‹ Jeanne d'ArcChapitre 26 sur 48 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

LA POSTÉniTÉ

Vicissitudes subies par la niéuioire de Jeanne. — L'iiistoire. — La poésie et le théâtre. — Les beaux-arts. — Iconog-raphie de Jeanne d'Arc. — La fête du 8 mai. — Les panégyriques. — Préliminaires de la cause de béatification et de canonisation. — Bref de Pie IX. — ■ Introduction de la cause. — Vœu jiour l'union de tous les honnêtes srens sous les auspices de Jeanne d'Arc.

La sentence prononcée par les commissaires du saint-siège était un démenti solennel donné aux imputations calomnieuses par où les ennemis de Jeanne, au premier rang desquels on était désormais officiellement autorisé à placer ses juges, avaient essayé de ternir sa figure et sa mémoire. Il ne faut pas croire pourtant qu'elle les ait tout d'abord restaurés dans l'opinion au point de les replacer au degré de splendeur que Jeanne avait atteint durant ses triomphes, ni surtout qu'elle ait aussitôt revêtu la vierge de P'rance de l'auréole de gloire unique et souveraine dont elle rayonne à présent comme étant, de l'avis de tous, la plus belle figure de notre histoire. Son renom de sainteté s'est, il est vrai, perpétué sans interruption depuis son temps jusqu'au nôtre; mais, d'autre part, l'écho des voix ennemies s'est prolongé d'âge en âge, malgré la réhabilitation de la Pucelle; et, même dans les esprits qui lui étaient favorables, Fouijli a recouvert pendant plusieurs siècles quelques-uns des plus vivants et plus lumineux aspects de cette créature à la fois si angélique, si humaine et si française.

L'histoire a été trop prompte à diminuer ou altérer son caractère, et trop lente à le rétablir. Les chroniqueurs bourguignons, qui

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coiiiph'iil prc'cisi'iiieiit (Monslrelet en tôte) au iioiuljiv des hisloiiographes importants du xv siècle, ont tracé d'elle une fausse et malveillante image, qui n'a pas été sans influence sur les écrivains iillrriours. C'est dans un de ces chroniqueurs, Jean de Wawrin du Forestel, reproduisant sans doute en cela une opinion répandue dans son parti, que nous voyons paraître pour la première fois l'idée, accueillie depuis par plusieurs écrivains, de considérer Jeanne comme rinstrunient d'une manœuvre politique '. Les chroniqueurs français, ceux du moins qui furent contemporains de la Pucelle, l'ont peinte sous des traits plus exacts; ils nous ont conservé sur elle de précieux souvenirs et parfois de vives impressions de sa présence. Thomas Bazin, évêque de Lisieux, qui avait concouru à la réhabilitation de Jeanne, lui a de nouveau rendu témoignage dans une histoire latine des événements de son temps, qu'il composa étant en exil à Trêves, depuis 1^71 '-. Il n'ose pas toutefois se prononcer absolument sur la valeur de ses révélations. Le pape Pie II (Ji^ncas Sylvius Piccolomini) se montre aussi très favorable à la Pucelle dans ses Mémoires, qui embrassent Thistoire générale du xve siècle et se terminent à l'an 1463. C'est dans le VL' livre, qui traite des affaires de France, qu'est rapportée l'iùstoire de Jeanne d'Arc. « Connue récit et comme appréciation, dit Quicherat\ ce morceau peut passer pour ce qui a été écrit de meilleur à l'étranger au xv« siècle. L'opinion est celle d'un homme habitué aux affaires, qui admet la diversité des sentiments sur un fait si extraordinaire, mais qui montre combien ceux qui voudraient le réduire aux proportions d'une intrigue sont réfutés par la grandeur des résultats. Toutefois l'auteur des Mémoires demeure dans un certain doute, et s'abstient d'exprimer un avis formel. Vers le même temps, certains écrivains, accueillant les fantaisies brodées par l'imagination populaire, auxquelles se mêlèrent peut-être quelques souvenirs de la fausse Pucelle, transforment l'histoire de Jeanne en une sorte de chanson de geste ou de roman d'aventures. C'est ainsi que, dans la Chronique de Lorraine, composée sous Charles VIII, peut-être d'après un récit en vers, on attribue à Jeanne tous les exploits du règne de Charles VII. On lui fait assiéger et prendre tour à tour Bordeaux, Bayonne, Dieppe, Paris, Hon-

< Procès, t. IV, p. -iO(i.

