‹ Jeanne d'ArcChapitre 25 sur 77 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Le roi Charles, Bourbon, Culan, Rais, Poulengy, le vieillard.

Comme un navire agité tîotte sans cesse au milieu des tourbillons de la mer, lorsque tantôt l'onde vient battre ses flancs, tantôt ce sont les vents conjurés qui se ruent à grand bruit sur les voiles rapides, ainsi suis-je en proie moi-même à la tourmente, et sans rien résoudre qui me sauve. Le souci engendre les soucis, et mon esprit inquiet se refuse au sommeil et ignore la nuit.

52 JOANNA DARCIA.

Quisquis in patriae sinu Recepit hostem perdidit somnum simul, Simul et quietem.

O patria! ô Franci mei!

Nil praeter ergo nomen, et tantum levem Retinemus umbram r Spécimen infelix ero Tantumne sortis r Quantulum est quod jam mihi Superest in orbe! Urbs una, quas regni potest Arx esse nostri, clauditur, duplex premit Hanc hostis unam, et Anglus, atque Angio famés Gravior superbo. Dicite, ô proceres mei, Quae reliqua spes est ?

BORBOMUS.

Parva, nam extremum premit Discrimen urbem, nulla consueta dapis In urbe restât copia. In pecudum cibos Rabies edendi vergit, effossum rapit Manditque gramen populus, et virides hians Decerpit herbas, coria permulti vorant Fœdasque visu bestias. Gohibet pudor Ne plura dicam. Subtrahit puero cibos Ab ore mater^ et puer matri rapit.

Utrinque pugna est; miles hos inter famens Puero et parente surripit ferro dapem.

Hic plorat, illa déficit sensu dolens Et frendet amens.

LE VIEILLARD

Quiconque a ouvert à l'ennemi le sein de sa patrie a perdu en même temps le sommeil et le repos.

O ma patrie, ô mes Français, nous n'avons donc gardé de vous que le nom et une ombre légère? Je ne serai donc qu'un misérable exemple de la destinée ? Que peu de choses est déjà ce qui me reste dans le monde ! La seule ville qui pourrait être la citadelle de mon royaume m'est fermée, et cette ville unique, un double ennemi l'assiège, l'Anglais, et plus terrible que l'orgueilleux Anglais, la faim. Dites-moi, ô mes pairs, quel espoir nous reste.

Un bien faible, car le danger suprême assiège cette ville, et rien ne lui reste de l'approvisionnement ordinaire. La fureur de manger s'est jetée sur la nourriture même des troupeaux, le peuple arrache et mange le gazon des champs et se dispute les herbages verts. La multitude dévore les peaux des bêtes et les animaux qui répugnent au regard. La vergogne m'empêche d'en dire davantage. La mère arrache les aliments de la bouche de son enfant, l'enfant les arrache à la mère. Des deux côtés il y a combat. Le soldat affamé se jette entre eux et, le fer à la main, ravit la nourriture à l'enfant et à la mère. Celui-là pleure, celle-ci se pâme, se lamente, et perd la tête.

54 JOANNA DARCIA.

CUl.SANTUS.

Talis est intùs famés, At hostis indè verberat muros globis.

Et fulminante maquinâ horrendum tonat.

Vibrantur ignés, flamma populatur domos, Et tecta vastat turrium; noster tamen Animosus urbem miles et ferro et manu Tuetur audax.

CAROLUS

Forte nil restât morae.

Quid, Raye? quanta militum restât manus ?

RAYUS.

Tuos coegi milites, parva est manus?

Virtute sed quae plurimis praestat suâ.

Tibi cruorem consecrant omnes suum, Patriaeque vitam, spes tua est horum manus.

Utamur illis, fata si Francis favent, Hi spem reducent.

Ecce qui regem petit; Hilarem serenus inficit vultum color.

Adsit, vel ipso mutor aspectu viri.

Quô tu? quis? undè?

PULENGIUS.

Si licet, régi loquar.

Tels sont au dedans les effets de la faim. L'ennemi cependant bat les m.urs de la ville et Tépouvante du bruit de ses machines foudroyantes. Il lance le feu, la flamme dévore les maisons, ravage le toit des tours. Nos braves soldats ne perdent rien de leur audace et couvrent la cité de leur épée.

11 n'y a plus de temps à perdre. Qu'en dis-tu, Rais? Que nous reste-t-il de soldats .''

RAIS

Je les ai réunis, ils sont peu; mais par leur courage ils en valent un grand nombre. Tous vous offrent leur sang, et leur vie au pays. Tout votre espoir est en eux.

Disposons-en; si le sort nous favorise, ils nous ramèneront l'espérance.

RAIS

Voici quelqu'un qui cherche le roi, portant sur le visage les signes de la joie.

Qu'il vienne; l'aspect de l'homme me transforme déjà moi-même. Où vas-tu? qui es-tu .•' d'oiî viens-tu?

POULENGY

Je voudrais parler au roi.

JOANNA DARCIA.

Permitto, loquere.

PULENGIUS.

Magne rex, tandem tuam Mutare sortem syderum Rector cupit, Et certa magnam fata promittunt opem.

Una est puella, cujus impellit Tonans Animum manumque; haec reddere et sceptrum tibi Regnumque débet. Temnere haud sexum velis, \'irgo est tenella; temnere haud gentem velis, Obscura, pauper, hactenùsque inter grèges Mediis in agris vixit, et tantum suos Novit parentes; intérim primis latet \'irtus sub annis, et Deus pectus movens Jn hoc vocavit, ut tuo regno graves Depellat Anglos, vertici imponat tuo Diadema regni. Cernere hanc si, Rex, cupis, Aderit vocata.

CAROLUS

Rébus ut nostris opem Ferat una virgor Sceptra restituât mihi ? Depellat Anglos?

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