‹ Jeanne d'ArcChapitre 66 sur 77 · SCENE II Siiffolk, Talbot, soldats anglais, le vieillard · texte numérisé non relu

SCENE II Siiffolk, Talbot, soldats anglais, le vieillard

La fortune, il est vrai, vient toujours en aide à l'audace; elle repousse les âmes timides; celui qui a peur peut être vaincu; mais le bras qui ne craint rien force le sort lui-même. Une ardeur sublime, un cœur intrépide, un bras audacieux triomphent de tout; quelque contraire que soit la fortune, le courage garde son éclat et sa puissance s'élève impétueusement au-dessus d'elle. Le brave s'assure à lui-même le meilleur sort, au lâche reste le pire. Quoi donc? est-il écrit que l'Anglais fuira éternelle-

196 JOANNA DARCîA.

Quid ergo ? Francis Anglus ut semper fugax Ubique cedat? rediit in pectus vigor, Lacessit ipsam jam sibi fidens manus Ad arma fortem. Dexteram hanc ista effera Noscet puella, premere quae heroas solet, Fortuna noscet. Anglus hic statuer suae Laudis troDhaeum.

TALBOTUS.

Jam tuum pectus placet, Et ista mentis alta vis; praeludium Feliciîatis est vigor, cùm se suo AttoIIit ausu. Sunt suœ sorti vices; Prosternit, eademque erigit. Fateor libens, Puella nuper inter armorum globos Me cepit audax, Carolo stetit suo, Vis ista fortunée fuit, sortem hanc tuli; Nunc liber iterùm vindicem ostendam manum; Adjecit animum carcer, et casu novus Vigor estab isto; qui fuit captus semel, Ubique promptus ense vindictam petit.

SUFFORTIUS.

Habes quod optes, claudimus Compendium, Valloque cinctum jam gémit. Si quid potes, Scintilla si quae pectus in laudes rapit, Fœcunda rerum hic messis est, miles tuos Sequatur ausus, involet, muros premat, Invadat urbem.

ment devant les Français ? Fancienne vigueur est ren-trée dans mon âme. Mon bras reprenant confiance provoque la fortune elle-même au combat. Cette Pucelle que rien n'arrête connaîtra le poids de ce bras; cette fortune qui accable les héros le connaîtra aussi. L'Anglais dressera ici le trophée de sa gloire.

TALBOT

J'aime ce cœur intrépide et cette noble ardeur de ton âme ; cette vigueur est le prélude du succès, quand elle se laisse emporter à son audace. La fortune a ses retours; elle renverse et elle relève. Je l'avouerai sans peine, naguère la Pucelle m'a fait hardiment prisonnier, au milieu des armes et des boulets et m'a amené devant son roi ; c'était un coup de la fortue et je l'ai supporté. Redevenu libre, je montrerai de nouveau mon bras vengeur; la captivité a doublé mon courage, et j'ai puisé dans ma défaite une vigueur nouvelle; qui a été une fois prisonnier cherche partout Toccasion de se venger par répée.

Tu es servi à souhait, nous tenons Compiègne assiégée et de partout entourée, elle gémit sous le fer. Si tu te sens quelque énergie au cœur, si quelque étincelle te sollicite à la gloire, nous avons-là une moisson féconde; que tes soldats s'associent à tes efforts, qu'ils volent sur ta trace, et assaillant ces remparts, envahissent la ville.

198 JOANNA DARCIA.

TALBOTUS.

Miles, hic crescit tibi Seges laboris, demetes laudis decus.

Comtemnit Angluni Francus, hanc urbem cape, Timebit Anglum. Sorte si versa tumet, Inverte sortem rursùs, et dextrâ occupa Pretium laboris. Mœnia haec torvus vide, Oculisque mensus scande, fac ferro viam. Quicumque clausus latitat, et murum objicit, Inter timorés vivit, et tantùm moras Moriendo quaerit. Ferre suppetias potest Huic nullus urbi; per méum, vel si potest, Ibit cadaver. Ultio in nostrâ est manu. Si robur adsit.

Robur et virtus adest, Duc nos, sequemur, scandere in mures licet. Et petere jugulum civium ferrum cupit.

Mors nulla terret, ignium vel vi viam Vel ense dabimus. Non dabit murus moras; Gradus est per aîta mœnia, et scala est sibi Iratus ardor impetu surgens suo, Quis iste strepitus?

SUFFORTIUS.

Miles, ha! miles, quid est:

Soldats, ici croît pour vous une moisson de lauriers, un trésor d'honneur et de gloire. Le Français méprise l'Anglais, prenez cette ville, et le Français craindra l'Anglais. S'il est fier de ce que le sort a changé, changez le sort à votre tour, et ravissez, l'épée à la main, le prix de vos travaux. Jetez sur ces remparts un regard menaçant, et quand vous les aurez mesurés des yeux, assaillez-les et que le fer vous ouvre un chemin. Tout homme qui se cache derrière une muraille, et l'oppose à l'ennemi, vit dans la terreur, et ne cherche qu'à gagner du temps en mourant. Nul ne peut secourir cette ville ; on passera plutôt sur mon corps, s'il le faut. La vengeance est dans notre main, si la force ne nous manque pas.

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