CHAPITRE PREMIER
LBt RÉSISTANCES, Ll PRBXIKR BBTBRS
Politique du régent Bedford. — Politique de Philippe le Bon. — Les gens de pluâte et lès gens d^épéè. ^^ leamie «t le conseil royal. -^ Campagne de \k Picarde «t de rUenic-Fraaee. -^ Trêve avec le 4ae de doorgogns* — Bn^- sur -Seine. -^ Jeanne i Crespj- en -Valois. — MontespiUoy. — Nouvelles négociations à Arras. — Jeanne i Gompiëgne. — Échec devant Paris. — Retraite sur la Loire.
Les BQocès fondrôyairts 'de h Patelle avateirt <profot!âémeDt affecté le duc de Bedford. Âa moment même où il se croyait (yrès de (H)iiS8er la lutte à bout par tme campagne déciâhre, et songeait, après la prise d'Orléans, dont il atten^ dail dbaque jour la "nouvelle^ à poursuivre Charles VU dami ses dMniers reflranchements, è le rejeter du Beni et du Poitou sur le Languedoc et le Danphiné, où il Taurait écrasé entr^ ses forces et ceHes de son uUré le duc de Sourgogne, il avait successivement appris la suite incroyable de désastres qtà ruinaient, ou peu s*en faut, ses espérances. La délivrance d^Orléuiys, la prise des tbtteresses de la Loire, là bataille de Patay, lu marcbe triempfbante de Jeanne sur Reims , enfin , et surtout, le sacre du roi de France, qu'il n'avait pu ni empêcher ni prévenir par le sacre de Henri YI , le faisaient trembler pour les provinces qu'il gardait «ncnre.. Il savuit Uea
que dans ces provinces mêmes la population lui était hostile, et qu'à Paris notamment la haine pour l'étranger croissait tous les jours. La Normandie, où guerroyait en ce moment le connétable de Richemont, n'était pas beaucoup mieux disposée pour les Anglais; et dès 1427, avant l'apparition de la Pucelle, il avait fallu réprimer durement, à Rouen, un complot tendant à livrer la ville aux Français ^
Le régent sentait bien qu'une marche hardie de Reims sur Paris, puis de Paris sur Rouen , pouvait amener au profit de son adversaire les mêmes défections, et avoir la même issue que la marche de Gien sur Reims. Les Anglais n'auraient plus alors qu'à repasser la mer, et ainsi tombait soudain cette puissance y à l'édification de laquelle Henri Y de Lancastre avait consacré sa vie, et qu'à son lit de mort son frère lui avait juré de maintenir. Dans ces périlleuses conjonctures, il faut lui rendre justice, Ténergique duc de Bedford ne s'abandonna pas lui-même, et il fit les derniers efforts pour conserver à son neveu cette couronne de France, acquise au prix de tant de sang.
Tout d'abord il lui fallait une armée nouvelle, et il était nécessaire qu'elle fût en grande partie composée d'Anglais de race, afin de servir tout ensemble à combattre la Pucelle , et à prévenir par la terreur les soulèvements toujours prêts à éclater. Bedford, pour avoir cette armée, s'était adressé à son oncle le cardinal de Winchester, qui avait alors la haute main dans le gouvernement de l'Angleterre , et qui avait rassemblé cinq à six mille hommes pour les mener en Bohême, contre les hussites. Le 1*' juillet 1429, il avait signé avec le cardinal un traité en vertu duquel ces
1 Chronique normande, publiée à la suite de la Chroniqi^e de la PuceUe , par M. Vallet de ViriviUe, p. 454.
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troupes devaient passer à sa solde , et être employées contre la Pucelle. Mais ce fut seulement le 25 juillet, huit jours après le sacre, que le cardinal arriva à Paris avec son armée. Si tardif qu'il fût, ce secours mit du moins le régent en état d'agir ^
Mais ces forces nouvelles devaient être un instrument inutile entre les mains du duc de Bedford, s'il ne prenait soin en même temps de conserver et de resserrer son alliaoce avec le duc de Bourgogne. Après le meurtre de Montereau , c'était la faction bourguignonne qui, en haine des Arma-
gnacs, avait livré la France à Henri de Laocastre, et signé le honteux traité de Troyes. C'était cette même faction qui depuis lors avait composé en France le parti anglais , et avait fourni aux étrangers cet appui intérieur, sans lequel il est toujours bien difficile à uoe nation conquérante d'établir et de maintenir sa domination sur un pays conquis, du moins quand la population indigène est supérieure en nombre à l'armée envahissante, et qu'elle a gardé la conscience de sa nationalité. Mais pour garder l'indispensable appui de cette faction bourguignonne, il est de toute évidence qu'il fallait continuer de s'entendre avec son chef. Il était même d'autant plus nécessaire que cette union fût resserrée, que le prestige des armes anglaises s'était plus affaibli dans les derniers temps, et qu'on ignorait moins que dans le conseil de Charles VU il était sans cesse question d'entamer ou de renouer des négociations avec le duc de Bourgogne.
Ici encore Bedford n'avait manqué ni d'habileté ni de prévoyance. Il savait bien qu'il existait assez de causes de refroidissement entre lui et son puissant allié , pour n'aban-
1 Wallon, t. I, pp. 438,439, 175, i76. — Vallet de ViriyUle, Histoire de Charlee VU, t. II, pp. 103-i06. — Jeanne d'Arc, par Henri Martin, pp. 115-417.
