‹ Jeanne d'ArcChapitre 25 sur 48 · G JKA.NNl-: Jt'AHC · texte numérisé non relu

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tirée des notions tliéolugiquement inconiplrtes que Jeanne, munie seulement de l'instruction religieuse des simples fidèles, devait avoir au sujet de cette question, comme il dit, des plus difficiles et des plus ardues, et où ses juges lui avaient tendu un piège pour nous manifeste. L'inquisiteur général de France ne donne, pour ainsi dire, à cette excuse qu'une valeur subsidiaire, car d'ailleurs il n'admet pas que Jeanne soit tombée en fait dans aucune erreur théologique, et il estime en droit que la question telle que la lui avaient posée ses juges, et la soumission toile qu'ils prétendaient l'exiger d'elle, étaient, eu égard aux circonstances de la cause, excessives et abusives '.

Après la récollection de Jean Bréhal , on peut dire que la cause était entendue. Les quatre commissaires pontificaux se transportèrent à Rouen pour tenir en personne les dernières audiences du procès. A la séance du Ici-, qui fut continuée au 2, le promoteur Chapiteau, organe du ministère public, résuma les raisons fournies par les documents de la procédure et déclara qu'il adhérait entièrement aux conclusions des demandeurs. Ceux-ci présentèrent ensuite, par l'organe de leur procureur Prévosteau, les moyens de droit à l'appui de leur requête, et conclurent en suppliant les juges de proclamer au nom du saint-siège l'iniquité et l'annulation du premier procès et la réhabilitation de Jeanne, et d'accorder à la mémoire de la victime les réparations qui lui étaient dues. Le tribunal pronon(.'a la conclusion de la cause et remit l'affaire au 7 juillet suivant, pour rendre sa sentence définitive. Dans l'intervalle, les juges procédèrent encore à une dernière revision des faits et des documents du procès, et en conférèrent avec un certain nombre de docteurs de Rouen qu'ils appelèrent en conseil -.

Le 7 juillet 1456, à huit heures du matin, dans la grande salle du palais archiépiscopal de Rouen, les commissaires du saint-siège prirent séance sous la présidence de Jean Juvénal des Ursins, archevêque de Reims. Jean d'Arc, frère de la Pucelle, était présent en

' " Haec questio ad causam ipsam omnino iiupcrtinens fuit et supcrllua... Siipcrfluum merito reputatur inquirere a subdito an velit domino suo se submittere, potissimum in illis, in quibus débite subditus est. Quoad alla vero in qiiibus non est subjeclits, non solum iniquum videtur submissionem quoerere, sed et plane temeranum .. Est autem et in hoc passa maxime consideranda hujus puellœ simplicitas... Ideoque si ad quxstionetn ita ardiiam et nmbiguam non plene respondisset quemadmodum titique fecit, rêvera merito digne excusanda venisset. » Ms. cité, fol. 188. — Cf. Lanéry d'Arc, pp. 475, 470. — RR. PP. Belon et Balme, édition citée, p. 100.

■' Wallon, t. II, pp. 321, 322. — Procès, t. III, pp. 250 et suiv., 350, 351.

personne. Pierre d'Arc et Isabelle Roméo étaient représentés par Guillaume Prévosteau leur procureur, assisté de Pierre Maugier, leur avocat, qui servait également de conseil à Simon Chapitaut, promoteur de la cause, lequel avait joint ses conclusions à celles des demandeurs. On avait appelé, en qualité de témoins jurés, Jean Lefèvre, évêque de Démétriade; Hector de Coqueret, docteur en décrets, vicaire général et officiai de Rouen; Nicolas Lambert, maître en sacrée théologie; Nicolas du Rois, doyen du chapitre de Rouen; Jean de Gonnys et Guillaume Roussel, chanoines; Alain Olivier, Thomas de Fanouillères, Geoffroy de Grosse, Jean Roussel, Guillaume Lecomte, Regnault Diel, Pierre Roque et Jean le Vieil, avocats. Le tribunal, sur la requête des demandeurs et du promoteur, prononça la dernière et irrévocable déclaration de contumace contre les défendeurs non comparants ; puis Jean Juvénal des Ursins donna lecture de la sentence définitive, dont voici le dispositif:

« Nous disons, prononçons, décrétons et déclarons que le procès de condamnation et les sentences qui s'ensuivirent, entachés de dol, de calomnie, d'iniquité, de contradiction, d'erreur manifeste en fait et en droit, y compris l'abjuration, les exécutions et toutes leurs conséquences, ont été, sont et seront nuls, sans valeur, sans effet, sans autorité.

