LA CAPTIVITÉ
Piarre GaBohon. — » Premièrefi démarehes contre la Pooelle. — Jeanne i Beaulieu. — Sommation au duc de Bourgogne. — Jeanne à Beaurevoir, — Le saut. — Le prix du sang. — De Beaurevoir à Rouen. — Rouen. — La prison.
Le bâtard de Wandomme ^ remit sa prisonnière anx mains de son maître, Jean de Luxembourg , comte de Ligny. Principal lieutenant du duc de Bourgogne, il était bien certain que ce seigneur ne disposerait point de la Pucelle sans Tagrément de Philippe le Bon. Le sort de Jeanne dépendait donc de la volonté d'un prince français, allié , il est vrai, de TÂngleterre, mais qui avait toujours fait étalage de ses qualités chevaleresques. Or les règles de la chevalerie , non plus que celles du droit des gens , ne permettaient pas de maltraiter un prisonnier, à plus forte raison quand ce prisonnier était une femme, qui avait déployé en tant d'occasions une vaillance et une magnanimité toutes chevaleresques. Jeanne devait être mise à rançon, et, en attendant qu'elle pût s'acquitter, subir une captivité honorable. Mais c'est ce que le
t Et non Vendôme, comme on l*a longtemps écrit à tort.
gonvernement anglais ne pouvait souffrir. Les merveilleuses victoires de la Pncelle avaient miné en France le prestige des armes anglaises. Le senl moyen, pensaient les lords du grand conseil, de ramener la victoire sons les drapeaux de Bedford, c'était d'anéantir la cause de ses revers, et de l'anéantir en la déshonorant. Pour atteindre un tel bnt, une accusation d'hérésie et de sorcellerie était naturellement indiquée par le caractère surhumain des actions de Jeanne, et par cette auréole mystérieuse dont le sentiment populaire entourait le flront de la vierge de Domremy . Un procès de ce genre offrait ce double avantage : il enlevait à la Pucelle, en la mettant, pour. ainsi dire, hors la loi, le bénéfice des règles de la cheva- , lerie et du droit des gens; habilement, c'est-à-dire iniquement conduit, il ne pouvait manquer de la conduire à sa perte. En outre , le duc de Bourgogne et Jean de Luxembourg ne pourraient, en eussent- ils envie, refuser à TÉglise une prévenue qu'elle réclamerait comme étant sa justiciable , surtout si la réclamation était appuyée de mesures politiques et d'offres pécuniaires de nature à déterminer leur conviction. Les Anglais avaient tout justement sous la main, pour faire mouvoir ce ressort, un instrument admirable en la personne du docteur Pierre Cauchon , évèque de Beauvais , dans le diocèse duquel la Pucelle avait été prise.
Né dans le pays rémois , à la fin du ixs^ siècle , Pierre Cauchon avait fait de brillantes études à l'université de Paris. En 4403, il fut élu recteur, et dès 1407 on le trouve mêlé aux longues et difficiles négociations que suscita le grand schisme d'Oceident. Quand éclatèrent en France les discordes civiles, Cauchon s'attacha à la faction bourguignonne, an triomphe de laquelle il dut sa rapide ascension dans la voie des honneurs. Évèque et comte de Beauvais, pair de France , il ambitionnait plua eneoref Aussi n'eut^il pas honte,