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donner pas oeim^-ci i son inspiration propre on à «die <pLB pontait hii suggérer son entourage. Aussi «Tait-il fliit les plus grands efforts pour TBltif er à Paris , afin d'y réohauflbr par la présence du fils de lean Sans-Peur ies vieillee passions de la populace cabochieune. Philippe le Bon, en effet » y était Tenu le 10 juillet 1429, et le régent B*était empressé de lui donner nn rMe dans nrn cérémonie théâtrale , qui faisait honneur à son imagination , et sur l'effet de laquelle il oonptflÂt beaucoup. Le 1^ jniliet, un eermon politique fut prèdié à Notre-Dame par un prêtre appartenant k la fa<^on anglebourguignonne. Puis le grand conseil et le parlement de Pnris, accompagnés des docteurs de l'anitemté, dn corps de viHe et des notables bourgeois , se rendirent en procession à la table de marbre du paleÎB de justice, où ils tinrent une audience solenaeile , en présence de Bedford et ée Phih'ppe le Bon. On donna pibtiqnement lecture dn tnilé d^allianoe Gonchi , diK annéos inparaTnnty entre Henri de Lancastre et le 4uc de Bourgogne. Le chancelier prit ensuite la parole, et dans un ample discours il retraça la patiiétique histoire du meortpe de Montereau, VÎTement ému , Hiilippe le Bon se Jève, il implore l'aide des Parisiens contre les assassins de son père. On èui répond par des acclamations , euiTies 4e >eris de haine contre les Armafgnact. Bedford profite aussitôt de cet enthousiasme ; il fait renouveler à toute l'assistance le serment de loyauté et d'nbéissance. Il remplace les écheTÎns par des gens qui lui sont entièrement dévoués , et nomme capitaine 4e Paris Villiers de KIsle-Adam, un des chefs les plus feugiieiiK lie ia faction bonrgnsgnOBne, celui-là même qui, en litô, aTuit surpris la viUe, grioe à la trafaîeon de Perrinet Leclerc, et présidé aux massacres qui avaient ensai^lanté le triomphe de son parti. Le lendemain, 16 juillet, le duc de Bourgogne quitta la ville pour se rendre à I«aoQ ,
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où son prenîer <oi&» on dépit do la soène de l'avasfc^veiile, fbt d'envoyer à Reims dos ambassedour s diarig^ de coAféror avec les conseillers de Charles YII ^
Si méprisable qu'elle fût^ une telle daplidté était le propio earac^ène de la poUtiqne pratiquée par Philippe le Bon. 11 s'appliquait à jouer entre Henri VI et Charles VII oe rMe do double trompeur qu'avait autrefois rempli avec tant de succès le roi Henri V entre Jean Sam^Penr et les coneeiUers du Dauphin. Au fond, il ne désirait leeucoès ni de la canse nationale ni de la cause des étrangers; et si cela ne se peut CKCuser, cela du Bunns m conçoit. Si la cause angfabe eût eomplétement et dieolument trio m p hé , il su pouvait ue dissimuler qu'il eût été le promier à en sopporier le poids. Le rai de France et d'Angletam devait être pour lui un dangereux voisin , qui n'^aurait pas tardé à lui faine sentir que la suzeraineté, dont on semblait en ce moment faira km marché «n traitant ame lui d'égal à «égal , ne devait ]pas rastur éternelieusent un vain mot, ut qu'il un résulterait pour ki des obli^tions de soumisaion et d^obéissanoe auxquelles, s'il prétendait s'y soustraire, les forces réunies de deux royaumes pourraient Uen rendre quelque vigueur. La bienveillance que lui témoigmit le duc de Bedfiord fMPenait ea souroe^ il le «avait bien, dans rimpuissance où ee trouvait le régMt, et dans le danger qu'il y aurait à lui témoigner de la malvteillanoe. H n'avait fMS ouMîé les injures autrefois reçues de Gleoesler, et il gardait dans ues archives les preuves uuUieDtiflpies des sinistres projets qu'avait eus un moment Bedfèrd à son égard '• Il ne voulait donc seiH
4 VftUit île VirrriHe^ i. il^ pp. 464, 403, 104, teSk ^ flenn M«rtia^ Pf . ii7, ii8« ^ WallM^ 1. 1, p. 4^.
^ Bedfbitl «vatt «m un mmaadt l'intetitioii de faim aasaseiner k duc de Bourgogne. Voyez Projet d'asscuêinat de Philippe le Sen par la$ Ânglan
tenir les Anglais que tout juste assez pour les empêcher de succomber, mais sans assurer le triomphe de leur adversaire, qu'il redoutait autant que le leur. Le triomphe de Charles YII, c'était pour la maison de Bourgogne, sioon dans le présent, au moins dans l'avenir, le retour à ces obligations de vassalité dont elle désirait vivement s'affranchir; car il est certain qu'elle aspirait dès lors à se constituer, entre la France et T Allemagne, un royaume indépendant. C'est ce que le roi de France , qu'il s'appelât Charles YII ou Henri YI, ne pouvait souffrir, comme Louis XI le fit bien voir à Charles le Téméraire. Aussi Philippe le Bon mettait- il tous ses soins à entretenir une rivalité qui équivalait à un interrègne, et, le laissant maître de la situation, assurait au moins son indépendance. Il s'efforçait donc de duper également les deux adversaires, et de les user l'un par l'autre.
Par malheur, il lui était trop facile de duper les conseillers de Charles YII , qui ne demandaient pas mieux que de se laisser tromper , s'étant butés à cette idée qu'il fallait à tout prix entretenir des intelligences avec le duc de Bourgogne. Deux partis s'agitaient autour du roi de France; mais on peut dire qu'auprès de ce roi hésitant et ioquiet le parti des gens de plume, ou, plus généralement, des politiques, avait une tout autre influence que celui des gens d'épée. Ce dernier parti était dirigé par les princes du sang, et notamment par le duc d'Alençon, tenu en suspicion par la Trémouille, et qui ne pouvait espérer déjouer un rôle et de satisfaire son ambition, qu'au cas où la continuation de la lutte lui maintien-
(1424-1^6), mémoire biBtorique présenté à la classe des lettres de l'Académie royale de Belgique, par A. Desplanques, Bruxelles , 1867, in-4<*; et l'article de M. 7. Quicherat, J^ibltot^. de VÉcole des chartes, 29« année, Irt livraison, pp. 81-83.
draitson commandement dans l'armée royale. En ce moment il se trouvait avoir raison , quoique ses tendances ne fussent pas nécessairement bonnes, et qu'il y eût une idée juste, si elle n'avait été exclusive, et, en tout cas, gâtée par la jalousie et l'intérêt personnel , dans le raisonnement de ses adversaires, dont le plus puissant était toujours, après le favori la Trémouille, le chancelier Regnauld de Chartres.
