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aux liourgeois de Reims <|u"ils allaii'iil iMre assiégés, mais qu'ils étaient décidés ù la résistance, ils k-ur fiivul i)ail en mruic temps de la ré^wase qu'ils avaient faite aux propositions que le roi Charles leur avait adressées par lettres closes, signées de sa main et scellées de son sceau secret. Ces lettres avaient été lues en conseil; mais on avait interdit l'entrée de la ville aux hérauts qui les apiiortaient. La réponse était conçue à peu près en ces termes :
« Les seigneurs, chevaliers et écuyers qui occupent la ville de Troyes au nom du roi Henri VI et du duc de Bourgogne, ont fait jurer aux habitants de ne pas admettre en ladite ville une force supérieure à celle de la garnison, sans Texprès commandement du duc de Bourgogne. Les bourgeois n'osent violer ce serment, et ils prient qu'on les excuse; car, quel que soit leur bon vouloir, ils ne peuvent rien à cause de la multitude des gens de guerre qui occupent leur cité. »
Us promettent aux bourgeois de Reims de se défendre jusqu'à la mort; mais ils les suppliaient de demander en leur nom des secours au duc de Bedford et au duc de Bourgogne. Quant à la Pucelle, ils la qualifiaient de coquarde (hâbleuse). « C'est une folle, disaient- ils; sa lettre n'a pas le sens commun. Nous en avons bien ri; puis nous l'avons jetée au feu sans y faire aucune réponse'. »
Il est aisé de démêler, au milieu de ces plaisanteries de mauvais goût et de ces protestations de fidélité à la cause anglaise, une double frayeur. D'une part, en effet, les habitants de Troyes ne se souciaient guère de courir le risque d'une prise d'assaut, et ils avaient beaucoup plus de peur de la Pucehe qu'ils n'en voulaient avoir l'air. Et puis ils étaient Français dans le cœur, et, au fond, ils ne pouvaient souffrir le.s Anglais. Mais, d'autre part, la garnison anglo-bourguignonne qui occupait leur cité tenait en bride leur sentiments intimes; elle pouvait châtier cruellement une tentative de défection; et, dans leur prudence bourgeoise, ils étaient fort embarrassés entre les deux dangers qui les menaçaient.
Ils avaient en ce moment dans leurs murs un personnage assez étrange. C'était un cordelier nommé frère Richard. Au commencement d'avril l'i'i'J il était venu à Paris, et ses serinons avaient attiré,
' Procès, t. IV, pp. 289, 200.
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tantôt à Sainte-Geneviève, tanti'it au charnier des Innocents, jusqu'à cinq à six mille auditeurs. Le 30 avril au soii-, une partie de la pojiulation s'était portée à Montmartre, où il devait prêcher le lendemain matin. Mais l'orateur ne parut point; car l'autorité anglaise, toujours peu rassurée, et ipi'etïrayaient ces rassemblements qui [louvaient aisément tourner en émeute, l'avaient contraint de s'éloigner. Frère Richard s'était rendu à Auxerre; puis, toujours prêchant, il avait parcouru une partie de la Bourgogne et de la Champagne. Il prétendait avoir été à Jérusalem et en rapporter la nouvelle que l'on verrait vers l'an 1430 les choses les plus étonnantes. Il citait à l'appui de sa prédiction l'Apocalypse et le témoignage, plus ou moins exactement interprété par lui, d'un saint religieux, frère Bernardin de Sienne, qui, dans le même temps, prêchait en Italie. Si l'on en croit la Chronique de la Pucelle, il était déjà venu à Troyes l'année précédente, pendant l'Avent, et tous les jours il n'avait cessé de répéter aux habitants : « Semez des fèves largement; celui qui doit venir viendra bientiH. » A tout prendre, c'était un illuminé plutôt qu'un prophète; mais il avait acquis, par son zèle religieux et par son talent de parole une assez grande autorité sur les populations qu'il avait visitées.
Les habitants de Troyes l'envoyèrent vers la Pucelle, afin de savoir à quoi s'en tenir sur le compte de cette femme, qu'ils n'étaient pas éloignés de croire sorcière, ou qu'ils feignaient du moins, pour tromper les Anglais, de regarder comme telle. Frère Richard, en arrivant auprès de Jeanne, se mit à faire de grands signes de croix et à l'asperger d'eau bénite. La jeune fille se prit à rire : « Approchez hardiment, lui dit-elle, je ne m'envolerai pas. » Voyant bien alors que Jeanne n'était point un suppôt du diable et passant d'un extrême à l'autre, il s'agenouilla devant elle. La Pucelle, qui ne pouvait soufi"rir, dans son humilité et dai?s son bon sens, de tefies démonstrations, se jeta elle-même à genoux, pour détourner l'idée d'un pareil hommage et comme pour s'unir avec le religieux dans un acte commun de dévotion. Lorsqu'ils se furent relevés, ils eurent ensemble un long entretien dans lequel Jeanne acheva de convaincre frère Richard. Quand celui-ci retourna dans la ville, il était accpiis à la cause française, et il travailla dès lors de concert, ce semble, avec l'évêque de Troyes, Jean Laiguisé, à en assurer le succès '.