lors du traité de Troyes, de se faire Tun des plus fervents adeptes de la domiDation étrangère. Sous le duc de Bedford, comme sous Henri de Lancastre, il mit au service de la cause quUl avait embrassée les facultés éminentes de son esprit, les ressources de sa science en théologie et dans toutes les branches du droite son habileté diplomatique, et, ce qui n'était pas de petite importance, l'influence qu'il avait acquise sur ce grand corps qu'on appelait l'Université de Paris. Nommé en 1423 conservateur des privilèges de cette université , il la tenait dans sa main , comme un ressort qu'il pouvait mouvoir à son gré. En ce moment il était excité par deux raisons décisives à servir les cruels desseins des Anglais contre la Pucelle. En premier lieu, il était résolu à se venger de l'humiliant échec qu'il avait éprouvé dans son diocèse, quand les habitants de Beauvais s'étaient rangés sous l'autorité de Charles YII ; en second lieu , le duc de Bedford lui faisait espérer, pour prix de son zèle, Tarchevèché de Rouen, qui vaquait en ce moment. A peine la Pucelle avait-elle subi la fortune de la guerre , en tombant aux mains des Bourguignons , que l'œuvre d'iniquité à laquelle ce méchant homme devait attacher son nom commença, sans qu'on puisse. cependant absolument affirmer qu'il ait inspiré les premières démarches ^
Jeanne avait été prise le 24 mai 1430. Le 26, c'est-à-dire aussitôt que la nouvelle de cet événement fut parvenue à Paris, le vice -inquisiteur de France, frère Martin, écrivit au duc de Bourgogne une lettre à laquelle sans doute était jointe une requête de l'université de Paris, pour réclamer « certaine femme nommée Jeanne, que les adversaires de ce royaume appellent la Pucelle... , soupçonnée véhémente-
1 Vallet de VirivUle, t. II, pp. 190-193.
ment de plusieurs crimes sentant hérésie. )» Jeanne, si le gouvernement anglais s'en fût tenu aux termes de cette demande, devait être amenée à Paris, « pour se défendre par-devant nous (le vice- inquisiteur), contre le procureur de la sainte inquisition, ]> qui devait procéder contre elle oc. au bon conseil , faveur et aide des bons docteurs et maîtres de l'université de Paris, et autres notables conseillers étant par degà. » Cette première démarche demeura sans résultat. Jean de Luxembourg ne livra point la Pucelle, et Tenvoya sous bonne escorte dans son château de Beaulieu en Yermandois , à quelques lieues de Compiègne ^
La Pucelle demeura deux mois dans cette forteresse (fin mai-fin juillet 1430). Elle y fut, ce semble, traitée avec égards; mais elle était loin d'être résignée à la captivité. Outre qu'elle redoutait, à bon droit, d'être livrée aux Anglais , dont elle se rappelait les cruelles menaces , exprimées en de si poignantes injures lorsqu'elle les sommait de lever le siège d'Orléans , sa vive imagination lui retraçait les angoisses de ses bons amis de Compiègne , dont la défense héroïque défiait l'opiniâtreté des assiégeants; et elle ne pouvait se consoler de n'être plus au milieu d'eux, pour les encourager dans la résistance et pour les guider aux combats. Un jour enfin, elle essaya de tromper la vigilance de ses gardiens, et il s'en fallut de peu que ce hardi projet ne réussit. Elle tenta de s'échapper, comme ses juges le lui rappelèrent dans son procès, « entre deux pièces de bois. :» Soit qu'il faille entendre par ces mots deux planches qu'elle chargea sur ses épaules , et qui lui masquaient le visage ( elle avait gardé ses habits d'homme), soit qu'elle ait pu se glisser dans l'intervalle existant entre deux poutres et formant