« Et néanmoins, autant que besoin est, comme la raison l'ordonne, nous les cassons, supprimons, annulons et destituons de toute valeur; nous déclarons que ladite Jeanne, ainsi que ses ayants cause et parents, demandeurs, n'ont contracté ni encouru, à l'occasion des sentences susdites, aucune note ou tache d'infamie, qu'elle est et demeure exempte et purgée desdites sentences, et, autant qu'il en est besoin, nous l'en délivrons totalement.

« Nous ordonnons que l'exécution ou promulgation solennelle de notre présente sentence aura lieu sans délai dans cette cité, en deux endroits : à savoir aujourd'hui même, en la place Saint- Ouen, après une procession générale et avec un sermon solennel; et en second lieu, demain, sur le Vieux-Marché, c'est à savoir au lieu où ladite Jeanne a été mise à mort par l'horrible et cruel supplice du feu, avec une prédication solennelle qui sera faite en ce lieu même, où sera aussi plantée une croix , pour perpétuelle mémoire , et pour demander à Dieu le salut de ladite Jeanne et des autres défunts. Nous nous réservons d'ailleurs, selon que nous le jugerons convenable, d'ordon-

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ner rexécutiuii, jiroinulgaliuii ut signiQcatiuu ullùrieuie, [loui' ruliiic! mémoire, de notre dite sentence, dans les autres cités et principaux lieux de ce royaume, et de prendre toutes autres mesures qui pnurraient être encore jugées par nous nécessaires'. »

Le 7 juillet 1456 doit être considéré comme une date inipurtante dans l'histoire ecclésiastique aussi bien (pie dans notre histoire ; car ce jour-là le saint-siège, par l'organe de ses délégués, a solennellement dégagé la responsabilité de l'Église universelle, que Pierre Cauehon avait voulu impliquer dans le martyre de Jeanne d'Arc. Les commissaires eux-mêmes, prélats français, ont dégagé la responsabilité de l'Église de France, et enfin l'ordre de Saint-Dominique a dégagé, par la part glorieuse et presque prépondérante qu'eut le grand inquisiteur .lean Bréhal à l'œuvre de la réabilitation, sa propre responsabilité et celle de la juridiction inquisitoriale, loyalement pratiquée -, de ce beau procès, monument éternel d'imposture et d'infamie, édifié à grand renfort de sophismes dialectiques et juridiques par un évêque indigne et sans mission réelle, assisté d'un moine tremblant sous sa main, et de docteurs que la crainte, la cupidité ou la passion politique avaient frappés d'une véritable aliénation de conscience.

' l'rocès, t. III, pp. 351 et suiv. — Nous avons donné dans noire édilion de luxe la traduction intégrale de la sentence de réhabilitation.

- Sur le principe de cette juridiction, c'est-à-dire sur le droit de coercition exercé au moyen âge contre les hérétiques, l'opinion de Jeanne d'Arc ne paraît pas avoir différé de celle de tous les hommes de son temps. Elle n'aui-ait même pas au besoin hésité à mettre personnellement cette opinion en pratique, si l'on en juge par la lettre menaçante adressée en son nom aux hussites de Bohème. Procès, t. V, pp. 156-159. — Cf. Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, année 1861, p. 81 et suiv. — Sur l'ordre de Saint -Dominique dans ses rapports avec Jeanne, voyez l'intéressant travail du R. P. Chapotin : La Guerre de Cent ans: Jeanne d'Arc et les Dominicains, dans le volume intitulé; Études historiques sur la province dominicaine en France. Paris, Victor Lecoffre et Emile Leclievalier. ISUO. in-8".

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