poussant des cris de guerre, enflammant les autres à donner la mort, sans ia donner elle-même.

Après le combat, elle pleurait comme un enfant devant les cadavres, et on la voyait soigner les ennemis blessés.

On eût dit que la France avait revêtu le corps de cette jeune fille.

Dans son cœur saignaient les plaies de tous ; dans son bras était la force de milliers de bras, et sa personne valait au roi une armée.

Et pourtant, aucune fierté en elle. Elle était simple, bonne, douce aux pauvres gens.

A Reims, Jeanne eut une joie qui lui remplit l'âme autant qu'aucune de ses victoires. Elle reçut la visite de son père et de son oncle.

Ah I maintenant, son père lui pardonnait ' d'être

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