1 Procèê, t. I, pp. 9, 42, 43. — Vallet de ViriiiUe, t. II, pp. 166, 167.
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une légère onyertnre dans la oloison de son appartement, toujours est^il qu'elle parvint à enfermer ses gardiens, et qn'elle se serait sauvée sans la vigilance du portier de la forteresse y qui la reconnut et Tarrèta. Le comte de Ligny ordonna de la transférer plus loin du théâtre de la guerre , en sa forteresse de Beaurevoir en Yermandois, sur les limites duCambrésis^
Cependant les ennemis de Jeanne avaient recommencé lenrs démarches. Cette fois, non -seulement la main de Cauchon s'y fait sentir, mais lui-même se découvre et prend ostensiblement la direction de cette œuvre d'iniquité. A la date du 14 juillet 1430, l'université de Paris adressa deux nouvelles lettres , l'une au duc de Bourgogne , l'autre à Jean de Luxembourg, comte de Ligny. Elle se plaignait assez vivement que sa première démarche n'eût pas reçu de réponse, et expriùiait cette crainte c que, par la fausseté et séduction de Fennemi d'enfer, et par la malice et subtilité des mauvaises personnes, vos ennemis et adversaires, qui mettent tout leur soin, comme on dit, à vouloir délivrer cette femme par voies détournées, elle ne soit mise hors de votre pouvoir par quelque manière , ce que Dieu ne veuille permettre. » S'appuyant sur le danger de ces négociations, dont il faudrait peut-être faire honneur au gouvernement de Charles VII , elle insistait sur sa demande , et suppliait très-instamment Philippe et Luxembourg de c mettre... cette femme aux mains de l'inquisiteur de la fol , et de l'envoyer sûrement par deçà (à Paris)..., ou la livrer à révérend p6re en Dieu monseigneur l'évêque de Beauvafs, en la juridiction spirituelle duquel elle a été appréhendée, pour lui faire son
1 Procès, 1. 1, pp. 163-249. — C^ Yallet de Viri^me, t. II, pp. 168, 169. •— Html Bftriin , p. 168. — Âbel De^ardins , p. 1^.
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procès en la foi, comme tt appartiendra par raison, à la gloire de Dieu, à Texaltation de notre sainte foi, et au profit des bons et loyaux catholiques, et de toute la chose publique de ce royaume ^ d
Pierre Cauchon remit lui-même ces deux lettres à leurs destinataires. Il s'était transporté au camp devant Gompiègne, et là, dans le logis fortifié ou bastille qu'occupait le duc de Bourgogne , il adressa en son propre nom la sommation suivante à Philippe le Bon , à Jean de Luxembourg et au bâtard de Wandomme :
c C'est ce que requiert Tévèque de Beauvais à monseigneur le duc de Bourgogne et à monseigneur Jean de Luxembourg , et au bâtard de Wandomme, de par le roi notre sire Henri YI, et de par lai , comme évèque de Beauvais :
c Que cette femme que Ton nomme communément Jeanne la Pucette, prisonnière, soit envoyée au roi pour la livrer à l'Église, pour lui faire son procès, parce qu'elle est soupçonnée et accusée par la voix publique d'avoir commis plusieurs crimes, comme sortilèges, idolâtries, invocation de démons, et plusieurs autres méfaits contre notre foi. Et quoique, à raison de ces faits, elle ne doive pas être considérée comme prisonnière de guerre, néanmoins, pour la rémunération de ceux qui l'ont prise et détenue , le roi veut libéralement leur accorder jusqu'à la somme de six mille francs, et pour ledit bâtard qui Ta prise, lui donner et assigner rente pour soutenir son état, jusqu'à deux ou trois cents livres.
« Item. Ledit évêque requiert, en vertu de son autorité, aux dessus dits et à chacun d'eux, comme cette femme a
1 IVoccf, t.I,p. 112.
été prise dans son diocèse et sous sa juridiction spirituelle , qu'elle lui soit rendue pour lui faire son procès comme il appartient. Il est tout prêt à commencer la procédure , avec Tassistance de l'inquisiteur de la foi, et, si besoin est, avec l'assistance de docteurs en théologie et en décret , et autres notables personnes expertes en fait de jugements, ainsi que la matière requiert, afin qu'il soit mûrement, saintement et dûment procédé , pour l'exaltation de la foi et l'instruction de plusieurs, qui ont été en cette matière déçus et abusés à l'occasion de cette femme.
