‹ Jeanne d'Arc; libératrice de la FranceChapitre 37 sur 66 · IV. — JEANNE DANS LES PRISONS DE ROUEN · texte numérisé non relu

IV. — JEANNE DANS LES PRISONS DE ROUEN

Jeanne avait dit souvent : « J'aimerais mieux mourir que d'être entre les mains des Anglais. » Et voici qu'elle était entre leurs mains.

L'Université de Paris félicita chaudement le roi d'Angleterre, dès le 21 novembre.

Elle ajoutait :

« Nous vous supplions d'ordonner que le procès de cette ennemie de la foi ait lieu à Paris. Il s'y fera avec plus d'éclat qu'en toute autre ville, vu le grand nombre de notables théologiens qui s'y trouvent. »

Mais les Anglais ne se sentaient pas assez les maîtres dans Paris. Ils optèrent pour Rouen, où étaient principalement concentrées leurs forces.

Jeanne fut donc conduite à Rouen, sous bonne escorte, en décembre.

— « Il faut la mettre dans un sac et la jeter dans la Seine, » disaient plusieurs Anglais.

— « Non, répliquaient les autres.. Il faut d'abord faire prononcer en justice que son œuvre a été une œuvre d'enfer. »

On voulait absolument que Jeanne fût diffamée.

A Paris, une pauvre femme fut brûlée pour avoir osé avancer que Jeanne était bonne et avait agi selon Dieu.

En attendant la formation d'un tribunal qui déciderait quelle avait agi selonle diable, la Pucelle fut enchaînée dans une cage de fer, où elle était tenue par le cou, par les pieds et par les mains.

Plus tard, lorsque le procès fut sur le point de commencer, on tira Jeanne de la cage et on l'enferma dans une tour du château.

Là elle avait les fers aux pieds et était liée par une chaîne à une grosse pièce de bois.

Nuit et jour, stationnaient à côté d'elle quatre ou cinq soldats, dits houspilleurs, qui la fatiguaient de leurs insolences de corps de garde.

Un jour, Jeanne reçut dans sa prison la visite de l'homme qui l'avait vendue, Jean de Luxembourg.

Deux seigneurs anglais l'accompagnaient, le comte de Warwick, gouverneur de Rouen, et le comte de Stafford.

— « Jeanne, dit le sire de Luxembourg en raillant, je viens pour vous mettre à rançon. »

— « Vous vous moquez de moi, répondit Jeanne, car je sais bien que vous n'avez ni le vouloir ni le pouvoir de faire ce que vous dites. »

— « Eh! eh! reprit le duc, la chose ne serait pas impossible si vous vouliez promettre de ne plus vous armer contre les Anglais. »

— « Ce serait promettre de mal faire, » répondit Jeanne.

— « Alors, prenez garde I »

— « Je soupçonne bien que les Anglais me feront mourir, croyant après ma mort tout conquérir. Mais, fussent-ils cent mille goddem de plus, ils ne gagneront pas le royaume de France. »

A ces mots, Stafford, indigné, tira sa dague pour frapper Jeanne.

Warwick le retint.

— « Contenez-vous, lui dit-il. Nous l'aurons autrement. »

L'avis de Warwick était bien d'assassiner Jeanne, mais de l'assassiner légalement.

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