‹ Jeanne d'Arc; libératrice de la FranceChapitre 7 sur 66 · VI. — LES RÉSISTANCES VAINCUES · texte numérisé non relu

VI. — LES RÉSISTANCES VAINCUES

Cette persévérance de Jeanne étonna Baudricourt.

— « N'y aurait-il pas là quelque diablerie ? » dit-il. Et, ayant avisé le curé de Vaucouleurs, il s'en vint,

avec lui, trouver Jeanne.

Le curé avait apporté son étole. En présence du capitaine, il adjura solennellement lapucelle en ces termes : « Au nom de la Sainte Trinité, si tu es chose mauvaise, éloigne-toi de nous ; si tu es chose bonne, approche. »

Pour lors, Jeanne se mit à genoux, et, toute prosternée, elle se traîna jusqu'aux pieds du prêtre.

Baudricourt hocha la tête et partit avec le prêtre. Il ne savait plus que penser.

— « J'ai obéi à ce prêtre, dit Jeanne à son hôtesse, la femme du charron Leroyer. Mais, sauf le respect que je lui dois, m'est avis que ce qu'il a fait n'est pas bien fait ; car il me connaissait, m'ayant ouïe en confession. »

Pourtant, la présence de Jeanne n'était pas sans faire quelque bruit à Vaucouleurs.

On se racontait ses visions et comme elle passait son temps ou à filer avec son hôtesse, ou a prier dans la chapelle Sainte-Marie, ou à supplier Baudricourt. On était touché du grand cœur de cette vierge, aussi émue des calamités de la France que le serait une tendre fille du supplice de sa mère attachée an gibet.

Les gens du peuple s'éprirent pour elle d'un bel amour. Ils se la montraient et la regardaient avec des yeux amis

Un jour, un homme d'armes, Jean de Metz, vint à elle et lui dit :

— « Que faites-vous ici, ma mie ? »

— « Je voudrais empêcher que le roi soit chassé du royaume et que nous devenions Anglais. »

— « Eh ! que pouvez-vous ? »

— « Beaucoup, avec l'aide de Dieu.

« Je suis venue trouver le sire de Baudricourt pour qu'il veuille bien me faire mener devant le dauphin. Mais il ne prend souci de moi ni de mes prières

« Et pourtant il faut que j'aille au dauphin ; car ni rois ni ducs ne pourront lui faire recouvrer son royaume. II n'y aura secours que de moi. »

— « Mais, ma mie, les femmes ne sont pas faites pour la guerre. »

— « Je sais bien que la guerre n'est pas notre état. Et certes j'aimerais mieux filer près de ma pauvre mère que d'aller guerroyer. Mais je ne puis durer ici. Je dois partir. Mon Seigneur le veut. »

— « Quel Seigneur ? »

— « Dieu. »

L'assurance de Jeanne toucha 1 me d'armes. Il prit dans ses mains les mains de la jeune fille et lui dit :

« — Je vous accompagnerai auprès du roi. Quand voulez-vous partir? »

— « Aujourd'hui plutôt que demain, demain plutôt qu'après. »

Jeanne entendait raconter qu'à Orléans des femmes, du haut des remparts, versaient de l'eau bouillante sur les assaillants, et que quelques-unes s'étaient armées de lances pour les rejeter dans les fossés.

— « Voilà ce que d'autres font! s'écriait-elle, et je demeure inactive. La fièvre me brûle. Dussé-je me traîner sur les genoux, j'irai trouver le roi. »

Sur ces entrefaites, le duc de Lorraine, ayant entendu parler de Jeanne, l'envoya quérir et lui dit :

« Puisque vous êtes inspirée de Dieu, faites-moi savoir comment je pourrai recouvrer la santé. »

Le duc ne pensait qu'à soi. Jeanne ne pensait qu'à la France.

— « Sur votre santé, je n'ai rien à vous dire, réponditelle. Mais je vous devrai grand merci, si vous envoyez votre fils, avec force soldats, au secours du roi Charles. »

Et elle rentra à Vaucouleurs pour continuer ses sollicitations auprès du sire de Baudricourt.

Voyant que Jeanne s'obstinait et que le peuple croyait en elle, Baudricourt fut ébranlé.

Il écrivit à la cour.

Tout était au plus mal. On était au lendemain de la journée des Harengs.

Le dauphin et son entourage se dirent : « Puisque les hommes d'armes n'ont rien pu, essayons de cette jeune fille; miracle ou folie, sa foi au succès changera peut-être la face des choses. »

Ordre fut donné d'envoyer Jeanne.

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