III. —LA VOCATION DE JEANNE
Toujours sollicitée par les mêmes pensées, la petite Jeanne avait fini par se remplir de cette idée fixe : la libératrice, ce sera moi.
A cette époque, sur tous les points de la France, il y avait des personnes qui disaient avoir des révélations de la Vierge et des saints se montrant à elles sous forme corporelle; tout le monde croyait au fréquent commerce des esprits avec les hommes, et, bien des fois, dans les veillées, Jeanne avait entendu le récit de visions miraculeuses.
Il était naturel que les ardentes aspirations de sa jeune âme lui apparussent comme un appel venant du dehors et d'en haut.
Souvent, solitaire à l'église, Jeanne y contemplait les images des saints et des saintes, en même temps qu'elle méditait sur la grande détresse du beau pays de France.
Et soudain sa pensée s'incarnait dans une figure vivante, dans un écho vivant. Il lui semblait voir de célestes apparitions et entendre de célestes avertissements.
— « Sois bien sage! lui disait une voix; sois bien pieuse, et prépare-toi à aller porter secours au roi. »
En même temps, devant les yeux de l'enfant éblouie, flottaient les faces lumineuses des saints et des saintes qu'elle avait le plus appris à aimer.
C'était sainte Catherine, c'était sainte Marguerite, c'était surtout l'archange saint Michel, alors universellement populaire.
— « Jeanne, disait l'archange, vois la grande pitié qui est au royaume de France, va et délivre le pays. »
— « Mais, répondait-elle, je ne suis qu'une pauvre fille. Je ne sais ni chevaucher ni guerroyer. »
— « Va, » disait la voix.
— « Mais comment pourrai-je quitter ma famille et résister à tant de fatigues ? »
— « Va, » disait encore la voix.
Ainsi, dans Jeanne comme dans chacun de nous, il y avait une lutte des instincts inférieurs contre les puissances supérieures, de la chair contre l'esprit, de la jeune fille contre l'héroïne.
Sous la forme des célestes visions, c'était l'héroïne qui triomphait.
— « Faut-il gémir? Faut-il pleurer? pensait Jeanne. Non, il faut agir et combattre. Soyons la libératrice! »
Et elle entendait répondant au cri sublime de son cœur le commandement des saints et des saintes du paradis.