2 Ibid., t. IV, p. 350.

■■' Ibid.. t. IV, p. 507.

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fleur, Hai'Ûeur, Caen, toutes les villes de Normandie moins Rouen, sous les murs duquel elle disparait. Les uns rapportent, dit l'auteur, qu'elle fut brûlée par les Anglais; les autres, mise à mort par certains chefs de l'armée, jaloux de ce qu'elle s'attribuait tout l'honneur de la guerre '. Non moins fantaisiste est le récit de Philippe de Bergame dans son -livre des femmes illustres {De claris electisque mulieribus], imprimé à Ferrare en 1497, et qui obtint en France un certain succès -.

L'image de la Pucelle était au xvr' siècle, c'est-à-dire cent ans après sa mort, toujours vivante, il est vrai, mais bien peu nette dans les esprits, et plus obscure encore peut-être dans les esprits cultivés que dans la tradition populaire. Du Bellay, reprenant et développant l'idée des chroniqueui\s bourguignons, se sut bon gré sans doute et se regarda comme un habile homme de représenter Jeanne comme une machine ingénieuse inventée au profit de la cause française par la politique de Charles VII. L'auteur des Instructions sur le fait de la guerre fut suivi et dépassé dans cette voie par du Haillan, qui, dans son livre intitulé : De l'état et succès des affaires de France, ne craignit pas d'exprimer sur le compte de Jeanne les plus odieuses insinuations. Il est vrai que, d'autre part, Jacques Meyer, dans ses Annales de Flandre, saluait dans Jeanne d'Arc une envoyée de Dieu; que Guillaume Postel, dans ses Très merveilleuses histoires des femmes du nouveau monde, réfutait avec énergie l'opinion de du Bellay et de du Haillan, et s'écriait avec enthousiasme que quiconque ne croyait pas en elle a méritait d'être extei'miné comme destructeur de la patrie », et que « ses faits étaient chose nécessaire à maintenir autant que l'Évangile »; que le savant jurisconsulte et antiquaire Etienne Pasquier constatait avec douleur, dans ses Recherches sur la France, les aberrations de l'histoire : « Grande pitié ! jamais personne ne secourut la France si à propos et si heureusement que cette Pucelle, et jamais mémoire de femme ne fut plus déchirée que la sienne. »

Un grand et utile service rendu à cette mémoire, que même les écrivains français ne savaient pas toujours respecter, ce fut la publi-

' Procès, t. IV, pp. .329, 338.

- Ibid., t. IV, p. 521. — Cf. l'article de M. le comte de Puymaigre intitulé : Jeanne d'Arc, sa vie par un Italien au w" siècle (Sabadino degli Arienli), dans la Revue des questions historiques , livraison du i"' avril 1889.