Il ne faut pas confondre Jeanne avec le duc d'Alençon, avec le parti des gens d'épée; il ne faut confondre avec personne cette âme sublime qui ne respirait que la gloire de Dieu et le salut de la patrie; mais il semble bien qu'en ce moment, quoiqu'ils procédassent d'une pensée mille fois plus haute, ses désirs se rencontraient avec les leurs. Ce n'est pas, nous l'avons indiqué déjà , qu'elle répugnât le moins du monde à une réconciliation du roi avec le duc de Bourgogne. Le jour même du sacre (17 juillet) , elle écrivit à Philippe le Bon une lettre admirable, où, lui rappelant ses devoirs de prince français, elle le conviait, au nom de Dieu, à Toubli du passé et à une paix loyale; mais, dans cette lettre même, elle lui faisait sentir, avec une noble fierté, <c le bout de la lancée x> Cette politique hardie, qui consistait à ne négocier que les armes à la main, et à appuyer les négociations par des victoires, dut effrayer à Reims, comme autrefois à Gien, et auparavant à Chinon et à Poitiers , le conseil royal , qui ne se sentait pas d'aise d'avoir reçu les ouvertures du puissant allié des Anglais, sans réfléchir que ces ouvertures mêmes étaient le résultat des victoires de la Pucelle, et que l'issue dépendrait des nouvelles victoires, ou plutôt, hélas! (si l'on songe au caractère de la Trémouille) en y réfléchissant trop. La lutte recommença donc , ou plutôt continua , entre Jeanne
1 Voyeï cette lettre. Prœèt, t. V, p. 436.
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et le conseil : celiii">ei voulant négocier à tout prix , et , en attendant, ramener le roi derrière la Loire ; celle-là ne sertfa* sant point aux négociations, mais décidée à marcher droit sur Paris, comme elle arait marché sur Reims ^
L'entreprise, il faut l'avouer, était audacieuse. Une ville comme Paris ne se prend pas facilement par un coup de main. Il importait d'autant plus de profiter sur-le*champ de rembarras du duc de fiedfûrd , et du désarroi qu'avaient jeté parmi ses partisane les succès foudroyants de la Pucelle. Aussitôt après le sacre il fallait ouvrir une nouvelle cam* pagne. Le roi d'abord y semblait décidé, car le départ do Reims avait été fixé au 18 juillet'; mais les politiques, pro* fitant habilement de l'arrivée des ambassadeurs bourgui« gnons, reprirent sur lui tout leur ascendant. Les négociations commencèrent en sa présence, et le voyage fut retardé de trois jours.
Enfin, le 20 juillet, Charles se mit en route; mais sa marche témoigne d'une singulière hésitation. Il se rendit d'abord au
{ o L^^ ^'''l-- prieuré de Saint-Marcoul, à environ six lieues de Reims', où
il fit ses dévotions et toucha lesécrouelles, que, suivant une antique tradition, les rois de France, après leur sacre, avaient le pouvoir de guérir. Le S9 » une petite place forte , nommée Yailly, et située à quatre lieues de Laon et de Soissons, lui ou«vrit ses portes; il s'y logea avec son armée, et envoya sommer les habitants de Laon, qui se soumirent de grand cœur. Le 23^ il entra dans Soissons sans coup férir ; il y demeura plusieurs jours. Tandis qu'il y était, on lui apporta la nouvelle que Château ««Thierry, Provins, Coulommiers, Crécy*en-*Bne
1 VaUet deViriirnie,t.lI,pp.l0i,103,i0a,i07.-V\rallon,t.I,pp.477, 179. — Cf. Du Fresne de Beaucourt, le Règne de Charles VII, etc., pp. 61, 62.
2 Procès, t. V, p. 130.
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et plosieQra autres placea s'étaient déclarées eo sa faveur. En conséquence» il se rendit à Château-Thierry le 29 Ml gagna Montaûrail-en-Brie y puis Provins, où trois nouvelles journées furent consumées dans l'inaction. Provins» d'ailleurs» ce n'était pas le chemin de Paris» c'était la route de la Loire ^ Cependant le duc de Bedford avait joint» depuis le 25 juillet » les six mille hommes de Glocester aux forces dont il pouvait encore disposer. Il s'était ainsi composé une armée d'environ dix mille combattants, et aussitôt profitant» avec sa vigueur ordinaire » des lenteurs du roi de France» il résolut d'wtrer en campagne» pour observer au moins l'ennemi» s'il ne jugeait pas à propos de le combattre. Il se porta sur Corbeil et Melun » en face de Provins. En présence de l'ennemi, Charles retrouva soudain du courage et de la décision, la Pucelle reprit son influence» et l'on se porta de Provins jusqu'à la Motte-de-Nangis à la rencontre des Anglais* L'armée y demeura tout un jour rangée en bataille, prête à recevoir l'ennemi. Cette démonstration d'énergie eut aussi* tôt son effet: loin d'oser combattre» Bedford reprit la route de Paris« Cette retraite» ainsi que la soumission spontanée des villes au seul bruit de l'arrivée du roi» témoignait asses de ce qu'on pouvait entreprendre. Le conseil n'en résolut pas moins de ramener le roi à Gien; et, à cet effet, on résolut d'aller traverser la Seine à Bray » où il y avait un pont solide t et dont les habitants promettaient de livrer passage à Tarmée royale \
i D'après PerceTal de Cagny et Uonstrelet, suivu par M. VTallon (t. I, p. 180; — ProcèB, U lY, pp. 2Û> 381 ) , GMteau-Thierry ne se rendit qu'après un jour de résistance. En elTei, les dates concordent mieux ainsi.
2 Chronique de la Pucelle, pp. 323, 924. — Procès, t. lY, pp. 20, 21 ; t. V, p. 380. - Wallon, 1. 1, p. 180. — VaUet de YiriviUe, t. li, p. 103.
* Chronique de la Pucelle, pp. 324, 325.
Ce qui confirma Charles VU dans la résolution de céder aux instances des politiques^ c'est que les négociations entamées à Reims avec le duc de Bourgogne venaient d'avoir une apparence de succès : une trêve de quinze jours avait été conclue avec ce puissant vassal; à l'expiration de cette trêve, Philippe le Bon s'engageait à livrer Paris au roi. On jugeait donc beaucoup plus simple d'aller attendre derrière la Loire l'effet de cette promesse que de tout compromettre par des coups de main sujets à échouer. Mais il était bien douteux que le duc fût sincère I et, en tout cas, Bedford, qui occupait la capitale, n'avait pas été compris dans ce traité. L'influence de Regnauld de Chartres et de la Trémouille allait définitivement triompher, quand un incident imprévu vint rompre leur dessein ^
Dans la nuit qui précéda l'arrivée de l'armée royale, une troupe anglaise se présenta aux portes de Bray, que les habitants ouvrirent. Le lendemain matin, quand l'avant- garde française se présenta pour passer le pont, elle fut repoussée. Il fallut renoncer à traverser la Seine sur ce point. Par un revirement soudain , le roi décida qu'on reprendrait la route de Paris. Les gens d'épée, c'est-à-dire l'armée tout entière et ses principaux chefs , les ducs d'Alençon et de Bourbon , les ducs de Bar et de Lorraine, qui avaient rejoint l'armée avec un corps auxiliaire; les comtes de Vendôme et de Laval , furent enchantés de ce retour*. La Pucelle aussi en fut contente; elle n'approuvait guère la trêve qui venait d'être con-
1 VaUet de YiriYÎUe , t. U , p. 107. — Cf. V^allon , 1. 1 , p. 182. — Il n'était pat nécessaire que le roi restât en deçà de la Loire pour recevoir Paris des mains du duc de Bourgogne; U suffisait de laisser dans l'Ue- de -France, conune on le fit, au reste, après l'échec de Paris et la retraite définitive, quelques troupes, suffisantes pour occuper la ville, qu'on promettait de leur livrer sans coup férir.
