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ces nobles dames, et leur promit qu'elle leur ramenerait sain et sauf al l'une son fils, à l'autre son mari.
Si le sentiment que Jeanne éprouvuit pour sn patrie et pour son roi était un sublime amour, celui qu'elle ressentait contre les Anglais n'était pas proprement de la haine, mais plutôt une généreuse indignatio! Cormi peuple, elle ne les haïssuit | oint : € lle les aimait comme chrétien et comme tils de l'église, Ce qu'elle détestait en eux, ce qui soulevait dans son me une magnanime colère, c'était qu'ils eussent osé envahir son pay: qu'ils prétendissent y maintenir leur domination, y établir leur roi et détrôner son souverain légitime. “Ce qu'il faut, a-t-elle répété jusqu'à sa mort. u-t-elle dit en face à ses juges, c'est qu'ils s'en retournent en leur pays. * Elle avait été suscitée par Dieu pour les chasser de France et elle étuit bien décidée, s'ils résistaient, à leur faire une rude guerre à leur donner, ou plutôt à leur faire donner, pour parler son naïf lanvuge ‘de bonnes buttes et de bons torchons, ” c'est-à-dire de bons coups l’estoc et de taille. Mais, loin de répugner à la paix, elle eût été tres contente qu'ils la voulussent faire : elle était bien résolue, avant de commencer la œuerre, à les avertir amicalement de s'en aller,
Un jour que maîtres Érault et Pierre de Versailles, examinateurs, l'interrocnient à oitiers, elle leur dit tout à coup : “* Avez-vous du papier de l'encre ? Écrivez ce que je vais vous dire : Vous, Sutiort, (Gilassidas el la Poule, je vous sonne, de par Le roi des cieux, que vous vous en alliez en Angleterre...” Et elle leur dicta, sous une inspiration soudaine, la pre mière rédactior de cette belle lettre aux Anglais, qu'elle envova plus tard de Blois aux chefs qui assiégeaient Orléans au nom du roi Henri VI.
Il semble même que, si les Anglais l’eussent voulu croire, elle rêvait d'unir les deux peuples, si malheureusement divisés, pour quelque entreprise grandiose, pour quelque projet de croisade, qu'agitait vaguement son génie, OÙ que Dieu, dont la vue immense embrasse les événements possibles comme ceux qui arrivent en effet, communiquait, dans une vision surnaturelle, à la fille au grand cœur, à la Pucelle de France.
Elle était animée à l'endroit des Bourguignons des mêmes sentiments qu'à l'égard des Anglais, mais avec une nuance À leur avantage : elle les considérait comme des Français égarés, auxquels il fallait que le roi pardonnât, pourvu qu'ils rentrassent dans le devoir : mais “ils auront la faire. LL Quant
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guerre, disuit-elle, s'ils ne font ce Philippe le Bon, leur souverain, tout en ayant pour lui ce profond respect
qu'elle n'a jamais cessé de montrer pour les princes de la maison de France,
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ui ce profond respect
» Ja maison de France,
Quant au duc
son opinion était qu'il commettait une action indigne en s'unissant aux étrangers contre sa patrie, et que, s'il continuait à “ guerroyer contre le saint rovauine de France ”, ce qui, à ses veux, était In même chose que œuerroyer contre le roi Jésus, roi du ciel et de torit le monde ”, il le fallait châtier sans retard, dût-il y avoir “ grande pitié de la grande bataille et
du sang... répandu Mais son plus ardent désir était que le roi et le duc se pardonnassent “de bon cœur, entièrement, ainsi que doivent faire loyaux chrétiens ” En un imot,avec le duc de Bourgogne comme avec ; = — =
les Anglais, et plus vivement encore, elle souhaitait que le roi pût s'entendre, et qu'il fit la paix, non pas à tout prix, comme l'entenduait le chancelier Renault de Chartres, mais bonne et loyale et “sauve son honneur”
À la suite du rapport des examinateurs, Jeanne se vit enfin agréer
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Le pays: était parcouru par des gens de guerre, c'est-à-dire par des bandits de lu
pire espece,
par le conseil royal, et il fut décidé qu'on la mettrait à la tête d'un corps d'armée chargé de conduire à Orléans un convoi de vivres et de munitions. De Poitiers elle était revenue à Chinon avec Île roi, en passant par Châtellerault. Elle fut dirigée sur Tours, où elle entra vers la fin du mois d'avril 1429, et où elle se logea chez un bourgeois nommé Dupuy, tandis que l'on terminait les préparatifs de l'expédition qu'elle devait commander, et dont le point de rassemblement, avant l'entrée en campagne, avait été fixé à Blois. En attendant que le convoi destiné aux Orléanais fût prêt, grâce à l’activité et au dévouement d'Yolande d'Aracon, « pement de la Pucelle et à l’organisation de sa maison militaire. Jeanne
reçut une armure complète, et des chevaux pour elle et ses gens.
