‹ Jeanne d'Arc; libératrice de la FranceChapitre 30 sur 66 · XVIII. — JEANNE SOUS LES MURS DE PARIS · texte numérisé non relu

XVIII. — JEANNE SOUS LES MURS DE PARIS

Cette fois, entraîné par la Pucelle, Charles VII alla jusque sous les murs de Paris.

L'avant-garde, où se trouvait Jeanne, s'établit à la Chapelle-Saint-Denis. Le reste de l'armée se répandit dans les villages voisins.

Aussitôt les Anglais de multiplier les barrières, d'entasser les pierres sur les murailles, de faire renouveler aux Parisiens le serment de fidélité.

— « Charles a juré, disaient-ils, que, s'il entrait à Paris, il occirait tous les habitants, grands et petits, et ferait passer la charrue sur la ville. » Et le peuple était tenu par la peur.

Au bout de huit jours, les soldats du roi marchèrent vers la porte Saint-Honoré et se rangèrent en bataille derrière la butte des Moulins.

On avait hésité à attaquer ce jour-là, parce que c'était la fête de la Nativité de Notre-Dame.

Mais Jeanne disait : « C'est le moment. Nous couche rons cette nuit à Paris. »

Et à ceux qui se scandalisaient de la profanation d'un

jour si saint, elle répondait : « Tous les jours sont bon pour vaincre l'ennemi. »

L'attaque s'engagea.

Au premier rang était Jeanne avec les plus brillants chevaliers.

Elle et ses compagnons mirent le feu à une barrière et passèrent un fossé. Mais il y en avait un second à franchir avant d'arriver aux murailles.

Il était large, profond et rempli d'eau.

Jeanne ne perdit pas courage. Elle allait de place en place, sondant avec un bâton où l'on pourrait risquer le passage.

— « Apportez des fagots ! Comblez le fossé ! Gourons à l'assaut ! » s'écriait-elle bravement, sous une pluie de boulets et de flèches.

Du haut des remparts, les ennemis qui l'entendaient lui adressaient menaces et injures.

— « A mort la vachère ! à mort la sorcière ! à mort la ribaude I » s'écriaient-ils.

Jeanne ne leur répondait que par ce cri :

— « Rendez la ville au roi de France ! »

Soudain, l'homme d'armes qui était à côté d'elle et qu'elle avait chargé de tenir son étendard, tomba à terre grièvement blessé.

Elle saisit l'étendard et continua à appeler les soldats à l'assaut. Rien ne l'arrêtait.

Mais voici qu'une flèche l'atteignit elle-même.

Blessée à la cuisse, elle s'affaissa sur le revers du tertre bordant le second fossé. Son sang coulait à flots.

— « Attaquez! » s'écria-t-elle ; et elle ne voulait point que personne s'occupât d'elle.

— « Jeanne, lui dit quelqu'un pour la consoler, ce n'est pas du sang qui coule de votre blessure, c'est de la gloire. »

— « Attaquez ! » reprit-elle.

Cependant la nuit approchait. Il n'y avait plus d'espoir. Les soldats reçurent l'ordre de se retirer.

— « Ne vous retirez pas! » criait Jeanne, se soulevant sur une main et faisant signe de l'autre.

— « Jeanne, il faut partir, » lui dit-on.

Sourde à toutes les remontrances, elle voulait rester près du fossé.

On ne l'emmena qu'à grand'peine. Il fallut que le sire de Gaucourt employât la force.

— « Si nous eussions persévéré, Paris serait à nous, » répétait-elle. Et son désespoir était profond.

Le lendemain, Jeanne se leva de grand matin, et, allant trouver le duc d'Alençon, elle lui dit :

— « Faites sonner les trompettes ! Montez à cheval ! Retournons sur Paris. Il faut l'avoir. »

Le duc ne demandait pas mieux. Mais ordre vint, de la part du roi, de renoncer à l'entreprise.

Charles redoutait un nouvel échec comme celui de la veille, où il avait perdu plusieurs centaines d'hommes.

Il écoutait ses favoris , le seigneur de La Trémouille

et l'archevêque de Reims, qui, jaloux de Jeanne, voulaient que le roi dût la recouvrance de Paris à leursnégociations avec le duc de Bourgogne.

Les capitaines obéirent, et Jeanne dut céder.

Mais elle avait l'âme mortellement triste.

— « Que n'ai-je été tuée sous les murs de Paris!» s'écriait-elle. Et elle couvait d'un regard humide de larmes les hautes tours de la grande cité.

Dans son chagrin, Jeanne s'en vint à l'abbaye de Saint- Denis déposer ses armes devant les reliques du saint dont le nom était le cri de la France sur les champs de bataille.

Elle savait que des seigneurs murmuraient contre elle parce que tout n'avait pas réussi selon ses promesses; elle se sentait mal voulue par les conseillers de Charles VII, et elle songeait à ne plus suivre l'armée.

Mais on s'employa si bien à la consoler et elle avaife le cœur si bon qu'elle se décida à ne pas quitter le roi.

XIXi — SUCCÈS DE JEANNE A SAINT-PlERRE- LE-MOUSTIER

Toujours infatigable, Jeanne avait soif d'action. Pendant de longs jours, Charles l'enchaîna à un cruel

repos.

Il s'obstinait à n'être que le roi de Bourges et se dérobait à l'impulsion de l'héroïne, qui voulait le faire roi de France.

Enfin les hostilités reprirent.

Au mois de novembre, Jeanne fut chargée d'aller faire lesiègedeSaint-Pierre-le-Moustier, sur le bord de la

Loire.

Elle y alla en compagnie de quelques seigneurs et

d'une petite armée.

Dès le commencement du siège, la Pucelle se jeta au

plus fort du péril.

Les Anglais résistaient vaillamment.

Autour de Jeanne, on lâcha pied, et elle se trouva seule, avec quelques hommes d'armes, devant les murailles de la place.

Sans regarder le nombre, Jeanne tenait ferme.

— « Jeanne, lui dit son écuyer, que ne vous retirezvous? Vous êtes seule. »

— « Non, s'écria-t-elle en ôtant son casque et en tournant vers les fuyards son visage illuminé d'enthousiasme. J'ai encore dans ma compagnie cinquante mille de mes gens. »

Les hommes d'armes se demandèrent s'il n'y avait pas là une armée invisible qu'elle seule voyait.

— « Je ne partirai pas d'ici que la ville ne soit prise, ajouta Jeanne. A l'œuvre tous! aux fagots ! aux fascines! Faisons-nous un pont sur le fossé. »

Tout le monde accourut. Le pont fut fait; l'assaut poursuivi; la ville prise.

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