‹ Jeanne d'ArcChapitre 53 sur 77 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Jeanne, le roi Charles, Regnauld, Bourbon, Culan, Rais, Jean Aiirèle, le vieillard.

La brillante étoile du salut se lève donc sur votre France; vous recevez les serments des villes, et tant de fois taillé en pièces, l'ennemi redoute enfin le bras et le fer des Français; villes et citadelles l'abandonnent à la fois; vous l'emportez et la guerre vous dresse des trophées. Cet Anglais qui envahissait vos provinces si impétueusement, et qui dans sa tureur, ignorant du sort qui l'attendait, portait partout le ravage de ses armées, condamne à présent la guerre, et se tourmente de ses propres terreurs. Si la volonté certaine du ciel vous touche, ce qu'il reste à faire, c'est que l'archevêque vous sacre roi dans Reims, et mette sur votre tête cette couronne, qui accroîtra d'une part la terreur des Anglais, de l'autre l'espoir des Français. Préparez-vous sans hésiter à ce voyage; le Maître des cieux qui vous a protégé jusqu'ici vous protégera encore.

CHARLES

Tu m'excites, ô vierge, à poursuivre de nouveaux honneurs; mais ces dangers dont la route est semée épouvantent mon courage; l'Anglais tient encore sous le joug cette partie de ma France, l'ennemi me ferme le chemin.

l58 JOANNA DARCIA.

Viam parabo milite, et ferro, et manu,

Ne metue quicquam, exempla majorum sequi

Regnique morem te decet.

Si tas, volo; Consulite, proceres.

REGINALDUS

Subditi jam te suum Regem fatentur, Franciae te lex facit, Rex natus ipse es, in tui patris locum Te jura regni more majorum vocant.

BORBONIUS.

Reges inungi mos licet patrum velit.

Non est necesse; subditi te omnes patris Jam lege certà filium hasredem sciunt, Non te aut corona aut unctio regem facit, Natura fecit.

CULSANTUS.

Petere si Remos placet, Aperire ferro, magne rex, debes viam.

Tenet Anglus isthic cuncta, nec Rémi patent. Urbs paret Anglis, quodquod est circa solum Hostile totum est; jure si regnum est tuum, Hoc jure régna.

JEANNE d'arc. I 69

Le fer de vos soldats et mon bras vous l'ouvriront; ne craignez rien; il convient que vous suiviez rexemple de vos ancêtres et la coutume du royaume.

Si c'est possible, j'y consens. Conseillez-moi, mes seigneurs.

RÉGNAULT

Vos sujets vous proclament leur roi, la loi française vous déclare tel; vous êtes roi par la naissance; le droit du royaume vous appelle à remplacer votre père, suivant la coutume des ancêtres.

La coutume des ancêtres veut que les rois soient sacrés, mais il n'est pas nécessaire. Tous vos sujets savent que par une loi certaine vous êtes le fils et l'héritier de votre père; ce n'est ni la couronne, ni le sacre qui font de vous le roi, c'est la nature.

Si vous voulez gagner Reims, c'est par le fer, grand roi, qu'il faut vous en ouvrir le chemin. L'Anglais est partout le maître de ce côté, et Reims vous est fermé. La ville obéit à l'Anglais, et à l'entour tout vous est hostile; si le royaume vous appartient de droit, c'est par ce droit qu'il faut régner.

l60 JOANNA DARCIA.

RAYUS. J

Magne rex, aude tamen, *

Si spem, puella, jam tibi certain facit. Invicta pugnat, quidquid aggreditur, capit, Ubique victrix Spiritu solos obvios Repellit hostes.

AURELIL'S.

Perge majores tuos Imitare reges, Franciae sacros facit Sola ista reges unctio; periculum Virtus repellet. Liberam si Aureliam Puella fecit, haec tibi vincet Remos, Et pandet urbem.

Magna spes in te est mihi, O virgo, rébus consulis multùm meis.

Expose mentem rursùs.

JOANNA

Hoc Cœlum jubet, Remensis ut te praesul in regem sacret, Regemque inungat. Lege sis quanquam tui Haeres parentis, jusque nascendi tibi Diadema tradat, attamen quoniam sibi Jus istud Anglus asserit, sacro est opus Ut unctus oleo more majorum regas.

Populos fidèles unctio haec reddet tuos. Periculorum quidquid est, tollet Tonans, Gonfide tantùm

JEANNE D ARC. l6l

Osez toujours, grand roi, puisque la Pucelle vous donne une espérance assurée. Invincible dans le combat, tout ce qu'elle attaque, elle le prend. Partout victorieuse, son souffle suffit pour repousser l'ennemi.

Poursuivez et imitez les rois vos ancêtres. II n'y a que l'onction sainte qui rende les rois de France sacrés : le courage écartera le danger. Si la Pucelle a délivré Orléans, elle saura bien prendre Reims et vous en ouvrir les portes.

J'espère grandement en toi, ô vierge. Tu veilles sur tous mes intérêts. Expose de nouveau ta pensée.

Ce que le Ciel ordonne, c'est que l'archevêque de Reims vous sacre roi. Quoique vous soyez par la loi l'héritier de votre père et que le droit de la naissance vous assure son diadème, cependant l'Anglais ayant revendiqué ce droit, il est nécessaire que, oint de l'huile sainte, vous régniez suivant la coutume de vos pères. Le sacre assurera la fidélité de vos peuples. Quels que soient les dangers, Dieu les écartera, ayez confiance seulement.

102 JOANXA DARCIA.

REGINALDUS

Sequere decretum Poli, Remos puella pandat.

BORBONIUS.

Hoc visum est quoque, Si jubeat yEther, quà licet, Remos pete.

CULSANTUS.

Parère certum est; hactenus juvit Tonans, Et nunc juvabit.

Mitte qui pandant viam; Cornes puellae, copias ducam tuas,

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