2 Chnmiqm de la Puceîlê, p. 325.
due : sa vive intelligence y soupçonnait une décef^tion y s'il faut du moins s'en rapporter à la lettre suivante » qu'elle adressa le 5 août aux habitants de Reims :
« Mes chers et bons, amis les bons et loyaux Français de c la cité de Reims , Jeanne la Pucelle vous fait savoir dé c ses nouvelles. Elle vous prie et requiert que vous ne « doutiez pas du succès de la bonne cause qu'elle soutient ce pour le sang royal. Je vous promets et certifie que je ne a vous abandonnerai pas tant que je vivrai. Il est vrai que le c roi a conclu avec le duc de Bourgogne une trêve de quinze a jours, à Tissue de laquelle le duc doit rendre Paris au roi <K sans coup férir. Ne vous étonnez donc pas si je n'y entre <K sitôt : de cette trêve qui a été faite , je ne suis pas con- <K tente , et je ne sais si je la tiendrai. Si je la tiens , ce sera c seulement pour garder l'honneur du roi. Mais, en tout a cas , ils n'abuseront pas le sang royal ; car je maintiendrai « en bon ordre l'armée du roi , pour qu'elle soit toute prête d à Tissue de ces quinze jours, s'ils ne font la paix. Ainsi, mes a très-chers et parfaits amis , je vous prie que vous ne vous « tourmentiez pas tant que je vivrai; mais je vous requiers « que vous fassiez bon guet et gardiez bien la bonne cité du c roi. Faites- moi savoir s'il y a aucun oppresseur qui vous a veuille grever, et le plus tôt que je pourrai, je le ferai ôter • c Faites-moi savoir de vos nouvelles. Je vous recommande à c Dieu. Dieu vous garde.
c Écrit ce vendredi, cinquième jour d'août, en un logis « aux champs , sur le chemin de Paris. x>
Sur Vadresse : c Aux loyaux Français habitant en la ville de Reims ^ 9
1 Procè«, t. V, pp. 139,440.
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De Bray, l'armée se dirigea , par Pi;oyi^ et Clpî^lommiei^^ sur Cbâteaa-Tbierry, qù elle arriva yeiç Ijç JS ^of^p. J^eiO fp^t elle était à la Ferté-Mijo^ , et Iç f ji ^ Çrespy-ep-Yaloi)^. P^gcr tout le pauvre peuple accourait sur le passage du roi et de la Pucelle , criant : oc Noël 1 ^ chantant le Te Deum, et pleurant de joie et de tendresse. Vivement émue de ces démonch trations, Jeanne dit au chanoelier et au bâtard d'Orléans, qui chevauchaient à ses côtés : <ic Voici un bon peuple , et je n'ai vu nulle part un peuple qui se réjoui^ si ÎQVt de l'arrivée d^un si noble roi. Plût à Dieu que je fusse assez heureuse, quan4 je devrai finir nxes jours, pour être inhumée dans cette terre. i> Alors l'archevêque lui demanda : oc Jeanne , ea qui^ lieu pspérez-vous finir vos jours? — Où il plaira à Dieu I dit-elle , car je ne suis sûre ni du temps ni du lieu , je ne sais pas cela plus que vous; et plût à Dieu, moa Créateur, que je pusse maintenant m'en retourner, abandonnant les armes, et plier retrouver mon père et ma mère, pour garder leurs brebis , avec ma sœur et mes frères, qui seraient bien joyeux de me voir 1 » Cette penjsée de mort, la touchante mélancolie empreinte dans ces paroles, semblent indiquer que les doxx de Jeanne commençaient à lui faire entrevoir un avenir plus sombre, et que déjà elles lui révélaient à demi , en de douloureux pressentiments , Tétemelle gloire de son martyre ^
Le vendredi 13 août 1439 , le roi se logea à Lagny-le-See. Le samedi 13, l'armée campa en pleins champs près de Dammartin. Là Charles apprit que le duc de Bedford, qui le 7 lui avait écrit de Montereau , pour le défier, une lettre pleine (jf'iDJujres cppt^e la Puc,elley yenait d'i^rriyer j^ }f\\r^y pu il avait occupé une forte position et rangé son af mée fff^ bg-
t ProcèB, t. m, pp. i4, 15. — Chrùtiiqité 4$ la P^^oplU, p. 8W.
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tfiUe. ]La Hira, envoyé .en ri^coQQai^sai^pe ayec xinp trpup)} 4e cayaliepf, esNcarpop/cha tpyt ]^ jour ayec Içç An^f is $909 grwde perte m grwd ^é9^1tat itje p^irt et d'autr,9. l\ ^'y &np ppjiot de I)9ta41e* (« sojir pii^me, ^e roi re|(^nia à Çreypy-exir Valois, et le duc de Bedford reprit le c))QPf jp ^ ^t^T}s f .
Sur ces ei^xpf^itfiSf /Charles j^nyoya (les héi^tv SfP^ l^a- ))il^ottf iie B9anvais povr les soipa^er 4i3 se mettre pn spfi Ql^i4S90ce. I^s Apgl9i3, d^ Jeup côté, y j^nvoy^r^nt pln- «ieuiy graodB perspno^ge» en coffipâgDie dç Téy^e Piprrp ^ochofi , qui leur /étaitj mit jévQu4* M9J3 9i^9sitôt qnie lef b<il>Ugmjl0 aperçurent Les héraut^ qui portaient, pvq^é^s $jif tomr pottrine, leif luroies de France» U» cnèrBi^t ; f Yjiye ]b TQi Charles I » ûttan$ à ceu qui , s'attachent au p^rti 4^ Vér Yiftque, remisèrent de se joindre au nj^ouyement, ils les laisr sèrent libres de se retirer avec letm biens S
Paxti de £respy-en- Valois pour se rendre | jCompiègQj^i qqi s'était également soumise, le roi ae logMt» ]» i^ 9fiM$ à deox lienas de Seplis, en un yillage appela Baron, là H apprit ipie le dqc de Bedford, ayant rallié à Umyffi^ taf renforts qu'il allait chercher dans la capitale, avait rebrQuaif^ chemin et marchait sur Senlis. Il donna ordre à massire Am^ broise de Loré et à Poton de XaintraiUes d-ailer reconnattna l'ennemi • Yers six heures du soir, les Anglais arriyèrent pràl d- une petite rivière appelée la Nonette , qui coule entre SenUf et Baron. Ils résolurent de la traverser à gué ; mais la paar sage étaif si étroit, que deux cavaliers sanlement y poPc vaient passer de front. Le roi marcha en toute hâte à l'enr nepii pour le surprendre et l'attaquer dprant ce passage ; maia quand il arriva à une lieue environ de distance , il s'aper$nt
