‹ Jeanne d'Arc [microforme]Chapitre 37 sur 59 · DRE · texte numérisé non relu

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à leur cœur; mais, qu'ils le croient ou non, je viens de là part de Dieu. —S'ils le croient, leur opinion est-elle bonne ?—Oui, et ils ne se trompent pas.—Saviez-vous quelle était l'intention de ceux de votre parti, quand ils baisaient vos pieds, vos mains, vos vêtements ?—Je ne laissais baiser mes mains et mes vêtements que le moins possible; mais les pauvres gens venaient volontiers vers moi, parce que je ne leur faisais point de mal, les soutenant selon mon pouvoir.” Elle fut encore longuement interrogée sur les divers incidents de sa courte et glorieuse carrière, sur frère Richard, sur Catherine de la Rochelle: sur sa conduite à Lagny, à Soissons, à la Charité, à Beaurevoir, etc. : puis Pierre Cauchon donna l'ordre de la reconduire dans sa prison, Aussitôt qu’elle eut été emmenée, l'évêque de Beauvais prit la paroie et annonça aux assesseurs que le procès préparatoire allait entrer dans une nouvelle phase. Il avait résolu de convoquer un certain nombre d’habiles docteurs, qu'il chargerait de relire les réponses et aveux de Jeanne, et d’en extraire les principaux points, sur lesquels, s'il y avait lieu, elle serait de nouveau interrowée, mais en secret, par quelques délégués spéciaux, afin, dit-il, de ne pas fatiguer la multitude des assesseurs. En réalité. il avait grand peur de l'effet que produisaient déjà, et ne pouvaient manquer de produire plus encore, l'examen public se prolongeant, les réponses naïves ou sublimes de la Pucelle d'Orléans. Il termina son discours en défendant à tous les assesseurs, sous les peines de droit, de quitter la ville de Rouen sans sa permission,

Le travail annoncé par Pierre Cauchon fut accompli dans sa demeure

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mars 1431, Il fut décidé qu'on procéderait à une série d'interrogatoires secrets. A cause de ses nombreuses occupations, l’évèque délégua, pour le remplacer au besoin, maître Jean de la Fontaine, maître ès arts, licencié en droit canon.

Le samedi 10 mars, Pierre Cauchon se transporta dans la prison de Jeanne, accompagné de son délégué Jenn de la Fontaine, des docteurs Nicolas Midi et Gérard Feuillet, et de deux témoins, Jean Fécard, avocat, et Jean Msssieu, prêtre. L'interrogatoire roula d’abord sur la fatale

sortie de Compiègne, et sur la révélation que Jeanne avait eue à Melun :

puis, après diverses questions sur l’étendurd, les armoiries que le roi avait accordées à Teanne, l'argent qu'elle avait possédé, Jean d° la Fon-

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bien qu'on ne la laisserait pas en repos sur ce point, persécutée sans

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relâche par son infatigable adversaire, la Pucelle, de guerre lasse, résolut de céder. Mais, ayant juré de ne rien révéler, comment céder sans parjure? Elle prit un biais, et, feignant d'abonder dans le sens de l'accusntion, qui voulait à toute force lui faire dire qu’un ange avait apporté une couronne merveilleuse au roi de France, elle confondit à dessein sa propre personne avec les êtres invisibles qui l'avaient inspirée, et la mission de salut qu’elle était venue remplir avec cette couronne dont on lui parlait sans cesse, En d'autres termes, elle esquissa, à la fin de cet interrogatoire, les premiers traits d'une sorte de parabole destinée à donner le change à ses juges, et qui pût lui permettre de répondre désormais à leurs questions sans trahir le secret du roi et sans manquer à son serment.

