CHAPITRE SECOND LE DÉPART
Les adieux à Domremy. Yaucouleurs. — Jean de Metz ct Bertrand de Poulangy. — Le duc de Lorraine, — Le peuple. — Les habits d'homme, - Marche sur Chinon,
Il y avait plus de deux mois que le siège d'Orléans était commencé
quand, la veille de la Saint n (2 Michel Lebuin, de Domrem,, ui ses amis d'enfance, qu'il y avait,
entre Coussey et Vaucouleurs (c
fille qui, avant qu'il fut un an, ferait sacrer le roi de France
ce
16 décembre 1428), Jeanne dit à
est-à-dire à Domremy même), une Jeune
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en qu'elle ne ne escorte et unhin, disait- \ ses ennemis ; carôme. Le qui toutefois roi, en dépit
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me de guerre.
Jurant Laxart
ner le plus tôt
ar cet atiront sta plus et sen
ses occupations
e; mais Jeanne iut de Dieu lui te glorieuse où bout de laquelle , bûcher, encore l'héroïne devait
heureux.
and de Poulangy. —
Marche sur Chinon,
g était commencé
8), Jeanne dit à ce, qu'il y avait, même), une jeune
France à Reim
‘ Compère, disait-elle un autre jour à Gérardin d'Epinal, si vous n'étiez bourguignon, je vous dirais quelque chose.”
Ces paroles, échappées à l'impatience de Jeanne, sont un témoignage de l’ardent désir qu’elle éprouvait de r-nrendre l'œuvre à laquelle Dieu l'avait destiné. et que ses voix l'excisic :# de plus en plus à accomplir. Les saintes lui ordonnaient d'aller délivrer Orléans, et de emmencer par là le sal lu royaume, Au commencement de l'année 14259, elle
n'y tint plus, il lui Iait définitivement partir, Combien c« départ
affligerait ses parents, elle l'ignorait pas ; mais avant tout elle dévait accomplir la volonts de l'Eternel. Quand j'aurais eu cent pères et cent
Les visions de Jeanne,
mères, répondit-elle à ses juges lorsqu'ils lui reprochèrent cet acti de prétendue ingratitude, je serais partie.”
Pour écarter les soupçons de sa famille, elle s'adressa, cette fois encore, à son cousin Durant Laxart, Elle lui persuada de demander à son père qu’elle allât servir à Burey sa cousine, alors en couches. Laxart, qui avait foi dans la vocation de Jeanne, se prêta à sette ruse et vint la prendre à Domremy. Quel serrement de cœur quand elle s'éloigna de
l’'humble chaumière où s'était écoulée sa pieuse enfunce, laissant sous le
toit paternel, avec les êtres les plus chers à son cœur, ses plus joyeux souvenirs ! En passant devant la maison de Mengett. elle lui dit adieu:
Elle dit aussi adieu au père de Gérard Guillemette, un des amis de son
père. Elle dit adieu à Domremy, à son cher village natal. Hauviette
n'apprit que plus tard le départ de sa compagne, et elle pleura beaucoup, dit-elle en son simple langage, parce que Jeanne était bonne. Quand le père et la mère de la Pucelle surent la véritable cause de son départ, la douleur les accabla presque au point de leur faire perdre le sens. Mais Jeanne leur écrivit, et elle fut pardonnée. C’est la beauté, c’est le mérite sans égal des vertus domestiques, d’inspirer aux nobles âmes des sentiments si hauts, qu'au jour marqué ceux qui les ont pratiquées les sacrifient avec douleur, mais avec courage, à des vertus d’un ordre plus élevé : le patriotisme et l'obéissance à Dieu.