1 Chronique de la PueeUê, p. 327. — Procès, t. IV, p. 21. — V^aUon, 1. 1, p. 184. — Htnri Martin , p. 125.
9 Çtemf9H# ^ l0 AiA»U#, p. a^. ...
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que la plus grande partie de Tarmée anglaise avait déjà traversé. Les deux armées s'observèrent et engagèrent quelques escarmouches; mais ce fut tout, car le soleil était à son couchant. Les Anglais se logèrent au bord de la Nonette, et les Français campèrent à Montespilloy ^ .
Le leodemaio, 15 août, après avoir entendu la messe, le roi et son armée se mirent aux champs. L'armée s'avançait rangée en bataille. Le duc d'Alençon et le comte de Vendôme commandaient la division la plus forte. Les ducs de Bar et de Lorraine avaient la charge de la seconde. La troisième était commandée par les maréchaux de Rais et de Boussac. Une autre division, qui s'écartait souvent pour harceler les Anglais, avait pour chefs la Pucelle, le bâtard d'Orléans, le seigneur d'Albret, la Hire et plusieurs autres capitaines. Les archers étaient placés sous les ordres du seigneur de Graville, maître des arbalétriers de France, et d'un chevalier du Limousin , nommé Jean Foucaut. Le roi se tenait assez près de ses divisions , ayant en sa compagnie le duc de Bourbon, le seigneur de la Trémouille, et un grand nombre de chevaliers et d'écuyers.
L'ennemi s'était établi dans une forte position près d'un village^ Il ne pouvait être entouré, ayant adossé sa ligne de bataille à un grand étang et à la petite rivière appelée Nonette. Il avait employé toute la nuit à creuser des fossés , et à se couvrir de ses chariots et d'un retranchement de pieux. L'avis général des chefs de l'armée* française fut qu'il était impossible de forcer l'ennemi dans cette sorte de camp retranché , et qu'on ne pourrait engager d'action décisive que si le duc de Bedford consentait à s'avancer dans la plaine. En conséquence, les divisions françaises s'approchèrent à
1 Chronique de la Pucelle, pp. 328, 329. — VSTaUon, 1. 1, pp. 184, 185.
la distance de deux traits d'arbalète oa environ , et Ton fit savoir aux Anglais que, s'ils voulaient sortir de leur camp, on se reculerait , afin de leur laisser la place nécessaire pour se ranger en bataille hors de leurs retranchements ; mais ils refusèrent. En v^in la Pucelle vint frapper de son étendard , en manière de défi , leur fortification ; Bedford s'obstina à ne pas livrer bataille. Toute la journée se passa à escarmoucher. Les Français s'avançaient, à pied et à cheval ; les Anglais sortaient en grand nombre pour les repousser ; mais ils se gardaient bien de les poursuivre trop loin, et rentraient aussitôt dans leur camp. Sur le soir, un combat plus vif s*eugagea , et pensa dégénérer en bataille ; mais la nuit sépara les combattants. Les Anglais se retirèrent derrière leur rempart de chariots et de pieux ; les Français regagnèrent leur campement de Montespilloy. Le lendemain matin, Bedford, sans plus tarder, reprit la route de Paris, et l'armée française retourna de Montespilloy à Crespy, où le roi avait été reprendre son logement dès la veille au soir. Ces entrées en campagne, toujours suivies de retraites sans batailles, ne témoignaient pas, chez le duc de Bedford, d'une grande confiance dans le succès de sa cause. Par bonheur pour lui, sa prudence était au moins égalée par la timide circonspection du roi de France ^
La trêve conclue avec le duc de Bourgogne touchait à son terme, et Philippe le Bon ne livrait pas Paris. Quand il l'aurait voulu, il ne le pouvait point. Cependant, loin de rompre les négociations , le conseil royal , fidèle à sa politique , les poursuivait toujours avec la même activité, et persistait à préférer cette voie aux projets hardis de la Pucelle et aux
1 Chronique de la Pucelle, pp. d29-331. — Procèe, t. lY, pp. 22, 23.— Cf. WaUon, 1. 1, pp. 185-187.
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tendance)! bélKqùensëà cfés ]()riticès dtf dasig. Vite attVzÉàdidé diti^ée par le cfaancelier Regnâuld de Cbartrès, et éoinpôsé^è dé Cïiristopfiè de fiarcourt, dés seigneurs de Dampîérré et de Fontaines , et de Raoul de Gaucourt y se rendît à Arras pou^ conférer avec leà conseillera du duc de Bdurgogné. i^armi ceux -ci, un grand nôïnbre, si Foii eh croit le chroniqueur bourguignon fifonstrelet, inclinaient à la paix éi n^àiifaîent pas demandé mieux qt/e dé h sigdèf . !Le dàc luï-^* même; qui voyait s'affaiblir de jùxit éû jôcfr fa causé anglaise/ è^ à qlii, datns U fdndf, la* Melle faisait ^èind péttr, n*i répugnait pfus absolument; mais il Iiésitiait A abàndonnef cette politique de duplicité qui lu!! dvàit jùâqtl'àlofs àsàxxiê rindépéndancéy et, jusqu^à un certaid point, làjpi^épôddéf^ancé dans les affaires. Bedford, que' ces négociations iâ- ^uiétaient beaucoup , et qui craignait toujours* que son àïBé né hii échappât, chargea maftre Jean de Tboisy, évêqùé dfé Tourhay, et niéssire Hugueâ de Lànnoy, dé rappeler àtï du'c le serment solennel par lùî prèlié àù roi Eféhrî. Plïîtîppé ie Bon prêta Tofeilfe à leurs avis, sàtis tompré absôltîinèàt fes pourparlers avec le roi Ghàîries. It résolut tfrôme d'éûvôyef à celui-ci une ambassade, composée dfé l'eau de Luxélnbottr^, ^e révoqué d'Arràs et de ï)âvid' de ÈriiileU \
Ces envoyés rejoignirent Charles YII à Compiègné, oÏÏ il avait fait son enfrée le 18 août, et oii Regnàuld dé Gnarfres Pétait venu Retrouver. Les négociations continuèrent. Elles âbbiifîrént, le 28 août, à une nouvelle trêve qui devait durer jùsi^ù'â Noël. Lé duc se réservait le dfoit d'employer ses forces à là défense de Paris. Contre qui , il iie le dfi^ait pas eipressémént; nàais il dfémeurài^ ainsi, comme il Tarait toujours désiré , Tarbitre de la situation. La clause relative à la
iJProcèt, t. IV, pp. 389, 390. — VaUet de Virïvîllé, t. fl, pp. ii{, iH.
