‹ Jeanne d'ArcChapitre 39 sur 48 · IKANNi: h'AUC · texte numérisé non relu

IKANNi: h'AUC

pour .loanue d'Arc par deux brefs, adressés l'un, le l'.'> juillet iXT'i, aux abbés Joseph et Augustin Léiiiann, au sujet des panégyriques prononcés et publiés par eux en l'honneur de rhéroïfjue viei-ge: l'autre, à M. Henri Wallon, le 15 octobre 1875, à propos de l'édition illustrée de son bel ouvrage'.

(( Personne ne saurait méconnaître, écrivait dans ce bref le Vicaire de Jésus-Christ, <iue Dieu, voulant relever la France de ses désastres et lui rendre son roi légitime, n'ait choisi ce qiu ('tait faible j)Our briser les forces et les efiforts des puissants, et qu'il n'ait pour cela donné à une simple fille des champs un courage extraordinaire et une merveilleuse science des choses de la guerre et de la politique.

« Il est triste de constater (|ue, même en ces circonstances, on retrouve l'ingratitude, ce crime qui accompagne ordinairement les plus grands bienfaits, ainsi que l'attestent à la fois l'histoire ecclésiastique et l'histoire profane. L'envie, la haine, les rivalités de partis suscitent toujours des détracteurs aux mérites éminents; mais la fermeté de ceux (jui souffrent persécution pour la justice, et l'égalité d'àme avec laquelle ils supportent l'adversité, les élèvent eux-mêmes et abaissent leurs ennemis, à tel point qu'elles répandent un nouveau lustre sur la vertu des opprimés, et vouent les oppresseurs à une éternelle infamie.

« C'est pourquoi nous vous félicitons d'avoir su, par vos savantes recherches et un lumineux exposé des faits, confirmer et éclairer le jugement que l'histoire a porté depuis longtemps sur Jeanne d'Arc, et nous souhaitons que les suffrages honorables que votre livre a déjà obtenus lui attirent un grand nombre de lecteurs, non seulement pour qu'ils y puisent une connaissance plus parfaite de l'histoire de leur pays, mais surtout pour qu'ils apprennent par l'obéissance, la résolution et les souffrances de Jeanne, qu'il est toujours utile et glorieux de se soumettre à la volonté de Dieu et de bien servir sa patrie, et en outre qu'il faut attendre de Dieu seul, et non des hommes, la récompense du bien accompli. »

M'J'' Dupanloup mourut le 11 octobre 1878. Mais la cause de Jeanne d'Arc trouva un champion non moins zélé dans son successeur au siège épiscopal d'Orléans, Min- C.tiullié, aujourdhui archevêque de Lyon. Sur les indications données par la Congrégation des Rites,

' Edition Finain-Didot, pp. 1-3.

M^'"' Coullié, d;ins uiu' deiixirme piocc'durc' \iii\Ui\rv : Procès additionnel de l'Ordinaire, dont l;i copie l'ut poiiée k Home au mois de décembre 1885, s'attacha à mettre en plus vive lumière l'héroïcité des vertus pratiquées par la Puceile. Enfin, de nouveau encore, en 1888, un troisième procès vomplémcntaire de l'Ordinaire fut consacré à recueillir et à examiner un certain nomljre de guérisons miraculeusement obtenues du Ciel par l'intei'cession de Jeanne d"Arc. Cependant, non seulement de France, mais des pays les plus divers et même les plus éloignés faisant partie du monde catholique, des pétitions ou lettres postulatoires étaient adressées au saint- siège en faveur de l'héroïque vierge. Elles portaient les signatures de quinze cardinaux, de vingt-trois archevêques, de cent quatre-vingt-trois évêques, de dix chapitres cathédraux et de huit généraux des ordres religieux, parmi lesquels ceux des chefs de la Compagnie de Jésus et des grands ordres de Saint-Domini({ue et de Saint-François. A ces pétitions des représentants autorisés du clei'gé s'ajoutèrent celles de deux nobles princes : Henri, comte de Chambord, et Louis-Philippe d'Orléans, comte de Paris, devenu à son tour, en 1883, le digne chef de la maison des Boui'bons de Fiance, issue de Hugues Capet et de saint Louis.

La Congrégation des Rites devait examiner tt)ut d'abord une question préalable : La cause de Jeanne d'Arc était-elle en état d'être officiellement introduite en cour de Rome, introduction conférant de plein droit au serviteur ou à la servante de Dieu qui en est l'objet le titre de Vénérable? Le volumineux dossier qui lui avait été remis fut dépouillé, puis transmis au promoteur de la foi. La fonction du promoteur, dans un procès de ce genre, consiste surtout à présenter et à faire valoir les objections que ()eut lui suggérer l'étude de la cause; cet officier remplit en quelque manière, auprès de la sacrée Congrégation, le rôle de censeur des vertus et des miracles qui lui sont soumis, ce qui a valu au promoteur le nom populaire d'avocat du diable. Cet office, très respectable et très utile, puisqu'il a pour objet de maintenir les principes et les traditions de l'Église, les règles de la critique et de la méthode contre les entraînements du zèle et de l'enthousiasme, et de mieux élucider les faits sur lesquels doit reposer la décision souveraine, cet office est rempli actuellement par M.^ Caprara. Les objections formulées par ce prélat furent ensuite discutées dans un mémoire rédigé par les avocats de la cause,

388 jka.n.m; n'A m;

MM. Aliliraiuli cl Miiu'tti. lùilin toutes les pirces et tous les niéiiiolivs (le 1,1 piocéduie furent imprimés par la h/pographie de la Propagande en un fort volume in-l'olio, dont, selon l'usage, un exemplaire l'ut remis à chacun des membres de la Congrégation des Rites.

Celte clistriliiilidii avait eu lieu dans 1rs iHviiiicrs jours du mois de janvier 1894. Il (^st d'usatie (jifun délai d'au iimins quarante jours s'écoule ensuite avant la délibération cl Ir vole t\f'>i cardinaux. Mais. l»ar un acte soudain Ae son initiative persoimellc Li'on XIII convo- (jua la sacrée Congrégation le 27 janvier, au palais du Vatican, en séance extraordinaire et secrète, avec mandement de procéder sans retard à la délibération sur la question posée. La séance s'ouviit à dix heures du matin sous la i)résidence de S. Ém. le cardinal Aloisi- Masella, prc'fet des Rites. Le rapport fut présenté par S. Ém. le cardinal Parocchi, puis les cardinaux présents énoncèrent successivement leur opinion et leur vote. Ils se prononcèrent à l'unanimité pour l'introduction de la cause de Jeanne d'Arc en cour de Rome. Le décret, rédigé en ce sens, fut inmiédiaterncnl soumis au saint- [)ère, ({ui sur-le-champ le ratifia et le revêtit de sa signature. Il est conçu en ces termes ' :

' Nous reproduisons le texte inséré dans la belle lellra puslorale de Son Kminence le cardinal Richard, archevêque de Paris, prescrivant un Te Deum solennel d'action de grâces pour l'introduction de la cause de la béatification de Jeanne d'Arc. Paris, F. Levé, imprimeur de l'Archevêché, 1894, brochure in-i». — Donnons ici un souvenir à cette admirable cérémonie, célébrée le 22 avril à Notre-Dame, en présence d'un grand nombre de cbofs émincnls de notre armée, et où eut lieu la bénédiction do la bannière, iiiiag-e de celle do Jeanne d'Are, préseiiloe pur M. ImiiIIc Kellor au nuiii du Cumité catholique de Paris.

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