‹ Jeanne d'Arc; libératrice de la FranceChapitre 28 sur 66 · partie, et son oncle était tout fier de l'avoir aidée à partir · texte numérisé non relu

partie, et son oncle était tout fier de l'avoir aidée à partir

Elle les embrassa en pleurant à chaudes larmes et s'entretint longuement avec eux.

Quand il fallut se séparer, elle voulut que son père apportât un peu de contentement aux bonnes gens de Domrémy, et elle obtint du roi qu'il exemptât d'impôts le village où elle était née.

Que ne pouvait-elle suivre son père et son oncle aux lieux de son enfance !

— « Je voudrais bien, disait-elle, laisser là les armes et m'en aller servir mes parents. Ma mère aurait si grande joie à me revoir ! »

Mais le roi et ses voix la retenaient.

Ainsi, tandis que les autres héros rêvent grande situation ou grande renommée, Jeanne ne voulait rien, sinon sauver et glorifier le royaume de France. Après cela, son rêve était d'aller vivre oubliée, dans sa chaumine, cousant et filant près de sa mère.

Comment la foule n'aurait-elle pas été ravie par cette merveille de simplicité, de pureté, de courage, d'humanité, de patriotisme?

C'était une adoration.

Hommes et femmes s'empressaient pour lui baiser les mains et les vêtements. Les jeunes mères donnaient à leurs filles son nom béni. On portait des médailles à son effigie.

Jeanne, en qui le bon sens s'alliait à l'enthousiasme,

souriait de ces hommages populaires. Elle les trouvait messéants. Mais elle ne savait comment s'en défendre et n'osait rudoyer les braves gens qui y prenaient plaisir.

A des seigneurs qui se faisaient faire des bannières semblables à la sienne, elle disait : « Ma bannière n'a aucun pouvoir. Tout ce que je fais n'est qu'un humble ministère. »

A des hommes d'armes qui la félicitaient de savoir à l'avance si on vaincrait, elle répondait : « Je n'en suis pas plus assurée que vous. »

A de bonnes femmes qui lui présentaient des objets de dévotion, en la priant de les toucher, elle répliquait : « Touchez-les vous-mêmes, ils seront tout aussi bons. »

A des docteurs qui la mettaient en garde contre les séductions de cette espèce d'idolâtrie dont on l'environnait, elle répondait : « En vérité, je ne saurais m'en garder, si Dieu ne m'en gardait. »

De fait, il y avait là des séductions dangereuses.

A la longue, le succès et les ovations enthousiastes devaient enivrer cette jeune fille.

De plus en plus, elle était convaincue qu'une puissance supérieure s'incarnait en elle, et que, devant sa présence, .out devait céder.

— « Villes, ouvrez vos portes, disait-elle. Moi, la Pucelle, je vous 1 ordonne, au nom de mon souverain seigneur. »

Délivrer la France des Anglais ne iui semblait plus que le commencement de son œuvre.

Elle rêvait d'aller en Terre Sainte, dans une croisade où le roi d'Angleterre et le duc de Bourgogne donneraient la main au roi de France.

Son naïf espoir se communiquait au bon peuple. Et une femme illustre de ce temps, Christine de Pisan, consacrant à Jeanne ses derniers vers, se faisait l'interprète de l'opinion commune :

— « Moi, Christine, disait-elle, qui, onze ans, ai pleuré enfermée dans un cloître, maintenant, pour la première fois, je me reprends à sourire.

» Enfin le soleil nous a lui, le printemps a reparu, et, dans ce pays si maltraité, tout se renouvelle.

» 0 Jeanne, honneur du sexe féminin, sois la bienvenue parmi nous. Tu nous combles de biens. Qui jamais te rendra assez grande récompense ?

» Tu n'es qu'au milieu de tes prouesses. Et, déjà, par-dessus tous les preux du passé, tu portes la couronne.

» Devant toi les Josué et les Gédéon, les Judith et les Débora ne sont rien. Il n'y a qut- Moïse qu'on puisse te comparer.

» Les Anglais campaient fièrement en France. Mais le sang de leurs victimes criait contre eux. Tu es venue vengeresse. Ou ils partiront i usqu'au dernier ; ou leurs cadavres couvriront nos sillons.

» Ta mission n'est pas seulement d'exterminer la gent anglaise. Exécutant œuvre plus haute, tu mettras

la concorde dans la chrétienté ; tu feras taire les mécréants ; tu faucheras les Sarrasins.

» Par toi Charles sera mené dans la Terre Sainte. Il la conquerra. Et là tu mourras, ayant accompli le mandat de Dieu. »

Eux-mêmes, les familiers de Jeanne, l'encourageaient aux visées les plus hardies et abusaient de sa renommée.

Ainsi Pasquerel, son chapelain, écrivit aux Hussites une lettre où il lui faisait dire :

« Hérétiques, amendez-vous et faites acte de soumission .

» Sinon, moi la Pucelle, je viendrai vous visiter.

» Il faudra vous convertir ou mourir. »

A côté des amis de Jeanne qui l'entretenaient de pernicieuses chimères, il y avait des ennemis qui notaient ses moindres défaillances.

On lui reprochait d'incliner à la brutalité des gens de guerre, parce qu'elle se réjouissait d'avoir une épée, propre, disait-elle, à donner de bonnes buffes et de bons torchons.

Certains taxaient de vice son goût naturel pour l'élégance, et le plaisir qu'elle éprouvait à mettre de beaux costumes.

D'autres l'accusaient de vouloir prononcer sur les matières de foi, parce qu'elle aurait répondu à une lettre du comte d'Armagnac lui demandant lequel des trois papes d'alors était le vrai : « Je vous éclair cirai cela dès que les Anglais me laisseront du repos. »

La gloire croissante de Jeanne était comme un précipice où risquait de s'abîmer son idéale vertu.

Si elle eût longtemps vécu , elle n'aurait pu que déchoir.

Tôt ou tard les visions auraient menti. Dans les âmes éblouies le désenchantement serait venu, et l'héroïne, précipitée du ciel de ses rêves, aurait échoué misérablement sur le terre-à-terre des plates réalités.

La haine des Anglais la sauva de cette chute, et le martyre mit le sceau à sa gloire.

La Pucelle, si sympathique pendant ces années d'enfance où se mûrit sa vocation, si grande pendant cette année 1429 où s'accomplit sa gloriiication, deviendra sublime pendant les douze mois de sa passion. (1)

(1) Voir dans le Mois de Jeanne d'Arc le chapitre XII Popularité de Jeanne, et le chapitre XVII Sainte Jeanne.

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