a Item. Enfin, si les dessus dits^ n'étant pas satisfaits, ne veulent point obtempérer à la présente requête, quoique la prise de cette femme ne puisse être comparée à la prise d'un roi, d'un prince, ou de quelque haut seigneur (le roi, suivant le droit, usage et coutume de France, pourrait réclamer un tel personnage , en payant à celui qui l'aurait pris la somme de dix mille francs), ledit évêque somme les dessus dits, au nom du roi, que ladite Pucelle lui soit livrée, et il donnera sûreté pour ladite somme de dix mille francs, qu'il promet de leur payer. En vertu de son autorité épiscopale il requiert donc, une fois de plus, en la forme et sous les peines de droit, que la Pucelle soit remise entre ses mains par ceux qui l'ont prise et qui la détiennent ^ »
Cette pièce montre clairement Thabileté de Pierre Cauchon. Il y fait agir à la fois tous les mobiles : il commande au nom de TÉglise y en sa qualité de juge suprême des cas d'hérésie dans le diocèse de Beauvais; comme ambassadeur du roi d'Angleterre, il jette dans la balance le poids de l'argent offert, le prix du sang; enfin il ne manque pas d'in-
1 Procéê, 1. 1, p. 18-15. — Cf. Henri Martin, p. 183.
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sinuer, comme légiste » que, moyennant ces dix mille francs une fois payés, les conseillers de Henri YI ont le droit absolu de s'emparer de la Pucelle, qu'on ne peut refuser leur offre , et que résister plus longtemps serait se rendre coupable de désobéissance envers le roi , et s'exposer à encourir la colère du régent Bedford. Toutefois , ni Luxembourg ni le duc de Bourgogne ne crurent devoir céder encore; mais on peut dire que dès cette époque l'horrible marché était en train de se conclure. Luxembourg, en effet, était pressé d'argent, et le duc de Bourgogne , qui avait ou allait avoir beaucoup d'affaires sur les bras, ne se souciait pas de rompre absolument avec un allié qui prenait déjà une attitude menaçante S pour sauver la vie à une héroïne dont il avait lui-même grand'peur, et qui, en ce moment même, était surtout torturée par l'impossibilité de secourir les habitants de Gompiègne.
Jeanne cependant avait trouvé à Beaurevoir deux protectrices , on peut même dire deux amies : c'était la femme et la tante de Jean de Luxembourg, qui portaient l'une et l'autre ce même prénom de Jeanne. Jeanne de Béthune, vicomtesse de Meaux, avait épousé le comte de Luxembourg en 1418, trois ans après la mort de son premier mari, Robert de Bar, tué en 1415 à la bataille d'Azincoàrt. Elle était Française de naissance et de cœur. Quant à la tante, Jeanne, demoiselle de Luxembourg, qui était très-âgée, elle avait vécu, elle allait mourir comme une sainte. Ces deux nobles dames étaient bien faites pour comprendre et pour aimer Jeanne ; et tandis que le comte se faisait marchander par les Anglais l'héroïque jeune fille, elles lui prodiguèrent toutes les marques de la plus tendre affection. La Pucelle y fut par-
1 Le 19 juillet, le conseil d'Angleterre interdit Texportation des toiles et draps des Pays-Bas en Angleterre. — Uenri Martin, p. 186.
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ticulièrement sensible » et ce ne fut pas sans douleur qu'elle refusa de condescendre à leur désir, au sujet de ses habits d'homme. En vain ses protectrices lui offrirent des habits de femme ou de l'étoffe pour en faire. Elle répondit c qu'elle n'avait pas la permission de Notre-Seigneur , et qu'il n'était pas encore temps 3>. Et cependant, elle le déclarait à ses juges, c si elle avait dû prendre habits de femme, elle Teût plutôt fait à la requête de ces deux dames que de toutes les autres dames de France, excepté sa rainée »
Loin de se rebuter, Pierre Caucbon poursuivait son œuvre avec une rare persévérance. Il vint jusqu'à Beaurevoir, pour tenter Luxembourg ^ qui sans doute était venu se reposer un peu de temps dans ce manoir des fatigues du siège de Compiègne, Ses instances furent pressantes, et il déploya en cette occasion son infernale habileté. Il rencontra pourtant un noble^et dangereux adversaire dans la demoiselle de Luxembourg, qui ne cessait d'adjurer son neveu, qu'elle chérissait, et dont elle avait fait son principal héritier, de ne pas souiller d'une tache inefibçable le blason de leur famille. Mais cette sainte femme, courbée sous le poids des années, allait paraître devant Dieu. La Pucelle sentit bien qu'elle était perdue , et elle tenta un effort désespéré pour recouvrer, avec sa liberté , la faculté d'aller mettre obstacle à l'horrible danger qui , à ce qu'elle supposait, était suspendu sur ses bons amis de Compiègne'.