Elle-même désigna l'épée qu elle voulait avoir, Interrogée plus tard par ses juges sur ce fait, qui a une certuine importance, voici qu'elles furent ses paroles propres :
Tandis que j'étais à Tours ou à Chinon, j'envoyai chercher une éj:te qui se trouvait dans l'église de Sainte-Catherine-de-Fierbois, derrière l'autel ; et on l'y trouva aussitôt toute rouillée. — Comment saviez-vous que cette épée fût là ?—Cette épée était en terre, toute rouillée, et la garde était ornée de cinq croix, Je sus qu'elle se trouvait ]à par mes voir, et l'homme qui l'alla chercher ne l'avait jamais vue, J'écrivis aux ecclésiastiques du dit lieu qu'ils voulussent bi m'envoyer cette épée, et ils me l’envoyèrent. Elle n'était pas très enfoncée en terre, derrière l'autel, comme il me semble : cependant je ne sais pas bien si elle était devant l’autel ou derrière ; mais je pense bien avoir dit alors qu'elle se trouvait derrière l'autel, Aussitôt après que l'épée eut été trouvée, les ecclésiastiques du dit lieu la frottèrent, et aussitôt la rouille tombn sans difhiculté, Ce fut un armufier de Tours qui l'alla chercher. Les prêtres de Fierbois me firent don d’un fourreau, et les habitants de Tours d'un autre, On fit donc faire deux fourreaux, l’un de velours vermeil. et l'autre de drap d'or. Et moi j'en fis faire un troisième, de cuir solide
Elle aimait beaucoup cette épée, qui lui avait été comme donnée par
l’une de ses saintes. Elle la porta dans les combuts : mais on ne peut pas
dire qu'elle en fit usage, car (c’est elle-même qui s'en vante) jamais elle ne tua personne, Ausssi aïimait-elle mille fois mieux encore que son épée un étendurd qu'elle fit faire, par le commandement de ses voiæ, et qui fut dans sa main, aux yeux de ses gens comme aux siens propres, un signe visible de la protecuon du Ciel,
Cet étendard fut exécuté, d’après les instructions de ‘Jeanne, par James Power, peintre écossais, résidant à Tours, qui reçut du roi, pour prix de son travail, une somme de vingt-cinq livres tournois. L’étoffe en était une sorte de tissu de fil fin et transparent qu'on appelait houcassin, de couleur blanche, avec des franges de soie. Sur un champ semé de fleurs de lis on voyait d’un côté Dieu, représenté en majesté, c'est-à-dire tenant en- main le globe du monde, et trônant sur les nuées, avee deux anges à ses pieds qui l’adoraient, et lui présentaient chacun une fleur de lis, et avec cette inscription: Jésus, Marie, Sur l'autre face était représenté l’écu de France, soutenu par deux anges
Jeanne fit faire en outre un étendard plus petit, ou pennon, sur
lequel était figuré un ange présentant un lis à la sainte Vierge, Il paraît.
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Jeanne. “ Venez, lui dirent-ils, avec nous trouver Jeanne :
qu'elle fut contente de l'ouvrage : car, l’année suivante, au mois de jan-
vier 1430, elle priait les magistrats de Tours de faire don à la fille de Power, qui était sur le point de se marier, d’une somme de cent écus pour son trousseau,
Jeanne était donc décidément chef de guerre, et ce rany, cette fonction
(qui l'aurait cru ?) convenaient admirablement à cette humble et pieuse paysanne, à cette pauvre bergerette. I] semblait, en vérité, qu’elle ne fût née que pour cela, L'esprit de Dieu, qui souffle où il veut, avait jeté dans cette âme, si douce et si pure, de grandes aptitudes militaires,
qu'il soutenait et appuyait à to’ moment de ses conseils, de ses inspira-
tions surnaturelles, El était admirablement propre à l'œuvre qu'elle devait accomplir, Grande et forte, bien constituée, elle supporta toujours avec une incroyable vigueur toutes les fatigues de la vie des Camps. Au témoignage de ceux qui la suivirent dans les combats, elle
n'avait pas son pareil pour ranger une armée en bataille, pour la mettre
en mouvement, pour la rallier, pour la soutenir : c'était une tacticienne
de premier ordre. Elle s'entendait merveilleusement surtout à faire usuge de cette arme nouvelle, de cette invention meurtrière, l'artillerie à feu, qui commençait à modifier les conditions de la guerre,
monde s'étonnait, dit le duc d'Alençon, qu’elle se con:
“ Tout le luisit avec tant de prudence et de prévoyance, comme un capitaine qui, servant depuis vingt ou trente ans, aurait été rompu aux secrets de l’art militaire.” D'où lui
serait venue une telle expérience, puisque à peine sortie de son village
elle fut mise à la tête des gens armés, sinon de Celui qui sait tout et qui peut tout, et qui, non content de Ini avoir donné dès grand «æur et une
* Sa naissance un grande intelligence, se plaisait encore à l'instruire chaque jour, et lui révélait par ses saintes “ ce qu'ell
e devait faire pour le fait de la guerre ” ?