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cation, par les soins des niagislrats d'Orléans, d'une relation du siège de -l'i20, dont ils possédaient h; manuscrit dans les ai-chives de leur cité '. Les ouvrages mis au jour par les soins des descendants des frères de Jeanne, fiers à bon droit de la noblesse qu'ils lui devaient et soucieux de défendre et de l'aire revivre sa renommée, eurent aussi sur l'opinion des lettrés un heureux effet, notanunent VHistoire de Jeanne d'Arc, très noble héroïne, publiée; en latin par Jean Hordat à l*ont-à-Mousson, dans l'année IGl'J. Le théologien Edmond Richer, dont la haine s'est exaltée en véhéments pamphlets contre le saintsiège et la compagnie de Jésus , a quelque peu racheté à nos yeux ses écrits polémiques par la composition, en 1628, d'une Histoire de la Pucelle d'Orléans, pour laquelle il avait étudié avec soin le texte des deux Procès, dont il donne une longue analyse et de nombreux extraits. Pour le temps où il fut composé, cet ouvrage a une remarquable valeur, et son influence aurait pu être grande s'il avait été imprimé. Mais il est demeuré manuscrit-, et il a été longtemps inconnu. L'auteur avait un sentiment très juste de la valeur hors ligne que donne à l'histoire de Jeanne d'Arc le caractère particulier des principaux documents sur lesquels elle doit s'appuyer, et notamment ce fait, peut-être arrivé à elle seule, que sa gloire trouve précisément son meilleur fondement dans le procès de sa condamnation et sa « lumière indubitable en l'extrême iniquité de ses ennemis capitaux qui l'ont fait mourir ». Les chroniques mises au jour par Denis Godefroy en 1G61 dans son Histoire du roi Charles VH, contenant les choses mémorables advenues de 1422 à 1461, et notamment la précieuse Chronique de la Pucelle, préparaient d'utiles matériaux aux futurs historiens de Jeanne. Ces mati'riaux furent judicieusement employés dans son Histoire de France, par le P. Daniel, qui étudia aussi, au moins sommairement, le texte des Procès, et dont le récit des exploits, du jugement et de la réhabilitation de Jeanne mérite, quoi qu'on en ait dit, les éloges que l'on s'accorde généralement aujourd'hui à donner à l'ensemble de son ouvrage, très supérieur par l'érudition et la critique, non seulement à celui de Mézerai, mais encore à la plupart de ceux qui ont été publiés depuis ■'.

' Histoire et discours du siège qui fut mis devant la ville d'Orléans par les A)i(ilais. etc. Paris, "1570.

- Ms. -lOi'iS du fond français à la Bibliotlièque nationale, provenant de la collection de M. de Fontanieu.

■■' Cette appréciation de VHistoire de France du P. Daniel appartient à M. Gabriel Monod,

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Le progivs fait par rhistuirc. à la lin du xvii'' sircic. en ce qui concerne la connaissance et l'appréciation de Jeanne, ne l'ut pas complètement perdu au xvm"', en dépit de Icsprit rationaliste et froidement sceptique dont sont animés la plupart des historiens de cette époque. Le célèbre David Hume ne croit pas à la réalité de la nussion de Jeanne; mais, quoique Anglais, il rend justice à sa sincérité et à la pureté de ses mœurs. Toutefois l'écho des opinions défavorables à la Pucelle était loin d"être éteint encore, même dans notre pays. Lenglet-Dufresnoy aA'oue lui-même qu'il avait été d'abord des plus prévenus contre elle. Le libraire Debure ayant formé le projet de publier le travail d'Edmond Richer, Lenglet eut connaissance de ce manuscrit, ce qui lui donna lïdée de recourir aux textes originaux, et notamment aux deux Procès, dont la lecture lui dessilla les yeux et fit de lui un admirateur convaincu de la Pucelle. Il résolut de faire partager cette admiration au public et mit au jour, en 1753, une Histoire de Jeanne d'Arc, vierge, héroïne et martyre d'État suscitée par la Providence pour rétablir la monarchie française; ouvrage d'ailleurs froid et médiocre, mais qui alors ne fut pas inutile, quoique sa publication ait eu le tort de prévenir et d'empêcher celle du manuscrit d'Edmond Richer. Il était accommodé aux tendances rationalistes de l'époque, et il eut l'avantage de commencer à faire accepter par les lettrés des faits qu'on n'osait plus admettre dans l'histoire, de peur de la déshonorer en y faisant apparaître trop visiblement la main de Dieu. Enfin, à la veille de la révolution, un ancien ministre de Louis XV, M. de l'Averdy, membre honoraire de l'Académie des inscriptions et belles -lettres, laissa loin derrière lui tous ses devanciers par les études approfondies qu'il publia dans le tome III (1790) des Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque du roi, sur les deux procès de condamnation et de réhabilitation, et plus généralement sur la vie et l'œuvre de Jeanne. « L'honneur lui restera, comme le dit Quicherat lui-même, d'avoir composé sur la Pucelle le premier répertoire exact, le premier ouvrage digne de la science moderne; et notre siècle lui doit d'avoir eu la matière toute prête pour traiter l'histoire de la Pucelle'.

