V. — JEANNE REPOUSSEE PAR BAUDRICOURT
Arrivée près de son oncle, Durand Laxart, Jeanne lui dit :
« Ne dit-on pas que la France doit être sauvée par une pucelle de Lorraine? Eh bien! la pucelle, c'est moi. »
Ces paroles et d'autres qu'elle ajouta frappèrent le bon paysan.
Il se demanda d'abord si sa nièce ne serait pas possédée du malin esprit. Puis, remarquant combien elle était sage et pieuse, il pensa qu'elle pourrait bien être inspirée de Dieu.
Jeanne voulait que son oncle la conduisît à Vaucouleurs. Là, elle demanderait au capitaine Robert de Baudricourt la grâce d'être menée auprès du roi
— « J'irai seul trouver le capitaine, » dit l'oncle. Et il alla faire connaître à Baudricourt le vœu de Jeanne.
Baudricourt dit à l'oncle : « Votre nièce extravague. Donnez-lui quelques bons soufflets et ramenez-la à son père. »
L'oncle était découragé. Jeanne ne se découragea pas. Elle obtint enfin de lui qu'ils iraient tous deux à Vaucouleurs.
Après bien des démarches, elle fut reçue par le capitaine de Baudricourt.
— « Capitaine, lui dit-elle, sachez que mon seigneur m'a commandé d'aller vers le dauphin. Je mènerai sacrer le dauphin en dépit de ses ennemis. »
— « Et quel est ton seigneur ? »
— « Le roi du ciel. »
Baudricourt rit et la fît sortir.
— « C'est une folle, dit-il, qui vaut seulement pour que mes gens s'en amusent. »
Mais la pureté de Jeanne en imposait aux gens du sire de Baudricourt. Nul n'osa rien se permettre qui ne fût à faire.
— « Eh bien ! Jeanne , dit l'oncle, il n'y a plus au'à abandonner ton projet. »
— « Je persévérerai et je serai écoutée, répondit Jeanne. Laissez-moi rester à Yaucouleurs. »
Et elle s'installa à Vaucouleurs, dans une famille d'ouvriers, chez des amis de son oncle.