Le lundi 12 mars, Jeanne subit dans la matinée un deuxième interrogatoire secret, et dans l’après-dîner un tr isième, On Jui demanda, entre autres choses, si ses voix ne l'avaient point appelée fille de Dieu, Jille de l'Église, la Jille au grand cœur. Elle répondit: “ Avant la délivrance d'Orléans, et tous les jours quand elles me parlent, elles m'appellent souvent Jeanne la Pucelle, fille 4 Dieu.—Puisque vous vous dites fille de Dieu, reprit Jean de la Fontaine, pourquoi refusez-vous de dire Pater noster !—Je le dis volontiers; et, l’autre jour, si j'ai refusé de le dire, c'était pour que monseigneur de Beauvais m'entendit en confession” Elle se défendit du péché de désobéissance à l'égard de son père et de sa mère, expliqua la vérité au sujet du procès de Toul et de la délivrance du due d'Orléans, projetée par elle; et comme on lui demandait si c'était par l’ordre de ses voix qu'elle avait pris l’habit d'homme, elle répondit : “Tout ce que j'ai fait de bien, je l'ai fait par le commandement des voix,

Dans l'interrogatoire secret du mardi 13 mars, Jeanne, mise de nouveau en demeure de révéler le signe donné à Charles VII, se décida, après une vive résistance, à développer la parabole qu'elle avait esquissée le samedi précédent, Elle mêla dans la trame subtile d’un récit figuré les circonstances de ses entrevues nvec le roi à Chinon, l'interrogatoire de Poitier, et la scène du sacre à Reims, de façon que l’accusation, se croyant satisfaite, fut, au contraire, sur ce point définitivement déroutée, On l'interrogea sur quelques-uns de ses faits de guerre : “Quand vous allâtes devant Paris, fut-ce par révélation de vos voix ?— Non, mais à la requête des gentilshommes, qui voulaient faire une escar. inouche ou une vaillance d'armes,—Et le siège de la Charité, vous fut-il

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commandé par vos conseils ?—Non, j'y allai à la requête des gens d'armes,

Et à Pont.l'Évêque, eûtes-vous révélation d'y aller ?—Depuis qu'il m'avait été révélé que je serais prise, je m'en rapportais la plupart du temps, pour le fait de la guerre, à la volonté des capitaines, sans leur dire toutefois ce qui m'avait été révélé. —Crovez-vous avoir bien agi en attaquant Paris le jour de la Nativité de Notre-Daine /—I1 est bon de garder lus fêtes de Notre-Dame. En ma conscience, il me semble que c'éteit et

que ce serait bien fait de gnrder les fêtes de Notre-Dame depuis un

bout jusqu'à l’autre.—Navez-vous pas crié devant Paris: Rendez ln { ville, de par Jésus ?=—Non; j'ai dit: Rendez la ville au roi de France !” k u Le mercredi 14 mars eurent lieu deux interrogatoires secrets, l’un dans la matinée, l’autre dans l'après-midi, Entre les réponses que fit Jeanne il en est une bien remarquable, et qui est une forte preuve de la réalité de ses visions, “ Sainte Catherine, dit-elle, m'a promis que j'aurais du secours. Si je serai délivrée de prison, ou si, pendant le jugement, il : adviendra quelque trouble par quoi je serai sauvée, je l’ignore; mais je pense que ce sera l'un ou l'autre. Mes voix me disent encore que je serai délivrée par grande victoire ; et après elles me disent : Prends tout en gré; ne te soucié de ton martyre; tu l'en viendras enfin au royaume du paradis. Mes voix me disent cela simplement et absolument, c'est à savoir sens faillir. J'entends par martyre la peine et adversité que je souffre dans ma prison. Je ne sais si j'en souflrirai un plus grand ; mais je m'en rapporte à Notre-Seigneur.”

Ainsi la délivrance dont l’entretenaient ses voir, ettait le supplice, la flamme qui, consumant sur le bûcher sa chair mortelle, délivrerait son âme des souffrances d’ici-bas, et l’enverrait jouir d’un bonhc:1r éternel avec ses frères du paradis. Cette prédiction, que l'événement a rendue pour nous si claire, Jeanne l'interprétait dans le sens d’une délivrance moins haute et aussi moins terrible: d'où l’on peut tirer cette double conclusion: les voix ne se confondaient point avec l'âme de Jeanne, avec son intelligence et son cœur; elles avaient une réalité, une existence propre; en second lieu, chose dont peut-être on n’a pas tenu suffisamment compte, les conseils surnaturels qui guidaient l'héroïque

jeune fille ne l'ont pas toujours voulu éclairer d'une même lumière: ils n'ont parfois soulevé qu'à demi pour elle le voile épais qui couvre les

desseins de la providence, les événements À venir. “ Mais, lui dit-on,

depuis que vos voix vous ont prédit que vous iriez en paradis, vous

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