La maison militaire de Jeanne fut composée à son souhait par ordre
du roi. Ses deux plus jeunes frères, Jean et Pierre d'Arc, étaient venus
la rejoindre à Tours, ainsi que ses deux fidèles compagnons, Jean de
Metz et Bertrand de Poulangy : tous les quatre se firent ses hommes
d'armes. Ils avaient amené avec eux un bon religieux, frère Jean Pas-
querel, de l'ordre des ermites de Saint-Augustin, qu'ils avaient rencontré
au pélerinage de Notre-Dame du Puy, où s'était aussi rendue la mère de
; NOUS ne vous laisserons point aller que vous ne consentiez à venir avec nous ver
s elle.” l’asquerel les accompagna donc, et ils le présentèrent à la Pucelle, “ Jeanne,
fs JEANNE DA
nous vous amenons cé bon père ; si vous le connaissiez, vous l'aimeriez beaucoup Jeanne répondit qu'elle étuit enchantée de le voir, qu'elle avait entendu parler de lui, et qu'elle vouluit que le lendemuin il l'entendit en confession, Pasquerel, en effet, la confessa le lendemain, chanta la
messe devant elle, et dès lors il devint son aumônier, et ne la quitta plus
Ë ju qu au jour où elle tomba entre les HIinains des Anvlais, La Pucelle eut pour maitre d'hôtel un brave et honnête écuyer, Jean
d'Aulon pour pages deux jeunes centilshommes Louis de Coutes et Ra, mond, et en outre quelques vulets et serviteurs,
Voici Jennne, ainsi qu'un général, entourée de son escorte, de sn maison militaire, Son armée cependant s'assemble à Blois, et bientôt tout sera prêt pour entrer en campagne, Mais, avant de la suivre dans le tumulte des combats, avait de ln contempler dans la gloire de son triomphe, procédons encore à un dernier examen, demandons-nous quel fut le principe de l'irrésistible action qu'elle exerça eur ses soldats, comment elle assurn son empire sur leurs âmes, et, les remplissant de contiance en Dieu et en elle, les rendit tous attentifs à l'œuvre commune, Qu'elle fut, en un mot, la discipline qu'elle établit dans son camp ? La piété,
Le S homimes de œuerre qu'elle allait mener à la victoire étaient braves F mais rassemblés çà et là, un peu au hasard, mercenaires assez mal payés par le roi, dont le trésor était presque toujours à sec et qui ne vivait que d'emprunts, c'étaient, chefs et soldats, un tas de ens de fortune, cuerroyant et volant à l'aventure, une bande de vauriens sans soucis, un amas d'effrontés pillards. Tout cela menait, à travers champs ou dans les villes, l'existence la plus déccusue, la vie ln moins édifiante. Le rapt, l'incendie, l’assassinat, leur coûtaient peu ; le blasphème ne leur coûtait rien, Leurs mœurs étaient si dissolues, qu'ils paraissaient incorrigibles,
Un des chefs de vuerre de ce temps-là trouvait ce désordre si naturel,
qu'il osait aflirmer avec une impicté naïve que “ si Dieu le Père se l'aisait
gendarme, il ferait pillurd ”, C'etait là pour Jeanne, on en conviendra, de singulier ixiliaires, Elle les accepta pourtant; et, comme à l'exemple de son Dieu, notre doux Sauveur, elle ne désespérait de per-
Ile entreprit de les corriger, et soudain réforma leurs mœurs, Pasquer m aumônier, nous raconte qu'à peine arrivée à Blois, elle fit fair ere sur laquelle était peinte l’image de Jésus crucifié. Deux f par jour matin et le soir, les prêtres s'assemblaient par son ordre
bannière, et Jeanne entonnait avec eux des hymmes et
vous l'aimeriez le voir, qu'elle emain il l'enten
ain, chanta la
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