' Procès, t. I, p. !1!) et note i , p. 100. — Chronique de la Pucelle, édil. V:illet de Viriville, pp. lill , :iI5. — Quicliei-at, Bclution iucdile, p. .333.
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L'uriiiée royale ét;iit devant la ville depuis (luatre ou cinij j<»iirs, et rien n'avançait. Les habitants paraissaient décidés à la résistance; ils étaient bien approvisionnés, et Ion commençait à sentir la famine dans le camp français. Le pain et les autres vivres étaient si chers, que la moitié de l'armée (cinq à six mille hommes) en était réduite à se nourrir d'épis de blé froissés et de ces fèves que les prédications du frère Richard avaient fait semer en si grand nombre. Le roi assembla son conseil pour délibérer sur ce qu'on devait faire. Le duc d'Alençon, les comtes de Glermonl et de Vendôme, assistaient à cette délibération. Regnault de Chartres, archevêque de Reims et chancelier de France, prit le premier la parole. Il soutint qu'il fallait immédiatement lever le siège, et cela, dit-il, pour plusieurs raisons: d'abord, à cause de la pénurie de vivres et d'argent où l'on se trouvait; ensuite, parce que c'était une chose presque impossible que de s'emparer de celte ville de Troyes, protégée par de larges fossés et de fortes murailles, bien apprivisionnée, pourvue d'une garnison au.ssi vaillante que nombreuse, et dont assurément les habitants ne montraient pas la moindre velléité de se soumettre et d"obéir au roi. Ajoutez à cela qu on n'avait pas une artillerie suffisante pour battre les murailles et y faire brèche. On était à plus de trente lieues de Gien-sur-Loire, la seule ville française d'où Ion put espérer tirer quelque secours. Il allégua encore une foule d'autres raisons, toutes meilleures les unes que les autres, et finit comme il avait commencé, c'est-à-dire en déclarant qu'à son avis on se mettrait dans le plus grand danger si Ton ne reprenait aussitôt la route de la Loire.
Rien n'eût été plus funeste à la cause royale qu'une semblable retraite, après la marche hardie qu'on venait d'accomplir. C'était perdre le fruit des victoires de la Pucelle, et s'enfuir honteusement dès le premier obstacle. L'avis du chancelier était donc peu raisonnable. Cela ne l'empêchait pas de le trouver très sage et d'insinuer que, si l'on en était venu aux difficultés où l'on se trouvait, la faute en était à la présomptueuse ignorance de la Pucelle. Ah! si on l'avait ci'u, on aurait négocié. Le roi lui ordonna de recueillir les avis des membres présents. Presque tous abondèrent dans le sens du chancelier. Ils apportèrent même en sa faveur un nouvel argument.
« Si la ville d'Auxerre, dirent-ils, bien moins forte et bien moins pourvue de gens de guerre, a refusé de se soumettre, que faut -il espérer ici? Quelques conseillers, cependant, mieux inspirés que les
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autres, étaient d'avis quon levât le siège, mais pour prendre le chemin de Reims. « On traverserait, disaient-ils, un pays très riche, où l'on trouverait aisément de quoi vivre. »
Quand vint le tour de messire Robert le Maçon, seigneur de Trêves en Anjou, le vieux conseiller émit un avis fort sage, et auquel il était assez étrange qu'on n'eût pas encore songé. Il dit qu'il fallait
Les habitants arrivent en toute liàte au camp royal.
envoyer chercher la Pucelle, qui n'assistait pas au conseil, et que peut-être bien ce qu'elle aurait à dire serait très profitable au roi et à ceux qui l'avaient accompagné. « En effet, ajouta-t-il, quand le roi a entrepris ce périlleux voyage, il ne l'a pas fait par la considération du nombre d'hommes de guerre qu'il pouvait mener avec lui, ni de l'argent qu'il pouvait avoir pour les payer, mais uniquement par l'avis de Jeanne la Pucelle, qui répétait tous les jours qu'il marchât en avant pour se faire sacrer à Reims, et qu'il ne trouverait sur son chemin que bien peu de résistance, car tel était le plaisir et la volonté de Dieu. » Au reste, si Jeanne ne conseillait rien de mieux que ce qui avait déjà été dit dans le conseil, il promettait de se rallier à l'avis du plus grand nombre. Dans ce cas, mais dans ce cas seulement,
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il ()|)iner;tit lui aussi ixiiiiquc ron levât le siège, et qu'on s'en retournât d'où l'on était venu.
