VII. — DÉPART DE JEANNE POUR LA COUR
Jeanne , avisée de l'ordre du dauphin, eut d'abord grande joie ; mais ensuite elle s'attrista de la peine qu'auraient ses parents.
Ne sachant pas écrire, elle leur fit écrire une lettre où elle s'excusait.
— « Mon père, disait-elle, pardonnez-moi. C'est à contre-cœur et pour la première fois que je vous désobéis. Vous auriez voulu que je restasse dans ma solitude. Je l'aurais voulu aussi. Mais Dieu m'a dit : Pars. »
Jean de Metz et un autre homme d'armes, Bertrand de Poulengy, qui avait également réclamé l'honneur de conduire Jeanne, déclarèrent qu'ils payeraient les frais du voyage.
L'oncle de Jeanne lui acheta un cheval, et le menu peuple se cotisa pour son équipement.
Jeanne avait tenu à déposer les vêtements de son sexe.
— « Allant avec des hommes de guerre, disait-elle, il faut que je m'habille comme eux. »
Quand Jeanne quitta Vaucouleurs,la foule s'empressa à lui faire cortège.
Le sire de Baudricourt était présent.
Ce soudard raillait la Pucelle. Mais les plaisanteries trouvaient Jeanne gaillarde et de belle humeur.
— « Jeanne, lui dit-il, on raconte sur toi bien des choses. Il paraît qu'une fois les Anglais exterminés, tu dois avoir trois fils, dont le premier sera pape, le second empereur et le troisième roi. A ce compte, je voudrais qu'il y en eût un de moi. Ma fortune y gagnerait. »
— « Nenni, nenni, gentil Robert, répliqua Jeanne. Le Saint-Esprit y pourvoiera. »
Baudricourt dit aux cavaliers qui accompagnaient la Pucelle : « Faites-lui bonne et sûre conduite. »
A la Pucelle, il donna une épée et la congédia avec un sourire : « Va, dit-il, et advienne que pourra. »
Le capitaine trouvait Jeanne naïve et souriait. Le peuple la trouvait grande et admirait.
— « Généreuse fille ! » s'écriait-on.
Puis, songeant au x rudes labeurs que Jeanne allait affronter, on ajoutait : « Pauvre fille ! »
— « Ne me plaignez pas, disait Jeanne. Je vais faire ce pour quoi je suis née. »
— « Mais, lui dit quelqu'un, vous trouverez beaucoup d'ennemis sur votre chemin. »
— « Si des ennemis sont sur mon chemin, Dieu y est aussi, » répondit Jeanne.
Pour aller de Vaucouleurs à Chinon où était le roi, il fallait traverser des contrées où l'étranger promenait le fer et le feu.
Jeanne et ses six compagnons durent suivre des sentiers perdus, passer par monts et ravins, franchir à gué des rivières et braver les intempéries de la mauvaise saison.
Plusieurs fois, ils furent en danger d'être pris. Jeanne ne craignait rien, et disait : « Allons ! »
Les hommes d'armes l'écoutaient; car elle leur inspirait grande révérence et foi entière.
D'après leur témoignage, qui était près de Jeanne se sentait près de Dieu, et pour lui la terre se faisait Paradis.
En onze jours, la petite troupe fît un trajet de cent cinquante lieues.
Le onzième jour, 6 mars 1429, entrait à Ghinon la villageoise de dix-sept ans qui venait entreprendre de mettre les Anglais en fuite et de restituer la France aux Français.