‹ Jeanne d'Arc; libératrice de la FranceChapitre 44 sur 66 · AU ROI · texte numérisé non relu

AU ROI

Un point sur lequel on revint souvent, c'était le signe par lequel Jeanne s'était fait agréer auprès du roi.

Là-dessus, comme sur les visions, elle avait fait des réserves.

Pressée de parler, d'abord elle refusa, puis elle répondit en poétisant ses souvenirs.

— « Quelle révélation fites-vous à votre roi ? »

— « Allez le lui demander à lui-même. »

— « C'est à vous de nous le dire. »

— « Vous n'aurez pas cela de moi. Sachez seulement que le roi eut signe de mes faits avant qu'il y voulût croire. »

— « Il faut nécessairement nous répondre là-dessus. »

— « Seriez-vous contents que je me parjurasse? »

— « Vous avez donc promis à vos saintes de taire le signe donné au roi ? »

— « J'ai promis. »

— « Le signe donné au roi fut-il de Dieu? »

— « Oui. »

— « Durera-t-il longtemps ? »

— « Il peut durer mille ans et plus. »

— « Est-il or, argent, pierre précieuse, couronne ? »

— « La plus riche couronne qui soit au monde. »

— « Que signifiait cette couronne? »

— « Que le roi reprendrait le royaume de France. »

— « Qui l'avait faite ? »

— « Il n'y a orfèvre sur terre qui sût faire couronne si riche et si belle. »

— « Qui l'apporta ? »

— «. Un ange. »

— « L'ange vint-il de haut ? »

— « Il vint de haut, j'entends parle commandement de Notre-Seigneur. »

— « Y avait-il là une lumière? »

— « Oui. La lumière ne vient pas toute à vous, mes maîtres. »

— « Comment l'ange se montra-t-il au roi ? »

— « Il entra par la porte,, fit révérence au roi et lui déclara qu'il aurait tout le royaume, avec l'aide de Dieu et moyennant mon labeur. »

— « Donna-t-il la couronne directement au roi ? »

— « Il la donna à l'archevêque de Reims qui la remit au roi. »

— « De tout cela vous en rapporteriez-vous à l'archevêque de Reims ? »

— « Faites-le venir, et que je l'entende parler, et puis je vous répondrai. Il n'oserait dire le contraire de ce que je vous ai dit. »

— « Saluâtes-vous l'ange lorsqu'il apporta le

signe? »

— « J'ôtai mon chaperon, m'agenouillai, puis remerciai Dieu de ce qu'il me délivrait des clercs qui arguaient

contre moi. »

- « L'ange qui apporta le signe parla-t-il au roi? »

— « 11 dit qu'il fallait se mettre en besogne et que Ja France serait bientôt allégée. »

« Est-ce le même qui vous a assistée? »

— « Le même. »

— « Maintenant, il vous a donc failli ? »

— « Pourquoi m'aurait-ii failli, puisqu'il me conforte tous les jours dans ma prison ? »

— « Les signes manquent pour qu'on vous croie. »

— « Je le vois bien. Le signe qu'il vous faudrait à vous, le seul qui pût vous émouvoir, c'est que Dieu me délivrât de vos mains. »

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