Revue historique, t. I, p. 18. — Elle nous paraît confirmée, malgré quelques erreurs de détail, par les pages consacrées à la Pucelle. Histoire de France, édition de 17.")5, t. Vil, pp. 55 et suiv., 97 et suiv.

' Quicherat, Aperçus -iioureaux, pp. 1155 et suiv., 165. — Wallon, t. II, pp. :î:î7 et suiv. — Jose|ili F;ibre, Jeanne d'Arc libératrice de la France. Paris, Delagrave, I8K{, in- 12.

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Rien ne fera plus d'honneur au mouvement liistoiiquc qui demeurera l'une des gloires les moins contestables de notre époque, que la part faite à Jeanne d'Arc dans les études auxquelles il a imprimé un si vif élan. C'est au xixe siècle que revient l'honneur d'avoir placé enfin la vierge libératrice à la place qui lui était due, c'est-à-dire sur un sommet lumineux où elle n'-sume dans l'éclat de sa vocation surnaturelle les plus hautes traditions et les meilleures qualités de la France chrétienne, et où elle apparaît désormais à nos yeux comme l'ange même de la patrie. Le nombre des ouvrages publiés en ce siècle sur Jeanne d'Arc est déjà considérable et va croissant tous les jours. Il suffira d'en nommer ici quelques-uns. Celui que publia, en 1817, Lebrun des Charmettes fut longtemps le meilleur écrit d'exposition et de narration que l'on eût sur la Pucelle, et le nom de son auteur demeure encore en possession d'une juste renommée parmi ceux des écrivains qui ont contribué à la gloire de Jeanne. L'Allemagne s'est honorée par le livre de Guido Gœrres (1834). Michelet, dans la partie du Ve volume de son Histoire de France qu'il a consa-

Eclaircissement X. Jeanne d'Arc racontée par les historiens, pp. 281 et suiv. L'auteur, dans ce chapitre, d'ailleurs fort intéressant, de son ouvrage, s'est montré peu juste pour le P. Daniel, qu'il aura lu trop rapidement et avec quelque prévention de libre penseur. En revanche, nous trouvons dans un autre endroit de son livre (p. 322, note 1), à propos du drame du P. Fronton du Duc, dont nous parlerons plus loin, l'indication suivante, qui foit honneur à M. Fabre, et qui mérite d'être rapportée ici; l'admiration de Fronton du Duc pour Jeanne se retrouve chez plusieurs autres jésuites. Le P. Mariana, l'historien le plus célèbre qu'ait produit la Compagnie, dit, dans son Histoire des choses d'Espagne (Hislorim de rébus Hispanire libri XX, Tolède, liï02), que ceux-là même qui condamnèrent Jeanne avaient le sentiment de la vertu de cette vierge, dont la mémoire sera parmi les hommes l'objet d'une éternelle vénération. Le P. Le Moyne, dans la Galerie des femmes fortes, publiée à Paris en 1647, compare Jeanne à Débora et à Judith; puis il ajoute : « Les Anglais mirent le comble à leurs péchés en la suppliciant. Dieu le permit afin qu'elle remplit tous les devoirs delà femme forte, qu'elle vainquît par sa patience comme elle avait vaincu par sa valeur, et que les Anglais fussent défaits pas sa mort non moins que par ses victoires. » — X ces jésuites, admirateurs publics de Jeanne d'Arc, il faut, entre autres noms, ajouter de nos jours celui du R. P. Gazeau, auteur d'un remarquable article intitulé : Jeanne d'Arc a-t-elle rempli sa mission? dans les Etudes religieuses, philosophiques, historiques et littéraires ; mars 1800, p. .322; celui du R. P. Ayroles, auteur des ouvrages intitulés : Jeanne d'Arc sur les autels et ta régénération de la France. Paris, Gaurae, 1883, in-12; — La vraie Jeanne d'Arc. La Pucelle devant l'Eglise de son temps, livre plusieurs fois cité dans les notes du présent ouvrage; — La vraie Jeanne d'Arc. La paysanne et l'inspirée, d'après ses aveux, les témoins oculaires et la libre pensée. Paris, Gaume, 1894, in-4o; celui du R. P. Duhr, auteur de deux remarquables études : Jeanne d'Arc itn Urtheile der neuern Gesehichtschreibung ; — Ueber eine Irrung der Jungfrau von Orléans, insérées dans les Stitnmen aus Maria-Laach, livraisons des mois d'août et septembre 1888, et du mois de janvier 1889. — Au sujet du P. Mariana, cf. le travail de M. Antoine de Latour, intitulé -.Jeanne d'Arc chez les historiens espagnols (Revue britannique , septembre 1875).