Laxart emmena donc sa cousine à Burey ; puis, après quelque temps, il la conduisit à Vaucouleurs, où elle fut logée chez un habitant, nommé Henri le Rover, dont la femme Catherine accueillit Jeanne avec bonté, et ne tarda pas à ressentir pour elle une vive admiration. Elles filaient et cousaient ensemble, Jeanne, quand elle ne travaillait point avec son hôtesse, allait à l’église. Elle priait, elle se confessait. Cette paysanne, dans ses grossiers habits rouges, était, à Vaucouleurs comme à Domremy, le modèle de toutes les vertus. Maïs elle ne négligeait pas sa mission, que ses voix lui rappelaient sans cesse. Beaudricourt s’obstinait dans son scepticisme. Un jour il la vint visiter, accompagné du curé de Vaucouleurs, Jean Fournier, qui, s'étant revêtu de l’étole, se mit à exorciser Jeanne. Celle-ci se jeta humblement à ses pieds. Mais elle dit ensuite qu'elle avait eu tort ; car il devait bien la connaître, l'ayant peu auparavant entendue en confession.
Cependant le bruit commençait à se faire autour du nom de Jeanne, et déjà, à Vaucouleurs, beaucoup de monde croyait en elle. Un des hommes d'armes de Beaudricourt, nommé Jean de Nouillompont, et surnommé Jean de Metz, vint la voir un jour et lui dit:
“ Mon amie, que faites-vous ici ? Faut-il donc que le roi soit chassé de son royaume et que nous soyons Anglais ?”
La Pucelle lui répondit :
“Je suis venue ici, dans une ville royale, demander à Robert de Beaudricourt qu'il veuille me conduire ou me faire conduire vers ie roi, Mais il n’a souci ni de moi ni de mes paroles ; cependant, avant le milieu du carème, il faut que je sois devers le roi, quand j'y devrais user mes jambes jusqu'aux genoux. Personne au monde, ni roi, ni due, ni fille du roi d’Ecosse, ni qui que ce soit, ne peut reconquérir le royaume de
France, et il n'aura secours que de moi, quoique j'aimasse mieux filer
e natal, Hauviette le pleura beaucoup, it bonne. Quand le se de son départ, la rdre le sens. Mais eauté, c’est le mérite les âmes des sentiont pratiquées les
tus d’un ordre plus
près quelque temps, un habitant, nommé Jeanne avec bonté, ation. Elles filaient Ilait point avec son it. Cette paysanne, comme à Domremy, eait pas sa mission, urt s’obstinait dans npagné du curé de le l’étole, se mit à Mais elle
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du nom de Jeanne, Un des e Nouillompont, et 10:
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it en elle,
ander à Robert de onduire vers ie roi.
lant, avant le milieu y devrais user mes oi, ni due, ni fille du érir le royaume de
’aimasse mieux filer
auprès de ma pauvre mère : car ce n'est pas là mon état, Mais il faut que j'aille et que je fasse cela, parce que mon Seigneur veut que je le fasse,
— Ce Seigneur, qui est-il ?
— C'est Dieu.”
Jean de Metz lui promit alors de la conduire au dauphin, et lui, demanda quand elle désirait partir.
“Plutôt aujourd’hui que demain, répondit-elle, demain plutôt qu'aprèsdemain.”
Un écuyer, nommé Bertrand de Poulangy, qui, l’année précédente, avait assisté à l’entrevue de Jeanne avec Beaudricourt, résolut également de se dévouer pour la mener au dauphin. Mais le capitaine de Vaucouleurs demeurait toujours incrédule et inflexible, L’impatience de Jeanne allait croissant : “ Le temps me pèse, disait-elle, comme à une femme enceinte.” Elle ne voulait point pourtant partir sans garantie et comme une aventurière, Durand Laxarb et un certain Jacques Alain, de Vaucouleurs, lui avaient un jour fait prendre le chemin de France et l'avaient conduite jusqu’à la chapelle de Saint-Nicolas-de-Sefonds, située à une lieue de la ville. Après avoir prié dans cette chapelle, elle leur demanda de la ramener à Vaucouleurs, parce qu'il ne serait point honnête à elle de s’en aller de la sorte.
