‹ Jeanne d'Arc; libératrice de la FranceChapitre 50 sur 66 · XVIII. — LE JUGEMENT · texte numérisé non relu

XVIII. — LE JUGEMENT

Tandis que les consultations se poursuivaient, Jeanne était tombée malade.

Ce fut aussitôt un grand trouble parmi les Anglais. *ls avaient peur qu'elle n'échappât par la mort à une sentence de mort.

Le cardinal de Winchester envoya auprès de Jeanne ses meilleurs médecins.

— « Prenez-en bien soin, leur disait le comte de Warwick. Nous ne voudrions, pour rien au monde, que cette fille mourût de mort naturelle. Le roi l'a achetée cher. Il faut qu'elle soit brûlée. »

C'était l'usage de soumettre les accusés à des monitions qu'on leur adressait avant de les condamner

Jeanne était sur son lit de souffrance lorsque, le 18 avril, l'évêque et ses assesseurs vinrent lui adresser la première monition.

Aux exhortations de l'évêque qui l'invitait à quitter la voie du mensonge, Jeanne répondit :

— « Il me semble que je suis en danger de mort. Si ainsi est, faites-moi administrer les sacrements et assurez-moi que je serai inhumée en terre sainte. »

— « Si vous voulez avoir les sacrements de l'Église, répondit l'évêque, il faut vous soumettre à l'Église. »

— « Quelque chose qui m'en doive advenir, reprit Jeanne, je ne dirai ni ne ferai rien autre que ce que j'ai fait et dit. »

— « Alors, vous serez délaissée comme une sarrasine. »

— « Je suis une bonne chrétienne et mourrai telle. » Jeanne ne mourut pas. A la fin du mois elle était

rétablie.

Le 2 mai, eut lieu la seconde monition avec grande solennité.

L'archidiacre d'Évreux, Jean de Ghâtillon, sermonna Jeanne longuement.

— « Vous agissez, lui disait-il, comme si vous en baviez plus que tous les docteurs dans les matières de Jbi. »

— « Je respecte les docteurs, répondit Jeanne; mais je m'en remets à mon juge, qui est le roi du ciel et de ]a terre. » (1)

A la troisième monition, le 9 mai, on fit venir le bourreau ; on étala devant Jeanne les appareils de la torture et on lui dit : « Si vous ne voulez être torturée, changez vos dires. »

Mais Jeanne était pleine de vaillance.

— « L'ange Gabriel est venu me fortifier, dit-elle.

(1) Voir les deux chapitres : Jeanne admonestée par Châtillon, Jeanne et la torture, dans le Mois de Jeanne d'Arc. (Page 187 à 2C7). Voir surtout le Procès de condamnation.

C'est bien lui. Les saintes me l'ont assuré. Je vous répondrai donc hardiment.

» Sachez que Dieu a toujours été le maître en ce que j'ai fait. Le diable n'a jamais eu puissance sur moi. »

— « Jeanne, reprirent les juges, songez à quels tourments vous vous exposez. »

— « Quand vous me feriez arracher les membres et tirer l'âme du corps, répondit-elle, je ne vous dirais pas autre chose. Et si je vous disais autre chose, après je vous déclarerais que vous me l'auriez fait dire par force. »

Les juges étaient stupéfaits. Ils la laissèrent.

Toutefois, il y en eut trois qui dirent qu'il y aurait lieu de mettre Jeanne à la question. Son confesseur Loyseleur était un des trois.

Le reste des théologiens pensait différemment.

— « La torture est inutile. Elle en a assez dit pour qu'on la condamne », disaient les uns.

— « Il faut surseoir, disaient les autres. Cette fille paraît encore trop endurcie pour que les tourments lui profitent. »

Il y avait une autre raison que plusieurs se donnaient tout bas et que nul n'osait exprimer tout haut, c'était que Jeanne, affaiblie comme elle l'était, risquait de succomber à la torture et d'échapper ainsi au bûcher.

Une fois en possession de la réponse de l'Université

de Paris, l'évêque espéra que Jeanne serait enfin intimidée et qu'on réussirait à lui arracher une rétractation justifiant ses juges et compromettant le roi de France.

Le 23 mai, il fit comparaître la captive devant plusieurs docteurs, dans une salle où il siégeait lui-même avec les évêques de Thérouanne et de Noyon assis à ses côtés.

Pour la circonstance, il s'était adressé à un nouveau prédicateur, Pierre Morice.

Le prédicateur parla en cette manière :.

— « Jeanne, vois ce que tu as dit et vois ce que dit la vénérable Université de Paris.

» Considère les erreurs et les crimes dont te reconnaît atteinte ce grand corps qui est la lumière de toute science.

» Ma très chère amie, il est temps, maintenant que nous touchons au terme, de bien peser tes paroles et de les rétracter.

» Dieu a dit aux prélats de l'Église : « Qui vous écoute m'écoute, et qui vous méprise me méprise. »

» Gela étant, je t'avertis, de la part de messeigneurs l'évêque de Beauvais et le vicaire inquisiteur, de rentrer dans la voie de la vérité.

» En agissant ainsi, tu sauveras ton âme et rachèteras, je l'espère, ton corps de la mort.

» Si tu t'obstines, ton âme sera frappée de damnation, et je crains la destruction de ton corps.

» Desquelles choses daigne te préserver Jésus-Christ ! Ainsi soit-il ! »

Inébranlable, Jeanne répondit :

« Quand je serais dans le feu, je ce pourrais dire que ce que j'ai dit. »

— « Eh bien, dit l'évêque, les débats sont clos. Il va être fait droit. »

Immédiatement fut rédigée la sentence portant ces mots :

« Jeanne est retranchée de l'Eglise comme un membre infect, et livrée à la justice séculière. »

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