caffrîfàlâ li^ouTàît être entendue contre Charles Vil, au cas' où il ittàqùierdît Parié y et co'ntre Bedford , au 6às où , après i'aVôfr àl^ànâoïïû^, 3 voudrait y entrer en maître. Cômpiègnê devait! être remis aube mains de Philippe le Bon pendant la dttréé de la trêve ^
An milieu Ae ces pourparlers et de ces intrigues âiptomatf(^ë's; là Pticélte étà'ff oubliée, et Ton se mettait fôrt peu éû pèiïiè dTavôir soh âviii. Ma& dès lô 23 août, elle Ût bieù' voir qk'èltë ëxfkxmtf en rénouVelai^t plus hardiment encore f ini- ÛiltUfe qifèYlë avait ^rfséf à 6ien-sur-Loire , quand if s'agisâiit d'ktfâîtfei' le rôi vers Reims. Elle dît au duc d'Alénçon : € Sfotf beau' dÏÏè , fatitéè appareiller vos gens , et rassemï)lèz V6é éâpitaines ; je vôul alleit voir Paris de plus près (^uè je ne ni Ht. >^ Trois jôVirs apifèà, le vendredi 2(6 aoAt ih^, I&ixiké^ d'Arc camfpait à Saiht-Dènis-en-Ffanèe avec son. «ém^e^*
Odél fiït Fe d^ààppôif/^em'ent dxi totisèit ^o^al, il n'est pà^ Bëî^iûi dd lé dliréV Le roi , (bift mécontent ^ quitta Compiègnè, et Vint S Sehlis, qui s'était sottmis depuis plusieurs jours. H y téigiit enèod^é Fa soumission dé plusieurs autres vilfes è^ forte/ei^s^ : Cf eîl ; Poùt- Sainte -Maxenxîé, Choisy, Gournày- HU'AiàUdéi Remy; W Neuf ville- en'-Héz, Mognay, ChanïiAy, iSaMfiûéé. Mais/ céi^ sUcèès tiè i'éncotaragèréùt j)ôini & nnè polftiqèé plus' hardie. Toujours plein d'héâitâttioû et de déflflncé^y ff demeu!rait imîmobile k Seillis ^.
Gèj^ridànfy de leur CâAAipémént de Saint- Denïs, Id Pucelle et U diic (f Âletfçoftf (firigèaient chaque jour dès recônûaiB^ siA^È; pàrfite s/ùiiiés' dé ViVe^ esteàrm^onches , i^oùs îeâ iàuri âé U cé]f)ffailér: VléSài ]^ô\ir tentée une attaque décisive ^ la ^ré-
1 VaUet de ViriviUe, t. II, p. 112. — Wallon, t. I, pp. 273-275.
^ i^'i^dcès, i. fv, p. ai.
a Proeèê, t. rV, pp. 25, 391. — Cf. WaUon, t. i, p. 1CI6.
sence du roi leur semblait indispensable. Cette attaque semblait offrir d'autant plus de chances de succès, que le duc de Bedford ne dirigeait plus la résistance. Sans être absolument résigné à la perte de TIIe-de-France , il s'était décidé à concentrer ses forces en Normandie, voulant tout au moins conserver à son neveu cette belle province, berceau de sa dynastie, et qui était, aux yeux des Anglais, le plus fructueux résultat des victoires de Henri Y. Quant à la défense de Paris, ii en confia le soin à Yilliers de l'Isle-Adam et à la faction bourguignonne. Il leur laissa toutefois environ deux mille Anglais pour les soutenir, avec la promesse de leur envoyer de nouvelles troupes qu'il s'occupa, en effet, de rassembler en toute hâte. Mais, au fond, il s'en remettait au duc de Bourgogne du soin d'arrêter la marche victorieuse de l'armée française dans l'Ile-de-France et la Picardie. Philippe le Bon ne vint pas s'opposer en personne aux efforts de la Pucelle; mais il envoya quelques chefs de guerre se joindre à l'Isle-Adam, à Louis de Luxembourg, chancelier de France pour les Anglais, au prévôt de Paris, Simon Morbier, à Jean Rattley, représentant de Bedford. Le chancelier et les capitaines préparèrent de concert une vigoureuse résistance ^
En vain le duc d'Alençon envoyait au roi message sur message, Charles ne bougeait de Senlis. Le duc se décida à l'aller chercher, et, le 1" septembre, il s'en revint, emportant l'assurance que le roi se mettrait le lendemain en route. Mais il n'en fut rien. Alençon retourna le 5 à Senlis, et fit tant par ses instances , que le roi se décida enfin à venir à Saint- Denis. Il y arriva à l'heure du dtner, le mercredi 7 septembre, et ce fut une grande joie dans toute
