‹ Jeanne d'ArcChapitre 37 sur 48 · JEANNE · texte numérisé non relu

JEANNE

Puisqu'on ne peut se soustraire à un tel ordre, et que la prière serait vaine, la résistance inutile, que mon obéissance, ô brillante merveille! ô secours éclatant de lumière! réponde avant mes lèvres; aujourd'hui même je quitte la chère compagnie de mes agneaux et de mes rochers ; déjà je sens battre dans mon cœur l'ardente et généreuse envie de restaurer l'antique honneur perdu de la France.

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(Tius (liMiv iipiennent, l'ange en ihantant et Jeanne en récitant.)

A Orléans donc, pour secourir et vaincre! Pnisiinc Dieu inc le conimande, c'est que Dieu vient avec moi!

( La vision disparaît.) LE ROI, sVveillant.

Ecoute, divine merveille! allcnds, beau iirodige! attends, ù Jeanne!

La Pucelle d'Orléans de Schiller, lepn'sentée à Weiniar on 1801, est un drame du genre qu'on peut appeler nouveau shakspearien, et auquel se rattache en bonne partie le théâtre allemand moderne. Cette pièce n'est pas beaucoup plus historique que celle d'Antonio de Zamora. Mais le poète allemand jiaraît plus coupable en ce point pour deux raisons : la première, que la fiction romanesque substituée par lui à la vérité est de sa part un acte bien plus volontaire, bien moins inconscient que chez lauleur espagnol, à qui, on peut raisonnablement le croire, l'histoire vraie de Jeanne d'Arc n'aurait pas pu être aisément connue; la seconde, que 1 eminente supériorité du génie de Schiller aurait dû l'emitêcher de tomber dans une pareille faute de goût. Quelles qu'en soient les beautés de scène ou de style, — et de telles beautés ne peuvent guère faire défaut dans un drame sorti de ses mains, — sa tragédie romantique (tel est le nom qu'il lui donna) est une tragédie manquée. Nous citerons pourtant ici la dernière scène du prologue, on se retrouve quelque chose, mais quelque chose seulement, de la vraie Pucelle. Ce morceau lyrique, admirable sans doute par le souffle ardent qui l'anime, par la fraîcheur et la vivacité des images, ne semble pas, en revanche, exempt d'emphase et de prétention. Placée dans la bouche de Jeanne d'Arc, de la paysanne de Domremy, cette ode vraiment pindarique. malgré ce qu'elle peut exprimer d'idées ou de sentiments justes, n'est peut-être bien en somme qu'une magnifique dissonance.

Adieu, montagnes, et vous, prairies que j'aimais ; vallée tranquille et solitaire, adieu! vous ne me verrez plus promener ici mes pas : Jeanne vous dit un éternel adieu. Plantes que j'arrosais, arbres que j'ai plantés, conservez votre douce verdure. Adieu, grotte chérie, et vous, sources transparentes, et toi, écho dont la voix a si souvent répété mes chansons ! Jeanne part, et elle ne reviendra jamais.

Lieux témoins de mes innocents plaisirs, je vous quitte, et pour toujours. Agneaux, dispersez-vous sur la bruyère, vous êtes maintenant sans

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pasteur; je vais guider d'aiilres Irdupeaux à Iravoi's les périls, au milieu des champs du carnage. Ainsi l'ordonne la voix qui s'est l'ait enlendr'e à moi; une passion qui n'a rien de terrestre ni d'illusoire m'y entraîne.

Car celui qui, sur le sommet de l'Horeb, descendit aux yeux de Moïse dans le buisson ardent pour lui ordonner de se présenter à Pharaon; Celui qui jadis envoya au coinbat ce jeune berger, pieux enfant d'Isai ; Celui qui fut toujours favorable aux bergers, Celui-là m'a parlé à travers les branches de l'arbre : « Va, dit-il, tu dois témoigner pour moi sur la « terre.

« Tu enfermeras tes membres dans un rude vêtement d'acier, et tu '( convieras ton sein d'une armure. Que jamais l'amour d'un homme « n'ose approcher de ton cœur; repousse ses flammes coupables et ses 1 plaisirs terrestres et vains : jamais la couronne nuptiale n'ornera ta « tête; jamais ton sein ne nourrira un doux enfant : cependant je répan- << drai sur toi la gloire des armes; tu seras illustre par-dessus toutes les i< autres femmes.

« Quand les plus braves seront découragés au milieu du combat, quand « le destin de la France semblera toucher à son terme, alors tu élèvei^as '( mon oriflamme, et, comme les moissonneurs abattent les épis, tu ter- « rasseras les vainqueurs orgueilleux ; alors tu abaisseras la roue de leur « fortune, tu ranimeras les héros de la France, et tu couronneras ton '( roi dans Reims délivré. »

Le Ciel m'a avertie par un signe : c'est lui qui m'envoie ce casque ; c'est de là qu'il me vient. En le touchant j'ai senti une force divine, et le courage des milices célestes a enflammé mon cœur. Je me sens entraînée dans le tumulte des armes; j'entends qu'on m'appelle au milieu des orages de la guerre : la trompette sonne, et le coursier frappe la terre de son pied '.

Quoique le drame de Schiller ait été traduit en français dès 1802 et qu'il en ait été publié en 1814 une imitation en vers par un poète de Grenoble,.!. Avril, ce n'est point au genre auquel ce drame appartient que se rattachent les pièces composées sous l'empire et sous la restauration en l'honneur de la Pucelle. La tragédie classique avait continué de régner durant tout le xvnie siècle, et elle maintint à peu près sauve durant le premier quart environ du xixe sa situation dominante. Mais un mouvement, contraire à celui qui l'avait éloignée des sujets nationaux, s'était produit après les premiers successeurs de Racine; et, par un besoin de nouveauté auquel il était difficile qu'elle échappât, 'elle s'était efforcée de faire rentrer dans son cadre

' Tlicâtrc de Schiller, traduction de M. de Barante, librairie l'"iniiin-Didot, in-'i", p. 101.

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