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crée à Jeanne d'Arc (18'il), et qui a été depuis publiée à part ', s'est vraiment surpassé lui-même et a manifesté tous les dons de son génie, si naturellement catholique, et dont la déchéance et les aberrations sont une des plus lamentables conséquences du vertige qui s'est emparé de tant d'esprits supérieurs en ce siècle tourmenté. N'importe, notre grand poète en histoire a écrit de détestables pages; mais il lui sera beaucoup pardonné, parce qu'il a beaucoup aimé Jeanne d'xVrc. De 1841 à 1819, les fondementsde l'histoire de Jeanne, qui consistaient surtout jusqu'alors dans les Notices de l'Averdy, furent renouvelés grâce à la puljlicalion faite par Jules Quicherat, pour la Société de l'histoire de France, du texte original des deux Procès et de tous les documents qu'il put rassembler, — et bien peu lui ont échappé, — sur l'histoire de la Pucelle -. Le nom de notre savant maître est demeuré, depuis cette publication, étroitement associé à la gloire de l'héroïque vierge de France, à laquelle il a conservé jusqu'à sa mort un culte touchant, dont nous aimons à espérer que son âme, en quittant cette terre, aura pu recueillir les fruits. Le livre sur Jeanne d'Arc, extrait par Henri Martin de son Histoire de France ^, porte la marque des préventions et des illusions que les juges compétents ont notées dans cette histoire; mais il serait injuste de n'en voir que les défauts; nous y avons trouvé, quant à nous, des indications utiles, et il nous semble qu'il faut tenir compte à l'auteur de son enthousiasme pour la Pucelle. La Jeanne d'Arc de M. Wallon est le meilleur exposé des faits que nous possédions, d'après les sources analysées, classées et contrôlées avec un soin consciencieux. C'est un livre dont les érudits pourraient se passer malaisément, et qui convient aussi à l'ensemble du public lettré. L'esprit en est profondément chrétien ; l'auteur y confesse avec franchise et courage sa foi au surnaturel et sa fidélité aux doctrines

' L'édition que nous avons eue sous les yeux est celle qui a été publiée en 1853, in- 12, par la lilirairie Hachette. — En rendant justice à l'incontestable mérite du récit de Michelet, nous n'entendons aucunement, cela va sans dire, approuver les erreurs de doctrine ou de critique qui y sont mêlées, et qui tiennent principalement aux préjugés rationalistes et naturalistes de l'auteur.

- Paris, Jules Renouard, 5 vol. in- 8". — Il faut joindre à cette publication les Aperçus nouveaux sur l'histoire de Jeanne d'Arc, publiés par Quicherat, en 1850, à la même librairie, et qui appellent, au point de vue doctrinal et même au point de vue historique, d'assez importantes réserves.

