‹ Jeanne d'Arc; libératrice de la FranceChapitre 29 sur 66 · XVII. — LA CAMPAGNE DE PARIS · texte numérisé non relu

XVII. — LA CAMPAGNE DE PARIS

La passion de la Pucelle eut son prélude mélancolique. Avant de tomber aux mains des Anglais, Jeanne traversa une période de neuf mois, toute pleine de tristesses et de désappointements.

Orléans délivré, l'Anglais battu, le roi sacré, ce n'était pas assez.

— « Jeanne, disaient les voix, tu dois recouvrer Paris et chasser l'étranger hors de toute France. »

— « A Paris ! » criait Jeanne, tandis que, de toutes parts, villes et châteaux faisaient leur soumission.

— « A Paris ! » répétaient les hommes d'armes. Le roi ébranlé poussa vers Paris.

Sur le chemin, de bons Français accouraient en troupes joyeuses et faisaient entendre le vieux cri de joie populaire : « Noël ! Noël ! »

Témoin de cet enthousiasme, Jeanne se prit à dire : « 0 le bon peuple ! Puissé-je être assez heureuse pour finir mes jours et être inhumée en cette terre ! »

— « Jeanne, lui dit l'archevêque de Reims qui che-

vauchait à'côté d'elle, où croyez-vous donc mourir? » — « Où il plaira à Dieu, répondit-elle. Je ne sais ri

'e lieu ni le temps. Plût à Dieu que je pusse retourner

garder les troupeaux, près de ma sœur et de ma

mère! »

Parlant ainsi, elle levait les yeux vers le ciel. Et

ceux qui la virent en ce moment pensèrent plus que

jamais qu'elle venait de la part de Dieu.

Cependant le duc de Bedfort, qui était le chef de l'invasion anglaise, redoublait d'activité et de vigilance. Il semblait être partout à la fois.

Il mit toutes les garnisons en état de défense, fit entrer à Paris un renfort de cinq mille hommes, et contint habilement les Parisiens.

Préoccupé de rendre courage à ses troupes, il s'avança hardiment vers l'armée française. Mais il choisit toujours ses postes avec tant d'adresse qu'il avait l'air d'offrir la bataille et que Charles VII ne pouvait l'attaquer.

Un moment, près du château de Nangis, les Français espérèrent en venir aux mains.

Jeanne était radieuse. Tous admiraient son maintien et l'art avec lequel elle ordonnait particulièrement la disposition des pièces d'artillerie. Elle avait le coup d'œil des grands capitaines.

Mais le duc de Bedfort resta dans ses retranchements où il aurait été téméraire d'aller le chercher ; puis rentra à Paris.

Sur ces entrefaites, eut lieu, entre Charles VII et le duc de Bourgogne, une trêve négociée par le favori La Trémouille, avec espérance de recouvrer Paris sans coup férir.

Tous ces retards impatientaient la Pucelle et trompaient l'attente commune.

Les habitants de Reims firent part à Jeanne de leur surprise.

Elle répondit ainsi à leur missive :

« Ghers et bons amis, n'ayez nul doute sur la bonne querelle que je soutiens. Je ne vous abandonnerai point, tant que je vivrai.

» Il est vrai que le roi a consenti une trêve, quinze jours durant, avec le duc de Bourgogne qui le flatte de la paisible reddition de Paris.

» De trêves ainsi faites je ne suis point contente, et ne sais si je les tiendrai.

» Si je les tiens, ce sera seulement pour garder l'honneur du roi.

» Au surplus, j'aurai l'œil à ce que, l'heure venue, si on n'a la paix, on soit prêt à la guerre.

» Ecrit le cinq août, en un champ, sur le chemin de Paris. »

Tandis que le duc de Bourgogne faisait des promesses de paix, le duc de Bedford adressait des défis à Charles VII, par l'intermédiaire d'un héraut.

Charles répondit au héraut : « Ton maître aura peu

de peine à me trouver. Il prétend me chercher, C'est bien plutôt moi qui le cherche. »

Bientôt après, les deux armées se trouvaient en pre sence, près de Crespy, dans le Yalois.

Bedfort espérait que le roi provoqué viendrait l'atta quer dans ses lignes où il était fortement établi.

MaiSjplus sages que jadis à Crécy et à Azincourt, les Français continrent leur impétuosité naturelle, et tout se borna à quelques mêlées d'avant-garde.

Bedfort se replia de nouveau vers Paris.

Peu après, emmenant de bons renforts, le duc tint de nouveau campagne.

En dérision de la Pucelle, les Anglais avaient fait fabriquer un étendard d'étoffe blanche à l'image du sien. Des bobines vides y remplaçaient les fleurs de lis. Au milieu était figurée une quenouille enroulée de lin, d'où pendait un fuseau. Tout autour se détachait en lettres d'or cette inscription : « Or vienne la belle! »

— « Jeanne est une porte-quenouille à qui nous donnerons du fil à retordre », disaient-ils.

Mais leur hardiesse se bornait aux paroles.

Le quinze août, le régent anglais et le roi de France se retrouvaient en face l'un de l'autre, non loin de Senlis.

De chaque côté, on attendait l'attaque, et, de chaque côté, on n'osait attaquer, vu la position de l'adversaire.

Les Français se décidèrent les premiers à marcher vers les Anglais.

îC2 JEANNE D'ARC, LIBÉRATRICE DE LA FRANCE

Ceux-ci demeurèrent immobiles dans le poste redoutable où ils s'étaient bamcardés.

Voyant qu'ils] ne faisaient point mine de sortir , Jeanne, qui était de l'avant-garde, alla à leurs retranchements, et les frappa de sa bannière.

Les Anglais dédaignèrent ce défi. Ils se contentaient de repousser quiconque tentait l'assaut.

— « Rangez-vous, et combattons à conditions égales! » leur criait Jeanne.

Vains appels. Il n'y eut que des escarmouches, où on s'entre-tua sans merci ni miséricorde.

Après une nuit passée en rase campagne, les Français feignirent de se retirer, espérant que l'ennemi entreprendrait de les poursuivre.

Mais les Anglais ne profitèrent de ce mouvement que pfeur opérer une fois encore leur retraite vers Paris.

Cependant la trêve avec le duc de Bourgogne était à sa fin, et les ambassadeurs n'avaient apporté au roi que de bonnes paroles qui ne disaient rien.

Il semblait urgent d'aller sur la ville dont la possession assurerait la reddition de toutes les autres.

— « Marchons ! » disait Jeanne.

Mais le roi préférait s'amuser à recevoir les messages de petites places comme Creil et Chantilly qui, à l'exemple de Beau vais et de Compiègne, faisaient leur soumission.

Jeanne ne prit plus conseil que de son courage.

— « Gentil seigneur, dit-elle au duc d'Alençon, laites

appareiller vos gens. Je veux aller voir Paris de plus près que je ne l'ai vu. »

Le 23 août, elle partait.

Les hommes d'armes suivirent. Le roi suivit.

Page 1