1 ProeèB, t. IV, p. 25. — Chronique de la Pucelle, p. 332. — Vallet de VIriville, t. n, pp. 113-115.
l'armée. Puisqu'on avait le roi, on croyait déjà tenir Paris. Les capitaines, avec l'approbation de la Pucelle, résolurent de donner l'assaut le lendemain. Bien que les avances faites aux Parisiens par le duc d'Alençon, dès son arrivée à Saint-Denis, eussent été repoussées , on n'était pas sans espérer quelque soulèvement dans la ville. On comptait, en tout cas, sur le prestige de Jeanne , encore invaincue , et sur la vaillance des soldats , que sa présence enflammait toujours d'une ardeur extraordinaire. On choisit comme point d'attaque la porte Saint-Honoré ^
Le jeudi 8 septembre 1429, jour de la Nativité de la Vierge, à huit heures du matin , les ducs d'Alençon et de Bourbon , le comte de Vendôme, le comte de Laval , les maréchaux de Rais et de Bonssac, avec un grand nombre de gens de guerre et de l'artillerie, partirent de la Chapelle, où ils s'étaient établis l'avant-veilie. La Pucelle était avec eux. Nous l'avons dit, elle approuvait leur décision; elle trouvait, ce sont ses propres paroles, que <e les gentilshommes de France faisaient leur devoir en marchant contre leurs adversaires. » Mais cette attaque, c'est encore elle qui l'a dit, ne lui était pas commandée par ses voix; elle y allait de tout son cœur, avec une pleine conviction , qui prenait sa source dans son patriotisme et dans son génie militaire; mais, encore une fois, elle n'y allait pas par l'ordre d'en haut. Ses conseils j qui, comme on peut l'induire du langage mélancolique tenu par elle à Crespy, préparaient son ân^e au tourment et au martyre, en la laissant parfois dans le doute, en l'abandonnant davantage à sa propre inspiration, en la livrant, en un mot, à la contrariété et à la malice des hommes et des choses, ne lui avaient promis pour ce jour-là aucune victoire. Dieu, dans ses
1 Procès, t. IV, p. 25, 26. — WaUon, 1. 1, pp. 193, 194.
dôëisfeïnà éférnélâ, qné hS hîsïàrîéns et lés j^^ilosbp&és Û^ sàarô'ùt jàînàis éontiprèiidref Hi éxpTi<^'àer à fondf , avsrft déddé ^6 Jeacfnè ferait en ce jouf lô prémi^er paé da^s ta ibW dé'iVi'oVt, qfa'éiré sutirâtt son premier revers*.
Là FùcéTie Vînt donc » en côiUipàénie àéë se}^eîxh et des ^èné de' guèrfd» ](^rèk dé' là porte Saint- âono^é', éur uné^ éspèé^ ëù huUe ôïi de colUné 4tfe Tàiï a^pèïaft fc in^rcÀ^ àt^ pùuHémcù'. tU elle dis]()dàd le^ câïïohil' e^ lés" tàtAéindës; qui c6îiteèriéèren< â tîreir siir lâ viïfè, et p'iéincï^'àlé.' ment sur le boulevard qui défendait la porte Séiiii'tttiàotè. Lès (fàcsf d'AléûOàtf et dé BoWboff sÀ lîiiiVétfi afve'é ÙW cWtàin nombrê de gétts^ dé' ^erre derrière la Èùtïé, à rabrï dé T^rtiliéWé' an'èlâïsè ; pdn*^ répoiissè'r FénAénri , s^if s'âvîsàrt* par hasard dé fatil^è'imé soi^lié j^âr la' pointé Sàint-Ûéôis, et dfe \'énfr aitialqa&r Uk à^saillanf ^ ^aif derrière. L^ Seigneur dé' Saïùt-^Vàlliéf , s^è^âùt èïàric^ vè^s la vilïe avec une troupe r&odMes agtiefris, s'émpa'i^a dlû bbùfefàrd Saint Éfônorè'. tësf ^à^ei^is se i^e^irèren^ AéHii îà place. La Piicélfe jugeisj alôril fe Moihé^t faVôrâble pour ^ntei" ï'àssàut'. Elle i^aisif éhH étendstrdf, et donna l'orare dé' Marcher aux fosâéd. teà fosses' êta!feût dfouï^ïès. Lès prémiei^à' étaient S Sec;' mats Ui ifébondkV pYu^ rà'pprôchéà de là placé', étaient rémpfô' d'é^; et d^ut!ié^ f^tdijiéei profondeur. Jfeaimé ignoi^ait cette circ^stâiicë ; màîs plusieurs cfref^ dé farmée Àe rignbyàîôh^ point. Par inf igùbbfe sèùtiÀifeiit de jafohsie, ilé s'àbstînrëi^t d^éiï àvôi'tîf U Pucellé, èspéradt qu^îl lui àM^ëraiï n^àffiéùV:
1 Procèi, i. I, p. 57, iiè, 147, 148, 169, 250, 260, 262; t. IV, p;26.
— ùhfàniqûè ééia Pucéiu, p. 331 — c/. WàiloA , t. f, pp. ^'é^;iié-
962. — Dà Fresùé Ae Betfacburt , Jétinné d'Are et ia niiésiân) éXc.i ff. » 24. — Nous n'entendons nuUement décider ici la (question de savoir n la prise de Paris était comprise dans la mission de Jeanne. U ne s'agit que de l'assaut dn 8 se^teboibre.
VBsàkîïi àîxrà îëpxitë ihiâi itisqu'dû 6oir. lès Aii^Uîs Mkiéni pletivoif idfu ïiâut àeà i^eitipaflis Utie grèfe de ibôutets ^ de J^âïfés èi dé iièfitÉ. Âa plus fort de la fut(e\ ùoé panique soudaine se répandit dans la ville ; on entendit le cri de : a Sauve' qui peut! i tÀ pàptAàtîoUy qui se' pressait dans les églises, s'éinéul! , ^'effraie , sôif t en ^uAî'ulte , et èe répand (ifans l^és rues. Miis ^àr maïdeùr ce m6ùveméÀt, ou Voû peut tank iÀVràfsén/6Mcé v6ii* <^elqué èûup p^émédi^ {>ar fes amis eTeci'èts'atf roï ttikA^iy à'àbbtitft piSiûX. f/n càlihe r^tàti^renivi âdnà lés è&prits, à Viiitëiïeti iÈd tk vilfe^ Hr^di^ que fà lùtié conduirait vigo'ureusenien^ à fa ^ôvie Sàintrltfôiior^.
ë^ur lé soir, fà l^céffè, qui était descendue dans le premier (à&&è avec un? granà nombre dé gens de giieiîe, monté su^ te (ïds d'âne qui séparait ce premier f&ssé du sëconc( , e\ commence S éondbr avec sa ïancé la profondeur de l^eàiî. À ce liioment, iin tràif ^ui p'efce là ciiiàsé. Elle toiiibê. iLôin de perdre coiiràgé, éÙé ordonne qu'on ïa relève', qu'on Ta pbr^' pi*è8 d'un ^paulemént de ^érré qui la ^ràiègètd contré fé feu de féiinemi. Cependant elfe Veut qu'ion fasse diïîgencé f qu'on apporté dés fegots , des pbu^reâ , des' fàscinds de tdiitè espèce', et qu'on fes jet^e dans le fossé poÀr le ^mblér. a Où'on s^'ap^iro'cïié des murs, répéliaii-éfte, l^à placé sera prise ! ]> lltàis la nul^ est vénùé. Làs d^'une si ïongiie
tte, désespérant de vaincre, les prmces, les capitaines veulent b^tére en retraité. JeânÂe ifefûâé; ètlé veut bu prendre ^aris ou mourir 1^. À la An, Gaucoûri! et fe duc d'ÂIençoti la saisissent; ils là n^eùent à ctkevàlf, tts reniràineiit à' la Cnàpene ; le premier échec de Jeanne est consomnié'.