Un bruit sinistre était, en effet, venu jusqu'à elle. Elle avait ouï dire que tous les habitants de la bonne ville devaient être massacrés, excepté les enfants au-dessous de sept ans. Elle se plaignit à ses voiœ. a Comment Dieu, s'écriait- elle.
1 iVooèf,t.I,pp. 05, 90. ^YaUetdeTiriYiUe,t.n,pp.l73-174.
2 Vallet de Viriville, t. H, pp. 175, 176.
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laissera- 1^ il périr oes bonnes gêna de Gompiègae» qui ont été et qui sont si loyaux envers leur seigneur! ]» Sainte Catherine lui répondait qu'elle se résignât ^ qu'elle ne cherchât point à s'enfuir I et que Dieu lui Tiendrait en aide, ainsi qu'aux habitants de Gompiègne. Mais Jeanne : « Puisque Dieu aidera ceux de Gompiègne, j'y veux être» » Sainte Gatherine lui dit alors : « Sans faute , il faut que vous preniez tout en gré ; vous ne serez point délivrée que vous n'ayez vu le roi des Anglais ^ » Et Jeanne répondait : a Vraiment I je ne le voudrais point voir | j'aimerais mieux mourir que d'être mise en la main des Anglais* > Enfin i elle n'y put tenir; elle désobéit y et, profitant d'un moment oii elle n'était pas observée , elle se précipita du sommet de la tour principale ou donjon* Telle est du moins la version qui parait résulter des paroles mêmes de Jeanne, qui sont, sur ce point, en parfaite concordance avec les assertions de ses juges. Si pourtant on en croit une chronique contemporaine, Jeanne aurait essayé de fuir par une fenêtre, à l'aide de quelque lien ou support qui se rompit. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'elle tomba d'une très-grande hauteur, et demeura étendue sur le sol sans mouvement. Quand elle reprit ses sens et qu'elle put parler, elle reconnut sa faute* A la suite de cette chute , elle demeura deux ou trois jours sans manger. Mais sainte Gatherine la réconforta, lui disant qu'elle se confessât et demandât pardon à DieU| l'assurant que, sans faute, les habitants de Gompiègne auraient secours avant la Saint-Martin d'hiver. Peu à peu Jeanne reprit ses forces; elle commença à manger , et en peu de temps elle fut guérie '•
1 Henri VI résidait à Rouen depuis le 20 juillet 1430. a Procès, 1. 1, pp. 150-152. -« Cf. Vallet de VirivlUe, t. U, p. 176, et note 3. — Quicherat, Aperçue notiveaux, pp. 56-60.
