‹ Jeanne d'Arc; libératrice de la FranceChapitre 3 sur 66 · II. — ÉCHOS DE LA GUERRE AU VILLAGE · texte numérisé non relu

II. — ÉCHOS DE LA GUERRE AU VILLAGE

En ce temps-là, le pays de France était à feu et à sang par suite des discordes intérieures et de l'invasion des Anglais.

On se racontait à Domrémy toutes les misères qui désolaient le royaume.

— « Hélas disait-on, le feu roi est mort fou, et son fils Charles, septième de nom, est réduit à déplorer d'avoir la raison et la vie, tant il est malheureux.

« Des troupes ont traversé l'Océan pour venir nous imposer le roi d'Angleterre.

« Cet étranger, qui n'a pas été nourri parmi nous, prétend avoir des droits sur nous.

« Il a pour lui des magistrats, des prêtres, de grands seigneurs. Tout le parti des Bourgi gnons est à sa dévotion.

« Elle-même, Ysabeau, la mère de Charles, combat son fils. Les soldats ennemis voient cette femme dénaturée parcourir leurs rangs pour y semer la haine contre le fruit de ses entrailles.

« Partout les Anglais sont vainqueurs, et notre roi erre en fugitif dans son propre royaume.

« Pauvre roi! Pauvre France! »

Et, chaque jour, on entendait nommer une nouvelle ville dans laquelle les Anglais avaient fait entrer leurs bannières victorieuses.

Paris même, la grande cité, tomba entre leurs mains.

Les habitants de Domrémy furent consternés. « Hélas ! pensaient-ils, le moment est proche où nous verrons ici les Anglais porter le deuil dans nos maisons et écraser les épis de nos champs sous les pieds de leurs chevaux. »

Jeanne, enfant, assistait aux longues veillées où s'échangeaient les récits sur l'invasion des Anglais, et sur la famine, les exactions, les incendies, les meurtres qui en étaient la suite.

En parlant de tant de maux, ces bonnes gens de la terre Barroise, moitié Champenois, moitié Lorrains, avaient les larmes aux yeux. Voisins des Allemands, ils n'en étaient que plus Français. C'est à ses frontières que la patrie est le plus aimée.

Cependant, aux paroles de tristesse et de crainte se mêlaient des paroles d'espérance.

A côté de ceux qui disaient : « C'en est fait, le royaume du bon Dieu est perdu, » d'autres disaient :

« Les Anglais ne sont pas encore arrivés où ils croient.

« Jamais l'étoile de la France ne pâlit que pour briller ensuite d'un plus bel éclat.

« N'entendez-vous pas dire que, sur tous les points du royaume, il y a des personnes qui ont des extases?

« Quelque chose se prépare.

« Ecoutez ce qui est annoncé dans des prophéties anciennes : Quand les hommes auront tout perdu, une femme viendra tout sauver.

« Le vieil enchanteur Merlin a dit que cette femme serait une pucelle. Qui sait si cette pucelle ne sera pas une Lorraine? »

En écoutant les entretiens de cette sorte, Jeanne devenait toute rêveuse.

— «Pourquoi ne serais-tu pas celle qu on attend?» se disait-elle.

L'attente du prodige allait susciter le prodige.

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