« Si l'on (Ai Tééié devait tes murs jusqu'au matm, mt la Chronique de la Pucelle, il y en aurait eu qui se fussent av'àlé^. t Bn effet, sf l'oft eèt persévéfé, quelque sodlèVemen^, quélqim aléi^té sekbtabfe i èelte (faî avait manqué ce
jour-là y pouvait soudain donner la ville au roi de France. La Pucelle^ d'ailleurs inspirée, je ne dis pas par ses voix, mais par son génie militaire , s'en allait répétant : <e La place eût été prise * ! »
Le lendemain j vendredi 9 septembre i 429 , quoique souffrant beaucoup de sa blessure, Jeanne se leva de grand matin, et dit au duc d'Âlençon de faire sonner les trompettes et de diriger de nouveau les gens de guerre vers Paris. Si Ton en croit Perceval de Gagny , que contredisent en ce point Monstrelet et Jean Chartier, le baron de Montmorency ^ qui jusqu'alors avait suivi le parti du duc de Bourgogne, arriva de la ville avec une soixantaine de gentilshommes , pour se joindre aux assaillants. Mais, comme les troupes allaient se mettre en marche , le duc de Bar et le comte de Clermont apportèrent les ordres du roi. Charles enjoignait expressément au duc d'Alençon et aux autres capitaines, il suppliait la Pucelle, de se replier sur Saint-Denis. Il fallut obéir. Mais une espérance restait encore : le duc d'Alençon avait jeté un pont sur la Seine, près de Saint-Denis. Jeanne comptait passer le lendemain la rivière , pour attaquer la capitale sur un autre point que celui où Ton avait échoué. Mais, dans la nuit du vendredi au samedi, le roi, qui était absolument décidé à termisèr la campagne, fit rompre ce pont. Le triomphe de Regnauld de Chartres et de la Trémouille était complet. Un héraut envoyé par le duc de Bourgogne avait, par son message, jeté le poids décisif dans la balance. Philippe le Bon suppliait le roi de cesser les hostilités, et il l'accablait de belles promesses. La trêve du 28 août fut renouvelée. Paris et ses environs, qui jusqu'alors en avaient
1 Procès, t. IV, pp. 26, 27. — Chronique de la Pucelle, pp. 332-334. — VaUel de Viriville, t. II, pp. H 6-119. — Cf. Wallon, 1. 1, pp. 105-197.
été exceptés, y furent désormais compris. Après plusieurs conseils tenus à Saint-Denis, le roi donna le signal de la retraite sur la Loire. Le mardi 1 3 septembre , l'armée se mit en marche, animée d'un tout autre esprit que celui qui rayait poussée victorieuse d'Orléans sur Reims, et de Reims sur Paris. Charles eut beaucoup de peine à emmener la Pucelle. Elle voulait demeurer à Saint-Denis. Ses voix, qui s'étaient tues le jour de l'assaut, lui parlaient maintenant avec force; elles lui enjoignaient de ne pas s'éloigner, an Si je n'avais été blessée, je ne serais pas partie, dit -elle à Rouen; ce fut contre ma volonté que les seigneurs m'emmenèrent. ]» A la fin, pourtant, elle obtint de ses voix congé de s'en aller ^
Mais, avant de partir, elle suspendit dans la basilique royale son blanc harnais, son épée (non pas l'épée de Sainte-Catherine, qui s'était brisée entre ses mains, un jour qu'elle poursuivait une femme de mauvaise vie , mais une épée qu'elle avait conquise devant Paris en quelque escarmouche). Quand ses juges lui demandèrent pourquoi elle avait fait cette offrande, elle répondit : c Ce fut par dévotion; c'est la coutume des gens d'armes, quand ils sont blessés : j'avais été blessée devant Paris; j'offris mes armes à Saint-Denis, parce que c'est le cri de France (Montjoie Saint- Denis !)'.]»
La grande guerre était finie ; l'héroïque jeune fille le sentait bien ; son rôle , par conséquent , touchait à son terme ;
1 Procès, t. I, pp. 57, 259 , 260 ; t. IV, pp. 27-29. — Chronique de la Pucelle, p. 235. — Chronique normande, pp. 460, 461. — Vallet de Viriville, Histoire de Charles VJI, t. II, pp. 119, 120. — Sur la question de savoir pourquoi ses Toix lui eigoignaient de rester, Cf. WaUon , t. I , pp. 279-282, et du Fresne de Beaucourt, la Mission de Jeanne d'Arc, etc., pp. 29 , 30.
2 Procès, 1. 1, pp. 179, 304; t. UI, p. 99.
190 JPANNB P'AB/:
cçff et]h ij'éttdj i^as »ée, piçu ^<9 l'avait pas pnvQy^, p<w W»' if^utilem^t le? fQi;c|99 de 900 génie dn^ lef coiji))^ pb^Aan 4'u]^ gi^Brre de détail, I^ f^çoç de la Hir^ n'él^it ^u^ fiéU» 0e J/^i^e 4'Afç. jPèç lore qp^ Içi siij^ijle e^ fff9P^ <¥?pW- P^p ;r^i9jtégjqp^ q?^ qofîJ^P^t à f ejeftçr ^s Jm^j» d» )« JL^oiiïç sw JLa Sçiiî.e, /fit de Ig §(b;p/8 pur }a oj/çr, par ffp» suil$ 4p vipto;r|^ et ^^yplppiop 4u jseptimy^nl: pa^onal, spremjyt^ paf ces ^WîtQ^, 4ès jiora que p^ plan .wbllm^ i^ta^t «jbav-r ^pi4 s^n? ^ppir 4p TfitfiWT, fip qw TeW^Jt diplpwitW'ii» p^éya^ii^ pur Jps él?p» (J^ génijB, /que resl^(-il A ^aw i^ i'h^jcolùie , j^ )/» ffl,easagère 4'ep |ia»f ?
!| lui jr^t^t k fmf^^f ^ iponrif pour ao» jw^i, ponjr m patrie, pour son Dieu.