XXI. — RÉVEIL VICTORIEUX DE JEANNE
Tandis que le roi demeurait inactif, les Anglais et leurs partisans s'agitaient dans les places nouvellement
soumises.
L'une de celles-ci, Reims, fit part de ses craintes à
Jeanne.
Jeanne répondit le 16 mars 1430 :
« Ne craignez.
» Vous n'aurez pas de siège si je rencontre l'ennemi.
» Si je ne le rencontre, fermez vos portes.
» Les Anglais venant, je serai vite là, et je leur ferai chausser leurs éperons en telle hâte qu'ils ne sauront par où les prendre. »
Le 28 mars, Jeanne rassurait encore les habitants de
Reims :
« Mes chers amis, leur disait-elle, ayez confiance au roi; gardez bien votre cité, et faites bon guet. Vous ouïrez bientôt de mes nouvelles. »
Quelques jours après, lasse de faire figure parmi des oisifs, Jeanne quittait la cour sans rien dire.
Elle se rendit à Lagny-sur-Marne, parce que les Français y faisaient bonne guerre aux Anglais.
Là, son premier coup fut un coup de maître.
Elle attaqua un homme aussi vaillant que cruel, terreur de la contrée, le Bourguignon Franquet d'Arras.
Franquet, avec ses redoutables archers, s'était retranché fortement.
Jeanne et les siens furent deux fois repoussés, et deux fois revinrent assaillir la troupe ennemie. A la fin, ils firent si bien,, que Franquet fut forcé derrière son rempart.
Dans la lutte, Jeanne avait vaillamment conquis sur un Bourguignon une bonne épée qu'elle garda.
Les cadavres des compagnons de Franquet jonchaient la terre. Lui-même était fait prisonnier.
Les habitants de Lagny pressèrent Jeanne de leur livrer ce terrible gentilhomme, pour qu'il subît la peine de ses meurtres et rapines.
Jeanne refusa. Elle voulait garder Franquet et l'échanger contre un brave Parisien que l'ennemi retenait en prison.
Les juges de Lagny insistèrent.
— « Ce serait faire injure à justice que de délivrer un tel scélérat, » disaient-ils.
— « Prenez-le donc, répondit Jeanne, et faites de lui ce que justice voudra. »
Franquet fut jugé, condamné et décapité.