^ L'édition de la Jeanne d'Arc de Henri Martin dont nous avons fait usage est celle publiée par Furne en 1851 ; ia-'12.

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de Jésus- Christ ot de son Eglise. Les éditions successives de ce bel ouvrage ont témoigné de sa valeur et continueront de le répandre, poiu' le plus grand profit de la véril(' et la plus grande gloire de Jeanne \ Une mention spéciale est duc aussi ;"i la vive et frappante esquisse donnée au public, en ISôi, par M. Abtil Desjardins-. Ce sont les deux ouvrages de M. Wallon et de M. Abel Desjardins que nous avons pris pour principaux guides à travers les documents originaux, quand nous avons accepté, en 1868, la tâche difficile d'écrire un livre nouveau sur Jeanne d'Arc à l'usage du grand public et de la jeunesse chrétienne. Nous les avons beaucoup cités parce que nous en avons beaucoup profité; mais il nous convient de témoigner encore publi([uement ici notre gratitude aux deux auteurs. Au premier rang des écrivains de notre siècle qui ont bien mérité de la Pucelle, soit directement, soit en jetant de vives lumières sur fépoque où elle a paru, et parmi les travaux dont nous avons personnellement tiré le plus de profit, nous devons rappeler ici les noms et les ouvrages des deux historiens de Charles VII, notre regretté maître Vallet de Viriville ^ et M. le marquis de Beaucourt, l'homme de France qui connaît le mieux le xv^ siècle, et de plus le créateur ou le promoteur de tant d'œuvres à la fois chrétiennes et scientifiques, le directeur de la Revue des questions hisloriques, le président de la Société bibliographique; M. de Beaucourt, dont nous avons pu mieux que personne, depuis nos débuts dans les lettres, apprécier les grandes qualités, et dont la bienveillante amitié nous est particulièrement honorable et chère \ Nous nous reprocherions de ne pas mentionner le curieux et consciencieux travail de M. le comte de Bourbon- Lignières, payant, pour ainsi dire, une dette de famille à la Pucelle".

' Sauf indication contraire, l'édition à laquelle se rapportent nos citations est la seconde. Paris, Hacliette,-1867, 2 vol. in-8o.

- Librairie Firmin-Didot, in-12. Une nouvelle édition in-4o a été publiée en 1885.

■' Histoire do Charles VU, roi de France, et fie son règne (1403-1461). Paris, veuve Renouard, 1862--1865, 3 vol. .in-8''. — Nous avons cité aussi dans le cours de cet ouvrage la publication de Vallet intitulée : Chronique de la Pucelle ou Chronique de Coiisiiiot, suivie de la Chronique normande de P. C.auchon..., pubfiécs pour la prciiiiérc fois intégralement à partir de l'an 1403. Paris, Adolphe Delahaye, 1859, in-12.

'' Outre l'Histoire de Charles VII de M. de Beaucourt, nous avons cité dans le présent travail les écrits suivants du même auteur : Le règne de Charles VU d'après M. Henri Martin et d'après les sources contemporaines. Paris, Durand, 1850, in-8". — Un dernier mot à M. Henri Martin. Paris, Durand, 1857, in-8". — Jeanne d'Arc et sa inission, d'après son dernier historien. Paris, Victor Palmé, 1807, in-8>'. i Extrait de la Revue des questions historiques.)

'■• Étude sur Jeanne d'Arc et les principaux si/stémcs qui contestent son inspiration

.n:AN.NE D'A lie ;t;i7

la publication de M. 0. Reilly ' et les deux traductions mises au jour par M. Joseph Fabre, qui servent comme de complément, de supplément et de correctif à son livre intitulé : Jeanne d'Arc, libératrice de la France ^ ont pour objet et pour effet de mettre à la portée même des personnes qui ne savent point le latin le texte des principaux documents sur lesquels repose Thistoirc de l'héroïque vierge. C'est, au conti^aire, à la poésie plutôt qu'à l'histoire qu'ap[)artient le livre sur Notre petite sœur Jeanne d'Arc, dédié, en 1874, aux enfants de la Lorraine, par Marie -Edmée Pau% et sur lequel les vertus de l'auteur et sa mort prématurée ont jeté un reflet touchant.