Cependant la renommée avait porté jusqu'au due de Lorraine, alors malade dans sa capitale, les merveilleux récits qui commençaient à se répandre dans la vallée de la Meuse et dans les marches de Lorraine sur la Pucelle de Domremy. Ce prince désira la voir et lui envoya un saufconduit. Jeanne consentit à se rendre à son invitation, espérant que peut-être il lui viendrait en aide, Elle lui demanda de lui donner son gendre, René d'Anjou, et quelques hommes d'armes pour la conduire au dauphin. Mais le due lui parla surtout de sn maladie, et, confondant cette jeune fille avec la troupe vulgaire des charlatans et des guérisseurs, il la pria de lui dire s’il recouvrernit la santé, Jeanne répondit qu’elle n'en savait rien, mais qu'il lui accordât sa demande, et qu’elle prierait pour sa guérison, Elle lui donna aussi, dit-on, ie conseil de reprendre sa bonne femme, qu’il avait lâchement renvoyée, Le prince ne prit point cet avis en mauvaise part ; il congédia Jeanne en lui faisant présent de
quelques pièces d'or.
En quittant Nancv, elle se rendit à un annetuaire n
Nicolas-du-Port, lieu de pèlerinage célèbre en Lorraine, et situé à trois ’ » ï
lieues environ de cette ville, Elle rentra ensuite à Vaucouleurs, un peu avant le premier dimanche de carême (février 1429), et reprit ses instances auprès de Beaudricourt, On rapporte que, le jour même où fut livrée à Rouvray-Saint. Denis la bataille connue sous le nom de Journée des Hurengs, elle vint trouver le capitaine : “ En nom Dieu, lui dit-elle, vous tardez trop à m'envoyer ; car aujourd'hui le gentil dauphin a eu, assez prés d'Orléans, un bien grand dommage ; et encore l’aura-t.il plus grand, si vous ne m’envoyez bientôt vers lui.”
Le peuple était loin de partager les hésitations de Beaudricourt. Les habitants de Domremy, les hommes d'armes de l'entourage du capitaine, ne pouvaient soufirir ces lenteurs et ce scepticisine, Pleins d’admiration pour les vertus de Jeanne, pleins de foi dans sa mission, ils s’écriaient qu'on devait la lui laisser remplir, ne pas mettre obstacle aux desseins le Dieu sur elle et sur la France. Bertrand de Poulangy et Jean de Metz étaient les chefs de ce généreux complot. Ils résolurent d'équiper Jeanne, de lui procurer des vêtements de guerre, une épée,
Les pauvres gens de Vaucouleurs se cotisèrent ; Durand Laxart et Jacques Alain contribuèrent aussi. L'épée cependant fut donnée par Beaudricourt, qui, ayant sans doute pris les ordres du conseil royal, se décida enfin à consentir au départ, qui eut lieu le 23 février, “ Adieu, avait dit le capitaine en congédiant Jeanne, allez et advienne que pourra.”
