LA MARCHE TÉIOMP H ALE. — LE SACRE
NouYellss hésitations da roi et da eonsëih — Jeanne à Gien-sur-Loire. — Marche sur Reims ; Anxerre. — Troyes. — Jeanne et frère Richard. -* Ghâlons-sur-Mame. — Reims. — La cérémonie. — La mission de Jeanne.
Les victoires que la Pucelle venait de reoiporter coup sur coup n'étaient rien à ses yeux , si elles ne servaient à donner au roi assez de confiance en elle pour la suivre à Reims, où elle devait le faire sacrer. Le sacre du roi avait toujours été le point principal de sa mission, celui dont ses conseils Tentretenaient sans cesse. Aussi, sentant bien qu'une fois de plus sa présence était nécessaire pour lutter contre l'irrésolution de Charles VII et les conseils pusillanimes ou intéressés de son entourage, se hâta-t-elle de rejoindre à Sully-sur- Loire son noble Dauphin. Elle le trouva de plus en plus dominé par la détestable influence du favori la Trémouille, et tout d'abord elle essuya un refus quand elle voulut tenir la promesse qu'elle avait faite à Richemont. Le roi refusa absolument d'admettre le connétable en sa présence, et lui fit renouveler à Beaugency , où il attendait la décision de la cour, l'ordre de se retirer dans ses terres.
Charles se privait volontairement ainsi d'un puissant se-
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cours, au momeut même où ses couseillers allaient opposer à Jeanne Tinsuffisance des ressources dont on disposait pour une entreprise aussi hasardeuse que paraissait Tètre la marche sur Reims. Mais ce qui désolait surtout la Pucelle, c'était Tétrange froideur, Tinsouciance incompréhensible de ce prince, qu'il fallait, pour ainsi dire, mener de force au triomphe : elle insista tellement, qu'elle réussit enfin à l'entraîner hors de la résidence de Sully, propriété de la Trémouille. Le 22 juin, il vînt à Châteauneuf. En passant à Saint-Benott-sur-Loire , il dit à Jeanne qu'il avait pitié d'elle, qu'elle se donnait beaucoup trop de mal, et qu*il l'engageait à se reposer. L'héroïque enfaut se prit à pleurer. « Pourquoi doutez- vous? répondit-elle; vous aurez votre royaume, et vous serez bientôt couronnée »
 Châteauneuf, Charles tint plusieurs conseils, oit assistèrent les principaux seigneurs et chefs de guerre. Les objections contre le voyage de Reims furent nombreuses et obstinées. <c C'était, disait -on, s'exposer à un échec presque inévitable, que de s'engager ainsi sans précautions en plein pays ennemi, où l'on rencontrerait des villes de guerre, des châteaux forts munis de bonnes garnisons. Était -il prudent de laisser derrière soi des places comme Bonny , Marchenoir ,
Cosne et la Charité? Ne valait- il pas mieux jouir tranquil-
lement des victoires récentes, et les compléter en chassant ce qui pouvait rester encore d'ennemis dans la vallée de la Loire? Le roi, d'ailleurs (c'était la grande et sempiternelle objection), n'avait pas d'argent pour .payer ses troupes; et sans argent il ne fallait pas compter retenir beaucoup de soldats sous les drapeaux. j> Jeanne les laissait dire, et se
1 Procès, t. ni, pp. 116 ; t. IV, pp. 244, 245. — Cf^ Chronique de la Puoelle, Ed. ViOlet ,' pp. 908 , 306. — V^Tallon', 1. 1 , pp. 124-126.
bornait à leur répondre qu'il fallait aller à Reims , et que c'était c la volonté de Dieu ». Les opposants, d'ailleurs, n'étaient pas bien d'accord entre eux. Ainsi le duc d'Alençon, plusieurs autres princes du sang et divers capitaines, désapprouvant la marche sur Reims, conseillaient une entreprise beaucoup plus hardie et tout au moins prématurée : une invasion en Normandie, une marche sur Rouen. Enfin, après s'être rangé, ce semble, à l'avis de Jeanne, le roi s'en retourna à Sully , et la Pucelle vint à Orléans , où elle rassembla ses gens de guerre, munitions, vivres et charrois, qu'elle conduisit , le 34 , à Gien , qui avait été assigné comme lieu de rendez- vous général pour Tarrnée. Charles YII s'y rendit, de son côté, avec sa maison et son conseil. Les délibérations, les hésitations, les intrigues, recommencèrent comme de plus belles
A peine arrivé à Gien, le roi avait fait sommer par des hérauts les garnisons de Bonny, de Cosne, de la Charité. Cette tentative étant demeurée inutile, on vit dans cet échec une raison de plus de lutter dans le conseil contre l'influence de la Pucelle. Toutefois, le 26 juin, Bonny se rendait à l'amiral Louis de Culan, qui s'était dirigé sur cette ville avec un corps d'armée. Restaient Cosne et la Charité. Mais c'était une tactique bien vulgaire que celle qui consistait à n'avancer que pas à pas , en laissant chaque fois à l'ennemi le temps de recueillir ses ressources, pour recommencer une lutte que Jeanne (après la dernière campagne, on la devait croire) promettait de rendre désormais sans fruit pour l'ennemi, en frappant la puissance anglaise au cœur par le sacre de Charles VIL On ne voulait tenir aucun compte du sentiment
2 Prociê, t. m , p. 12 ; t. IV, pp. 17, 18, 245. — Cf. Da Fresne de Beauoourt,l0iU9medeCharIef F//,etc,p.66,nota2.WaUon,t.I,pp. 126-128.
national I qui se réveillait par toute la France avec une incroyable énergie. Les Anglais sentaient le sol trembler sous leurs pas, et ceux-là seuls qui devaient profiter de l'assistance divine n'osaient y croire. L'argument fondé sur Tépuisement des finances royales devenait de jour en jour plus mauvais : les seigneurs, les gentilshommes, les capitaines, les simples hommes d'armes, accouraient de toutes parts sous la bannière royale. On n'avait pas de quoi les payer; mais qu'importe? ils ofiraient de servir pour rien. Les chevaliers trop pauvres pour s'équiper selon leur rang se résignaient à jouer, durant cette campagne, le rôle modeste d'archers ou même de simples coutiliers, et , montés sur de petits chevaux, ils demandaient humblement qu'on les laissât verser leur sang pour la patrie.
Moins la cour prenait garde à cet admirable enthousiasme, plus Jeanne, que Dieu inspirait, avait foi dans ces élans d'un patriotisme qu'elle s'efforçait de soulever ou d'entretenir sur tous les points du royaume. Dès le 25 juin , elle avait adressé la lettre suivante aux habitants de Tournay, demeurés, au milieu d'un pays ennemi, obstinément fidèles à la cause de Charles YII :