IV DEDICACE
L'Allemagne, à son tour, a chanté la Pucelle d'Orléans ; mais, tout en tenant grand compte du génie et des bonnes intentions de Schiller, Thommage qu'il a voulu rendre à notre héroïne ne nous semble pas de ceux dont Fàme de Jeanne d'Arc aura pu se réjouir dans le ciel. Si on avait encore besoin de montrer l'abîme qui sépare le génie de la France de celui de l'Allemagne, rien n'en ferait mieux mesurer la profondeur que ce drame de Schiller, où l'on voit la vierge de Domremy s'éprenant d'un Anglais. Jamais un Allemand n'imaginera qu'une jeune fille, s'appelât-elle Jeanne d'Arc et fût-elle suscitée de Dieu et envoyée par lui sur les champs de bataille, n'ait pas laissé un fiancé au village. Schiller a donc cédé sans scrupule aux instincts de sa race et aux habitudes de son pays. Soyons justes cependant envers l'Allemagne, surtout envers l'Allemagne, et reconnaissons que Schiller, dans plusieurs scènes, a donné un beau rôle à Jeanne d'Arc et qu'il lui prête le plus souvent un langage digne d'elle.
L'Espagne aussi, mais par des œuvres secondaires, a salué Jeanne d'Arc , et tout à l'heure on me parlait d'une tragédie russe sur la Pucelle d'Orléans , signée d'un nom honoré à Saint-Pétersbourg , celui de Jokonski.
Mais j'ai hâte d'en venir à la Belgique et au professeur de Louvain qui a célébré notre héroïne dans la langue habituelle de ses savantes universités.