XVI. — L'ACCUSATION
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Les juges qui interrogeaient Jeanne n'étaient dispo ses à trouver vrai que ce qui pourrait la faire trouve coupable.
Avant d'être jugée elle était condamnée.
Un jour, l'appariteur Jean Massieu reconduisait Jeanne dans sa prison.
Un prêtre anglais survint et demanda au prêtre français :
— « Cette fille sera-t-elle brûlée? »
— « Jusqu'ici, répondit Massieu, je n'ai vu en elle que bien et honneur. Mais je ne sais quelle sera la fin de tout ceci. Dieu le sait ! »
Le prêtre anglais courut dénoncer la compassion de Massieu, et Massieu fut en grand péril. On parla de le noyer.
— « Si vous tenez encore ce langage, lui dit l'évêque de Beauvais, nous vous ferons boire plus que de raison. »
Ce même Massieu condescendit un jour aux désirs de Jeanne le suppliant de la laisser s'arrêter un moment devant une chapelle, pour y prier.
LA MARTYRE !3o
D'Estivet, le prêtre qui faisait fonction de procureur général, en fut informé et devint furieux.
— « Truand, dit-il à Massieu, qui te rend si hardi de laisser approcher de l'église cette criminelle ? Si cela se renouvelle, je te ferai mettre en telle tour que tu ne verras ni lune ni soleil. »
Dè^ le 18 mars, l'évêque et les principaux théologiens s'occupèrent de tirer des réponses de Jeanne les articles sur lesquels porterait l'accusation.
Dans l'intervalle, arriva à Rouen un homme de loi de grand renom, maître Jean Lohier.
Cauchon, plein de confiance, l'invita à donner son avis sur le procès engagé.
— « Ce procès ne vaut rien, répondit Lohier, parce qu'il n'est pas fait avec publicité suffisante ; parce qu'on y touche à l'honneur du roi de France sans l'appeler lui-même ; parce qu'on a laissé sans conseil l'accusée qui n'est qu'une simple fille. »
Cette réponse mit l'évêque en grand courroux.
— « Vous nous la baillez belle ! s'écria-t-il. Oser dire du mal d'un si beau procès! Parla Saint-Jean! nous le continuerons tel que nous l'avons commencé. »
— « Ces juges procèdent par haine, dit maître Lohier. La malheureuse Jeanne est perdue. »
Et il quitta Rouen. En quoi il fut prudent. On voulait le jeter à la rivière.
Le 27 mars, Jeanne fut amenée devant les docteurs, assemblés sous la présidence de l'évêque.
D'Estivet, l'accusateur public, prit la parole.
— « Je suis prêt, dit-il, à établir la vérité de tous les griefs accumulés contre cette fille, et j'en remets la liste au tribunal, article par article.
» Qu'à chaque fois l'accusée me réponde ! Se taire sera s'avouer convaincue.
» Mais, d'abord, je jure que je n'agis ni par ressentiment, ni par crainte, mais par zèle pour la sainte foi catholique. »
A son tour, l'évêque parla et dit :
— « Jeanne, félicitez-vous de ce que les juges devant lesquels vous comparaissez sont des gens d'Eglise habiles dans le droit divin et humain.
» Ils veulent procéder vis-à-vis de vous en toute piété et mansuétude, ne cherchant point à vous châtier, mais à vous ramener dans la voie de la vérité et du salut.
» Comme preuve de notre débonnaireté, je vous propose de choisir pour conseil un ou plusieurs des assistants. »
Jeanne répondit :
— « Je n'ai point intention de me séparer du conseil de Notre-Seigneur
» Soyez sûrs que je continuerai à dire la vérité sur tout ce qui concerne le procès.
» Quant à vos admonitions touchant mon bien et notre sainte foi, je vous en remercie, vous et toute la compagnie. »
S'étant agenouillée, elle prêta serment sur l'Evangile.
Alors commença la lecture de l'acte d'accusation. Cette lecture occupa plusieurs séances.
— « Je requiers, disait d'Estivet, que cette fille mal famée soit déclarée sorcière, devineresse, fausse prophétesse, invocatrice et conjuratrice de mauvais esprits, violatrice des lois, séductrice des princes et des peuples, usurpatrice du culte dû à Dieu, blasphématrice, superstitieuse, mécréante, schismatique, sacrilège, idolâtre, apostate, maldisante et malfaisante, abominable à Dieu et aux hommes. »
Jeanne écouta avec calme et fermeté l'interminable réquisitoire.
Sur tous les points elle renouvela les réponses qu'elle avait déjà faites.