DEDICACE. V
Ce n'était pas la première fois que Jeanne parlait latin. Déjà, en 1612, un de ses arrière-neveux par son troisième frère, un Lorrain, conseiller du duc de Lorraine, Jean Hordal , écrivait en laiin une histoire de Jeanne dWrc, devenue très-rare aujourd'hui, et c'est là, il le dit lui-même en termes exprès, que s'est renseigné notre docteur de Louvain.
Bien avant Hordal et quatre ans seulement après la mort de Jeanne, en i335, un poète italien, secrétaire de ce duc Charles d'Orléans qu'elle se disait chargée aussi de ramener de sa captivité d'Angleterre, après la délivrance d'Orléans et le sacre de Charles VII, Antoine Astesan, dans une épître en beaux hexamètres adressée à son maître, racontait, avec rémotion d'un contemporain, la légende déjà commencée de Jeanne d'Arc.
Plus tard, en 1601, un théologien de la Faculté de Paris, Valeran Varanus, né à Abbeville, écrivait, sur la vie et les hauts faits de la Pucel'e, un poème latin en quatre chants qui, en faisant la part du travestissement imposé par la langue même dont se servait l'auteur, mérite assurément l'honneur que lui ont fait les historiens, de lui emprunter plus d'un épisode : ce qui étonnera moins quand on saura que ce poème avait été rédigé sur les pièces des deux procès, que Varanus avait connues par les manuscrits de l'abbaye de Saint-Victor, de l'aveu
Vî DEDICACE.
même de M, Quicherat , si sévère d'ailleurs au poëte (i).
Enfin, en 1782, paraissait à Orléans même, un poëme latin en trois parties, intitulé -.Aurélia Liberata.
Revenons maintenent au doux poëte de Louvain et permettez, Monseigneur, que j'aie l'honneur de vous dire, de sa'vie et et de ses œuvres, le peu que j'ai pu en apprendre.
Nicolas Vernulz ou de Vernultz était né le i3 avril ib83, à Rubelmont, commune de W^illier-la-Loue , dans le Luxembourg, de Pierre de Vernultz, qui commandait une compagnie de cent hommes dans l'armée de Flandre. Sa mère avait nom Marie de Merian. Le jeune Nicolas fit ses humanités à Trêves et à Cologne et sa théologie à Louvain, où il prit ses grades et oij il devait passer la plus brillante époque de sa carrière comme professeur et comme poëte. En 1619,11 était le principal du collège fondé par Jean Meylius, et en 1646 , il enseignait l'histoire au collège des trois langues, dans la chaire de Henri van de Put, auprès duquel il devait aller reposer deux ans après, épuisé de travail, dans l'église de Saint- Pierre, le 6 février 1649, ^S^ ^^ soixante-six ans.
(i) V. sur Valeran la très-intéressante étude publiée par M. Cougny, professeur distingué de l'Université. Nous croyons savoir que le savant maître prépare une traduction complète du poëme.