DEDICACE. III
Le premier, c'est qu'elle nous arrive de la Belgique et que c'est une gloire pour Jeanne d'Arc d'avoir été chantée dans un pays qui n'est pas la France. L'Angleterre, à plusieurs reprises, avait par ses poètes célébré Jeanne d'Arc , et la France avait accueilli avec joie cette réparation envers sa mémoire. Shakespeare a bien parlé de l'héroïne en ennemi, mais jusque dans l'expression de sa colère on sent je ne sais quelle admiration involontaire , et s'il a traité de sorcière la sainte fille, n'est-ce pas lui aussi qui l'appelle le Soldat de la France ?
Depuis Shakespeare , l'épopée de Robert Southey est venue donner un énergique démenti aux insultes de son devancier, et ce poëme a été , en Angleterre même, le principal titre de son auteur à ce nom de poëte lauréat dont il s'est gloritié jusqu'à sa mort. Après Southey, et il n'y a pas encore dix ans, un autre poëte, Robert Steggall , a choisi le sujet de Jeanne d'Arc, et on l'a vu assister lui-même, son livre à la main, à l'une des dernières solennités du 8 mai, ce vivant poëme qui se renouvelle à Orléans, chaque année. La popularité, qui, en Angleterre , a entouré les deux poètes est une éloquente réponse aux timides qui semblent craindre que l'Angleterre ne soit blessée de la canonisation de Jeanne d'Arc et que n'en soit ralenti le mouvement qui, depuis un quart de siècle, la ramène, quelques-uns de ses grands Lords en tête, au catholicisme.