On ne peut certes pas dire que depuis le xv siècle jusqu'à nos jours la poésie ait négligé Jeanne; mais les vers qu'elle lui a consacrés, même ceux qu'inspiraient les meilleures intentions, ont été en général bien peu dignes de ce beau sujet. Il est vrai que la difficulté d'y réussir est extrême; le sujet, en effet, est tellement vivant et tellement réel, qu'il laisse très peu de prise à la création idéale. L'idéal ici, c'est la réalité même, à laquelle la poésie a toujours quelque peine à pleinement s'assujettir. Elle veut orner, elle veut créer, elle gâte. Toute atteinte, si mince qu'elle soit, portée à la vérité, risque d'entraîner une déchéance quand il s'agit de Jeanne d'Arc, et il ne saurait y avoir si admirable drame, si magnitique poésie composée en son honneur, que la réalité ne pi!it murmurer tout bas à l'oreille de l'auditeur ou du lecteur : « Je suis plus admirable et plus magnifique encore'. »

C'est une femme, la savante, pieuse et patriote Christine de Pisan, qui marche en tète du long cortège des poètes de la Pucelle. Ses vers sur Jeanne d'Arc ne sont guère, à vrai dire, que de la prose rimée;

surnaturelle et son orthodoxie. Paris, librairie de la société ljil)liogTaphii(ue, \'6~i7i, in-8". — Une seconde édition, revue et augmentée, vient d'en être publiée. Paris, Lanmlle et Poisson, 1894, in -12.

' Les deux procès de condamnation et de réhabilitation de Jeanne d'Arc. Paris, Pion, 1808, 2 vol. in-S». — Vallet de Viriville avait déjà publié une traduction du Procès de condamnation. Paris. Firmin-Didot, 1807. in-S".

^ Ces traductions nouvelles des procès de condamnation et de réhabilitation ont été publiées par la librairie Delagrave. — MM. Léo Taxil et Paul Fesch ont depuis publié sous ce titre : Le Martyre de Jeanne d'Arc (Paris , Letouzey et Ané , 1S!«). in- 12 ), une traduction plus ample encore du procès de condamnation.

' Librairie Pion.

'' Les pages qui suivent sont un abrégé, non sans quelques changements et quelques additions, d'un travail écrit par nous en 187.5, sous ce titre : Jeanne d'Arc dans les lettres, et qui forme l'un des Éclaircissements publiés en appendice à la Jeanne d'Arc de M. Wallon, dans la belle édition illustrée de cet ouvrage, donnée en 1870 par la librairie Firniin-Pidot.

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mais ils ont mi caractère de vi'ritt' qui tient ."i la date où ils fuient écrits. On y sent une émotion sincère et noble qu'y a fait passer lame de l'auteur, vivement ébranlée par le réveil du sentiment national et les succès, dus à l'intervention divine, de la cause à la fois dynastique et française dont elle n'avait cessé de pleurer les malheurs. Il y a quelque chose aussi de touchant dans le naïf orgueil de Christine, fière de voir triompher une jeune fille, l'honneur de son sexe, là où avaient échoué les guerriers et les politiques. Ses vers sur la Pucelle passent pour les derniers qu'elle ait faits, et ce sont aussi les seuls vers français, écrits du vivant de Jeanne d'Arc en son honmair, ([ui nous soient parvenus. « Ils furent achevés, dit Quicherat ' le ;51 juillet 1429, au moment où Charles YII, maître de Château-Thierry, pouvait, en trois jours de marche, paraître avec son armée sous les murs de Paris... En 1429, Christine avait atteint Tàge de soixante-sept ans. Depuis la révolution de 1 V18, elle vivait cloîtrée dans une abbaye : on ne sait laquelle. »

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