Jeanne était habillée en homme : elle avait les cheveux coupés courts, un gippon où pourpoint qui se liait avec ses chausses au moyen de vingt aiguillettes, une Luque ou robe courte. Elle était chaussée de houseaux, sorte de souliers à guâtres, armés de longs éperons, coiffée d’un chaperon de laine découpée. Une cuirasse ou plastron protégeait sa poitrine. Une lance, une épée, une dague, étaient ses armes offensives. Elle montait un cheval que son cousin avait payé seize francs d'or. Ce
vêtement de guerre, ces habits d'homme, furent un des principaux griefs
que firent valoir les ennemis de Jeanne lors du procès, Mais, puisqu'elle
allait se mêler aux gens armés, il fallait bien qu'elle se vêtit en homme de guerre : il le fallait pour âccomplir sa mission, il le fallait pour sauvegarder sa pudeur,
La petite troupe qui escortait la Pucelle se composait de ses fidèles, Jean de Metz et Bertrand de Poulangy, avec leurs serviteurs, Jean de Honecourt et Julien, de Colet de Vienne, mes + du roi, ct d’'una
nommé Richard,
‘4 ILANNE D'AR 29
à Vaucouleurs, un peu
r 1429), et reprit ses
roi et ses conseillers pour leurs hésitations et leurs lenteurs. Mais il y
que, le jour même où
eut, ce semble, chez plusieurs de ceux qui conseillaient le prince, plus nnue sous le nom de «Tr
än nom Dieu, lui
que de la prudence, plus même que de la défiance. La Jalousie, la mal-
vaillance, ont lourdement pesé leur poids dans la balance du onseil, et,
l'hui le gentil dauphin
CA! s . ? L.] durant toute sa carrière, on ne peut guère nier que la Pucelle n'ait eu re ; et encore l’aura-t-il
uprès du prince des ennemis secrets qui travaillaient à la rendre inutile
et à la rejeter dans l'ombre, parce que l’auréole trop éblouissante dont
de Beaudricourt, Les ntourage du capitaine, Pleins d'admiration mission, ils s’écriaient obstacle aux desseins Poulangy et Jean de s résolurent d'équiper ne épée, it; Durand Laxart et dant fut donnée par s du conseil royal, se 23 février. “ Adieu,
kz, et advienne que
heveux coupés courts, hausses au moyen de ile était chaussée de s éperons, coiffée d’un lastron protésenit sa ses armes offensives.
seize francs d'or, Ce des principaux griefs ès, Mais, puisqu'elle
e se vêtit en homme
le fallait pour sauve-
La mère de Jeanne,
était environnée la sublime Française offusquait leurs faibles yeux et
posait de ses fidèles,
faisait pâlir les lumières de leur petit sénie, dont un patriotisme, même s serviteurs, Jean de
timide, n'était pas toujours le véritable inspirateur.
lu roi et d'in arnbaz UU LUI, CU QG UT &TCHEX
En 1429, quatre personnages dominaient dans les conseils de la
couronne et exerçaient, à des degrés divers, l'autorité royale au nom de
Charles VIT, Suivant qu'ils emploieraient leur crédit en san faveur ou
contre elle, la Pucelle devait être chaleureusement ou froidement accueillie, aidée ou cènée dans l’accomplissement de son œuvre. Ces quatre personnages étaient: Georges de la Trémoille, baron de Sully ; Regnault de Chartres, archevêque de Reims et chancelier de France : Robert le Macon, seisneur de Trèves en Anjou; et Raoul de Gawcourt, alors ball d'{ )rléuns.
Georges de la Trémoille qui, sans en avoir le titre Jouait en réalité le rôle d’un premier ministre, avait un esprit étroit, une âme cupide, un cœur faux et méchant. Quoiqu'il fit grand bruit de son dévouement à Charles VIT, auprès de qui il avait suppianté le connétable de Richemont, son bienfuiteur, et dont il cultivait envieusement la faveur. il avait gardé, par sa famille, des intelligences avec le due de Bourgogne, et ne s'était pas même brouillé sans retour avec les Anglais, qui, en 142$, lorsqu'ils pénétrèrent en Touraine, respectèrent, au crand étonnement de tous. le manoir de Sully, propriété de la Trémoille. Il désirait avant tout maintenir le.roi dans l’inaction et dans la faiblesse. pour lui faire valoir plus chèrement ses services et le tenir plus étroitement dans sa dépendance, Aussi avait-il crand soin d’écarter du gouvernement les princes du sang, et vit-il d’un fort mauvais «il l’arrivée de la Pucelle: sa politique consistait à s’appuver sur des secours étrangers pour combattre mollement les Anglais, de façon que Charles VII ne succombât ni ne se relevât entièrement, et que sa propre importance grandit dans cette éclipse de la majesté royale, Maïs, comme à ce moment tout semblait désespéré, il n'osa pas s'opposer absolument à l'admission de Jeanne d'Arc, se réservant de l’épier, de la contrôler, de l’entraver sans cesse, et de ln
faire échouer, s’il le jugeait nécessaire.