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Mais tandis que la Pucelie revenait à la santé , sa noble protectrice^ Jeanne demoiselle de Luxembourg , penchait de plus en plus vers la tombe. Elle avait fait son testament le 10 septembre 1430. Son agonie se prolongeant^ on jugea à propos de lui faire quitter Beaurevoir , et on la transporta à Boulogne-sur-Mer, oii elle expira le 13 novembre. Huit jours après la mort de cette sainte femme , l'infâme marché proposé par Gauchon^ et accepté par le comte de Ligoy, était exécuté avec l'agrément de Philippe le Bon , fort occupé en ce moment à recueillir l'héritage de son cousin Philippe de Bourgogne I duc de Brabant. Cependant, suivant la promesse de ses voico, Jeanne avait eu la consolation d'apprendre la délivrance de Gompiègne, heureusement opérée, le 24 oc* tobre, par Louis de Bourbon , comte de Vendôme. Get échec, par l'humiliation qu'il causa à Jean de Luxembourg , ne fut peut-être pas étranger à la conclusion du honteux accord aux termes duquel Jeanne fut échangée , vers le 21 novembre , contre dix mille livres en espèces d'or, qui provenaient d'un impôt extraordinaire levé par le duc de Bedford sur la province de Normandie ^ .
De Beaurevoir , la Pucelie avait été conduite à Arras , et d'Arras au château de Drugy, près Saint- Riquier. De Saint- Riquier, on la mena au Grotoy, oii les officiers bourguignons^ munis des pleins pouvoirs de Jean de Luxembourg et du duc de Bourgogne, la remirent aux mains des Anglais*.
Aussitôt que les docteurs de l'université de Paris furent informés que la Pucelie avait enfin été livrée au gouvernement de Bedford , ils s'empressèrent de faire des démarches , tant auprès du régent qu'auprès de Pierre Gauchon lui-
1 Vallet de Viriville, t. Il, pp. 175-179. — Henri Martin , pp. 186-i88.
2 Frocès, t. V, p. 282. — Henri Martin , p. 191 .
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même, pour qu*elle fût amenée dans la capitale, où ils se disaient tout prêts à lui faire son procès c notablement et sûrement; car par les maîtres, docteurs et autres notables personnes étant par deçà en grand nombre, serait la discussion de cette cause de plus grande réputation que en autre lieu; et il est assez convenable que la réparation des scan* dales soit faite en ce lieu , où les actions de cette femme ont été divulguées au point de devenir excessivement notoires. j> Cauchon se garda bien d'accéder à cette requête. Paris n'était pas sûr, et entre tous ces docteurs on coûtait risque d'en rencontrer qui ne fussent Anglais que du bout des lèvres. L'évêqûe de Beau vais voulait rester maître de la situation. Pour cela, il fallait que le procès se fit au centre de la puissance anglaise. Au reste, les ordres de Bedford à cet égard étaient formels. Du Grotoy laPucelle fut conduite à Rouen, en passant par Saint-Yalery , Eu et Dieppe ^
Elle fut enfermée dans une tour du château royal, du côté de la campagne. On lui mit les fers aux pieds et aux mains. Un bourgeois de Rouen, témoignant au procès de réhabilitation, déclare même qu'il vit dans sa prison une caga de fer; mais il ajoute qu'il ne sait pas si elle y fut jamais enfermée. 11 est permis de croire que Cauchon épargna à sa victime cette inutile torture'.
Au seuil de ce procès inique, monument efifrayant de la méchanceté et de la lâcheté humaines, il faut écrire le vers que Dante a gravé sur les portes de l'enfer :
Laissez toute espérance , vous qui entrez.
Toute espérance, c'est-à-dire toute pensée de salut venant
1 Procès, 1. 1, pp. 45-18; t. V, pp. 362, 363, 382.
2 Vallel de Virifille, t. II, p. 199. — Procès, t. III, p. 180.
0es ))opiinQs« JeaQpQ est irréyQcablement promisQ au bûcher : \l fj^^t qu'elle y mqate, et fi'^^t h yolopité de Dieu; jpais c'est sr^r w bAcher m.6iP9> au milieu de^ flampies^ que la PaceUe 4e France, la yiçrge ^^ grand cqpur, gpùtera en^n le gr^d espoir , pmbrasdera le saiut divip , ,et laissera son âiue s'enfuir y plçiue d? jQie> dan3 U d^Uvrapce éterue^le.