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vers Guillaume de Ghàtillon. gouverneui- militaire de la ville, qui se trouvait en ce moment à Chàtcau-Tliierry, |Miiir lui luii'c paît des nouvelles qu'ils avaient rei^ues et de leur intention de résister à outrance; ils l'invitaient à venir se mettre à leur tête, mais avec cinquante ou soixante lances seulement; ils ne voulaient pas recevoir une garnison plus forte, qui aurait pu leur faire la loi. Le seigneur de Ghàtillon se douta bien qu'on voulait le jouer, et il répondit qu'il ne viendrait dans la ville quà la condition d'y réunir sous ses ordres quatre cents hommes d'armes; il exigeait en outre qu'on lui laissât occuper le château fort de Porte -Mars, où il garderait près de lui cinq ou six des principaux bourgeois. Il annonçait d'ailleurs qu'il avait demandé des secours au duc de Bourgogne et qu'il n'avait pas encore reçu de réponse. En attendant, il prescrivit aux habitants de metti'e leur ville en état de défense. Ges propositions n'eurent aucun effet. Toutefois, quelques jours après, à la nouvelle des succès de l'armée française, Ghàtillon vint sous les murs de Reims, accompagné des seigneurs de Saveuse et de l'Isle-Adam, et d'un grand nombre de gens de guerre. Mais dans les pourparlers qu'il eut avec les habitants, il fut assez maladroit pour leur annoncer qu'il faudrait au moins six semaines pour que les ducs de Bedford et de Bourgogne assemblassent une armée de secours; sur quoi les bourgeois le laissèrent dehors. Il s'en retourna. Il est évident que, tout en évitant jusqu'au dernier moment de se compromettre, les Rémois étaient au fond bien décidés à se soumettre à la PuccUe. Ils firent plus : ils allèrent au-devant du roi de France '.
Le samedi 16 juillet, l'armée campait à Septsaulx, à quatre lieues de Reims. Charles s'était logé dans un château qui avait été donné aux archevêques comme résidence d'été. Il y reçut la députation des Rémois qui venaient lui apporter la soumission de la ville à certaines conditions, immédiatement accordées. Regnault de Chartres, qui n'avait pu encore prendre possession de son siège archiépiscopal, fit le premier son entrée dans la ville, dès le matin. Le soir, après dîner, le roi y entra à son tour, accompagné de la Pucelle; tous deux furent accueillis avec enthousiasme. L'archevêque, le corps municipal, toutes les confréries et les corporations de la ville,
» Procès, t. IV, p. 292 et notes 1 et 2, pp. 293, 294. — Cf. Wallon, t. I, pp. 1 42, 143.
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bannières déployées , et une foule immense de peuple , s'étaient portés à la rencontre du cortège, qui fut salué par ce beau cri de nos ancêtres, exprimant en même temps leur joie et leur reconnaissance envers Dieu : « Noël ! noël ' ! »
Il fut convenu que la cérémonie du sacre aurait lieu le lendemain dimanche, 17 juillet 142'J, et toute la nuit on fit diligence, afin que tout fût prêt le matin. Les vêtements de cérémonie qui servaient d'tirdinaire au sacre des rois de France étant déposés à l'abbaye de
La sainte ampoule.
Saint-Denis-lès-Paris, on ne pouvait les avoir; mais on s'en procura d'autres à Reims même, et la cérémonie fut aussi magnifique, disent les témoins oculaires, que si l'on eût mis une année entière à la préparer.
L'abbé de Saint-Remi, gardien-né de la sainte ampoule, ne devait la délivi'er qu'avec un certain cérémonial. Les seigneurs de Rais, de Roussac, de Saint-Sévère, de Graville, l'amiral de Finance Louis de Culan, furent désignés par le roi pour l'aller chercher. Rs jurèrent publiquement de conduire et de ramener sûrement, après la cérémonie, le précieux dépôt. L'abbé, vêtu de ses habits sacerdotaux, porta solennellement la fiole sous un dais, jusqu'au portail de
' Chruniqw de la Pucelle , |ip. .•>20, ;!2I. — Pr p. 97. ,
t. IV, p. lil. — Cf. Abel Dcsjardins,
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l'église Saint- Rémi, où l'arclievèquo en grand costume, la mitre en této et la crosse en main, accomi)agné de ses chanoines, vint la recevoir. A son tour il l;i i)nrt;i jiroeessidunellenient à Notre-Dame de Reims, suivi des seigneurs de l'escorte, qui pénétrèrent dans la cathédrale, à cheval, tenant en main leurs bannières, et ne mirent pied à terre qu'à l'entrée du chœur.
La cérémonie dura cinq heures, de neuf heures du matin à deux heures de l'après-midi. Le duc d'Alençon, le comte de Clermont, le comte de Vendôme, André et Guy de Laval, Georges de laTrémoille, vêtus d'habits royaux, représentaient les pairs de France laïques; trois pairs ecclésiastiques, l'archevêque-duc de Reims, l'évêque-duc de Laon et l'évêque -comte de Châlons, étaient présents; les autres furent suppléés par les évêques de Séez et d'Orléans, et vui autre prélat. Le sire d'Albret, faisant fonctions de connétable, tenait l'épée. Le roi prêta les serments accoutumés; puis le duc d'Alençon le créa chevalier. Lorsqu'on lui mit la couronne sur la tête, après l'onction sainte, l'assistance tressaillit de joie, et un grand cri s'éleva dans l'église : « Noël ! noël ! » En même temps les trompettes sonnèrent avec tant de force que l'on put croire que les hautes voûtes de la basilique allaient se fendre. Après le sacre, le roi nomma comte le jeune Guy de Laval, et le sire de Rais maréchal de France.
Durant toute la cérémonie, la Pucelle se tint auprès du roi, son étendard à la main. Quand Charles eut été' sacré et couronné, Jeanne se prosterna devant lui, embrassa ses genoux, baisa ses pieds, et pleurant à chaudes larmes : « Gentil roi, dit-elle, maintenant est exécuté le plaisir de Dieu, qui voulait que vous vinssiez à Reims recevoir votre digne sacre, montrant ainsi que vous êtes le vrai roi, celui auquel le royaume doit appartenir. » L'héroïque enfant, soutenue par la divine Providence, avait brisé tous les obstacles, et maintenant une joie pure inondait son âme; car, quoi qu'il dût advenir désormais, le point essentiel de sa mission était atteint :1e dauphin Charles de France était le roi légitime, le lieutenant de Dieu sur la terre; les Anglais étaient confondus, et la patrie était sauvée. Fasse Dieu que la France n'oublie jamais ce triomphe de la Pucelle, signe visible de la protection du Ciel et des grands desseins que la Providence a toujours eus sur nous ■.
^ Chronique de la Pucelle, édit. \allet, pp. 320-323. — Procès, t. V. pp. 128-1.30. — Histoire de Charles Vil, par Yallct de Viriville, t. II, pp. 07-100.