Regnault de Chartres était avant tout un diplomate. En somme, on
ne lui à peut-être pas suffisamment rendu Justice ; car l’idée qui le dominait, et qui consistait à sauver le royaume par une reconciliation du roi avec le duc de Bourvogne, n’était pas mauvaise en elle-même : et, après la mort de la Pucelle, cette idée porta d’heureux fruits au traité d'Arras (1435). Mais comme tous les sens qu’une seule pensée obsède, Regnault se complaisant dans ses név'ociations et dans ses intrioues, avait fini par s'exagérer son mérite et l'utilité de ses efforts : il ne comprenait pas que le meilleur moven d'amener le duc de Bourgogne à résipiscence était de frapper des coups rapi les et décisif sur les Anglais, pour imontrer à Philippe le Bon qu'il avait intérêt à se séparer d'alliés qui n'étaient pas
invincibles : il s'obstinait à ne pas voir aue le salut du rovaume était
ausement ou froidement
ent de son œuvre. (Ces
moille, baron de Sully ; et chancelier de France :
: ét Raoul de Gavcourt,
e titre, Jouait en réalité roit, une âme cupide, un it de son dévouement à onnétable de Richemont, : la faveur, il avait gardé, Bourgogne, et ne s'était qui, en 148, lorsqu'ils étonnement de tous, le lésirait avant tout mainour lui faire valoir plus nt dans sa dépendance, ient les princes du sang, "ucelle : sa politique conir combattre mollement ombât ni ne se relevât it dans cette éclipse de out semblait désespéré, n de Jeanne d'Arc, se
ver sans cesse, et de la
lomate, En somme, on : car l’idée qui le domnine reconciliation du roi en elle-même ; et, après fruits au traité d'Arras ensée obsède, Regnault intrigues, avait fini par ne comprenait pas que à résipiscence était de iglais, pour inontrer à uliés qui n'étaient pas
alut du royaume était
en admettre qu'il fut toujours mal disposé pour Jeanne d’Are, et
adinission auprès du ro*
Robert le Macon ne fut jamais hostile qui se laissait facilement toucher et con nait avec vigilance et exactitude, il n’embr somme, Jeanne trouva en lui un appui, mais chancelant e de lui échapper.
Raoul de Gaucourt, bailli d'Orléans. était à
bravoure et de patriotisme : mais il était assez peu disposé, c
paysanne qui prétendait en remontrer aux guerriers vieillis
Toutefois, sachant l'enthousiasme dont les Oriéanais
envoyés du bâtard d'Orléans pouvaient lui rendre
idées sur l’art de la guerre, la façon de repousser un assaut ou de f
d'abord en une plus srave malveillance.
Les délibérations du conseil royal se prolongèrent pend
Jeanne avait pour elle le rapport enthousiaste de ses compagnons d
surtout dans le réveil du sentiment nati nal, miraculeusement ravivé par l'apparition de la Pucelle, et que la paix, comme le disait plus tard Jeanne, devait être conquise “au bout de Ia lance” Il
vit avec un
déplaisir mortel le fil de ses intrigues rompu par une intervention qu'il Jugeait intempestive, et, sans aller Jusqu'à l’accuser d’une trahison
formelle dont, en somme, on ne produit pas de preuves décisives, il faut
qu'à
lexernple de la Trémoille, auquel il était tout dévoué. il la géna tant qu'il
Mais, en 1429, la force invincible des circonstances le contraignit
de la subir, et l’on ne voit pas qu'il se soit opposé outre mesure à son
la Pucelie, C'était un
homme simple et doux, mais faible, doué surtout de qualités négatives, aincre par les bons et aussi par les mauvais conseils. Absorbé par le détail des affaires, auxquelles il s’adonassait pas volontiers un vaste horizon, et s'était laissé complètement dominer par la Trémoille, En
t toujours prêt
Chinon, auprès du roi,
lors de l'arrivée de la Pucelle. C'était un preux chevalier, plein de
omme en
vénéral les vieux capitaines, À recevoir les ordres ou même l'inspiration es nouveaux venus. Il devait être persuadé, dans le fond, qu'il saurait
bien défendre sa ville À lui tout seul. sans le secours de cette petite
sous le
avaient
‘1e saisis à la simple rumeur qui leur était venue de Gien. et dont les
témoignage, il est
probable qu'il opina à ce premier moment pour que l'on mit Jeanne à
: pensant bien, du reste, la surveiller de près et lui imposer ses
‘aire
une sortie : il l’acceptait comme lieutenant, mais il n'en voulait pas pour Un échec d'amour-propre qu'il subit par sa faute, à Orléans
transforma plus tard la pointe de jalousie qu'il avait ressentie tout
ant trois jour.