L'opinion du seigneur de Trêves ne fut guère goûtée jjar ses collègues, et la discussion commençait à s'échaufTer sur ce point, quand on entendit tout à coup heurter très fort à la porte de la chambre où se tenait le conseil. On ouvrit : c'était Jeanne. Elle fit la révérence au roi. « Jeanne, lui dit aussitôt le chancelier, le roi et son conseil sont dans une grande perplexité pour savoir ce qu'ils doivent faire. » Et sur ce il lui fit une ample relation des propos qui venaient d'être échangés. Mais Jeanne, sans lui répondre, et se tournant vers le roi: « Serai-je crue, dit-elle, en ce que je dirai? — Oui, Jeanne, répondit Charles, selon ce que vous direz. » La Pucelle alors d'une voix émue : « Gentil roi de France, cette cité est vôtre. Si vous voulez demeurer devant deux ou trois jours, elle sera en votre obéissance ou par amour ou pai- force, et n'en faites aucun doute. — Jeanne, reprit le chancelier tout étonné, si nous étions certains de l'avoir dans six jours, on attendrait bien, mais je ne sais si c'est vrai ce que vous dites. — N'en faites doute. » Le conseil se sépara après avoir décidé qu'on attendrait l'effet de ces paroles.
Jeanne aussitôt monte à cheval, un bâton à la main. Elle donne des ordres, et tout le monde se met à IVeuvre : chevaliers, écuyers, archers, ouvriers, gens de tous états, apportent des fagots, des poutres, des tables, des portes et des fenêtres descellées, pour en former des retranchements, derrière lesquels Jeanne fait mettre en batterie toute l'artillerie de l'armée. Elle se porte d'un endroit à l'autre avec une incroyable diligence; elle parle à ses gens, elle le& encourage, elle les anime; elle se conduit, en un mot, comme un capitaine qui aurait passé sa vie entière dans les camps, et toute l'armée s'en émerveille.
Ces préparatifs se poursuivent pendant la nuit. Le lendemain matin, Jeanne saisit son étendard; elle va donner le signal de l'attaque; mais à ce moment les portes de la cité s'ouvrent. Les gens de la ville, en voyant du haut des remparts le mouvement qui s'opérait dans l'armée royale, ont été saisis de frayeur : ils se sont mis à délibérei\ et, cédant enfin aux conseils du frère Richard et de leur évêque, ils ont résolu de se rendre. Le roi, stupéfait d'un changement si soudain , se montre facile ; le traité est aussitôt signé. On convient que la garnison pourra se retirer avec armes et bagages; les habi-
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tanls renlreionL dans le devoir et remeUronl leur ville au souverain légitime. Charles leur promet en échange l'oubli complet du passé; il consent même à confirmer dans leurs bénélices les personnes qui les ont reçus du roi d'Angleterre. Les habitants arrivent en foule au camp royal, et donnent un libre cours à leur joie. On s'embrasse et l'on fraternise. Les Anglo-Bourguignons se mettent en ordre pour le départ. Aux termes de la capitulation, qui leur garantit tous leurs biens, ils prétendent emmener avec eux un certain nombre de Français prisonniers; mais Jeanne ne peut le souffrir. Elle se place près de la porto, et les arrête : « En nom Dieu ! s'écrie-t-elle, ils ne les emmèneront pas. » Et de fait elle les garde. Charles VII acquitte de son propre argent toutes les rampons. Cependant Jeanne entre la première dans la cité reconquise ; elle range ses fantassins le long des rues. A neuf heures du matin, le roi de France, magnifiquement vêtu, suivi d'un biillant cortège, fait son entrée solennelle; les cloches sonnent à toute volée; le peuple se presse sur le passage du souverain national; il l'acclame, il renouvelle le serment de lui être à jamais fidèle. Un saint enthousiasme fait bondir tous les cœurs, et sans doute Regnault de Chartres et la Trémoille eux-mêmes oublient pour un instant de se défier de la Pucelle (5-10 juillet 1429) '.
De Troyes l'armée se dirigea sur Chàlons-sur-Marne, et le 14 juillet elle campa à Bussy-Lettré. Les habitants de Châlons, avant que Troyes capitulât, avaient écrit aux bourgeois de Reims que leur intention était de résister de toutes leurs forces, à l'exemple de ceux de Troyes. Cet exemple, ils le suivirent en effet; car ils se rendirent, mais spontanément et sans le moindre délai. L'évêque et les principaux de la cité apportèrent au roi les clefs de la ville. Charles y fit son entrée le 15 juillet, et y passa la nuit avec son armée '-.
On n'était plus qu'à une journée de Reims; le moment décisif approchait. Les Rémois allaient- ils ouvrir au roi les portes de leur ville, ainsi que l'avaient fait les habitants de Troyes et de Chàlons? On pouvait à bon droit l'espérer ; mais on n'en était pas sûr. La lettre royale du 4 juillet était demeurée sans réponse. Le 8, les magistrats municipaux avaient envoyé le bailli de Reims, Guillaume Hodierne,
* Chronique de la Pucelle, édit. Vallet de Viriville , pp. 315-319. — Cf. Wallon, t. I, pp. 132-135. — Abel Desjardins, pp. 9."j, 90.
= Chronique de la Pucelle, édit. Vallet, pp. 319, 320. — Procès, t. IV, p. 290; t. V, p. 379.