Le
ce
route, les instances des Orléanais, l'enthousiasme populaire, qui, partout où elle arrivait, naissait, pour ainsi dire, sous ses pas: il semble qu'elle fut aussi appuyée par la reine de Sicile, Yolande d'Aragon, belle-mère de Charles VII, et peut-être dès lors par le confesseur du roi, maître Gérard Machet, plus tard évêque de Castres, un saint prêtre, qui laissa facilement gagner son cœur à l'inspiration divine, dont les paroles et les promesses de Jeanne portaient si fortement la marque.
En effet, ce pieux docteur dut être au nombre des ecclésiastiques chargés de faire subir à la Pucelle une sorte d'interrogatoire sommaire, antérieur au long examen auquel elle fut soumise, après l'audience royale, tant à Chinon qu'à Poitiers. Elle répondit, à ce que rapporte Simon Charles, alors maître des requêtes, et depuis président de la chambre des comptes, qu'elle avait reçu du roi céleste deux mandats : faire lever le siège d'Orléans : mener le roi à Reims, pour qu'il y fut sacré et couronné. Mais avant tout elle insistait pour parler au dauphin ; c'est l'ai qu'elle voulait voir, c'est à lui qu'elle promettait de tout dire Les ecclésiastiques déclarèrent que le prince la pouvait licitement recevoir et le conseil se décida enfin à accorder l'audience tant désirée.
Le 9 ou le 10 mars 1429, Jeanne se rendit done au château pour être présentée au roi. On rapporte qu'à l'entrée de la résidence rovale elle fut interpellée par un homme d'armes à cheval, qui s'écria en la voyant :
Est-ce pas là ln Pucelle ?” puis l’insulta grossièrement en blasphémant Dieu. “Ah! sécria-t-elle, en nom Dieu, tu le renies, et tu es si près de ta mort!” La prédiction fut bientôt vérifiée ; car, une heure après l'homme tomba dans l’eau et se nova.
Jeanne fut introduite par le comte de Vendôme dans la grande salle d'audience du château de Chinon. Cette salle, située at premier étage, était longue de quatre-vingt-dix pieds et large «le cinquante. C'était le soir. Cinquante torches éclairaient de leurs flammes ondoyantes l’imposante réunion des serviteurs du roi. On y comptait près de trois cents chevaliers. Le roi, modestement vêtu, se tenait à l'écart, dissimulé par un groupe de courtisans magnifiquement habillés Mais Jeanne, que œuidaient ses voir, et dont les yeux étaient éclairés d’une divine lumiere, alla droit au prince, se présenta avec modestie et humilité, et, lui faisant les révérences qu'on a coutume de faire aux rois, comme si elle eut été nourrie à la cour, elle lui dit:“ Dieu vous donne bonne vie, gentil prince. Charles essaya de la prendre en défaut, ‘Ce n'est pas moi
qui suis le roi” dit-il :et, lui désignant un seioneur richement .costumé :