‹ Jeanne D'Arc poëmeChapitre 4 sur 29 · JEANNE 1)’À KG · texte numérisé non relu

JEANNE 1)’À KG

Adieu!., dans l’amertume où mon âme succombe, Daigne bientôt le ciel me donner une tombe ! »

11 dit, et disparolt dans des sentiers perdus.

Et Domrémy jamais ne le verra plus !

Jeanne encore troublée arrive à sa demeure, Disant : « Le ciel reçoit ce que la terre pleure. »

Elle a vu, dans l’éclat d’une robe de lin.

Un Ange protecteur planer sur Estellin Et tracer dans les bois sa route solitaire.

Peut-être un jour le temps percera ce mystère

De son départ déjà le bruit s’est répandu,

Car des pâtres voisins avoient tout entendu.

Un émoi solennel agite la contrée

Jusqu’à l’humble chaumière où la vierge est rentrée.

« Estellin est parti pour ne plus revenir,

Hélas ! et dans les pleurs la fête va finir.

Tout étoit préparé près de l’arbre des fées,

L’estrade, le laurier, les drapeaux, les trophées.

Et tous les instrumens des champêtres concerts.

On n’entend plus partout que des soupirs amers ! Bergers et pastoureaux , d’abord joyeuses bandes. L’œil triste maintenant, laissent là les guirlandes.

Les couronnes, les jeux, et le chant triomphal.

Alors de tous les cœurs un élan général Près du bercail de Jeanne et des bords de la Meuse Rassemble en flots pressés la foule curieuse.

Et la Sainte en prière écoute encor les voix Qui tantôt lui parloient à l’angle du grand bois.

Catherine l’instruit, Marguerite l'inspire ;

Et ce que l’Ange a dit elle va le redire A l’oreille du peuple, au nom de l’Éternel,

Sous l’orme, vieil abri du chaume paternel.

« Vous pleurez ! et quel cœur ne pleure point en France? Mais Dieu prend en pitié cette longue souffrance. L’orphelin qui s’en va bien loin de Domrémy Partout retrouvera ce Dieu üdèle ami.

Et moi, je m’en irai par l’Archange conduite,

Par sainte Catherine et sainte Marguerite,

Au secours d’Orléans ; et chassant devant moi L’Anglais, je vais à Rheims faire sacrer le roi.

Oh ! oui, cette parole a droit de vous surprendre,

Car, hélas! comme vous je suis poussière et cendre.

Mais vous croyez au Dieu de Joseph, humble enfant Qui fut de sa prison retiré triomphant ;

Et de David berger on vous a dit l’histoire;

Et vous savez aussi Geneviève et sa gloire...

« Eh bien ! si le Seigneur daigne encore plus bas Chercher un instrument pour son tout-puissant bras, Quels mortels oseront poser une barrière Où sa droite devra retourner en arrière?

Le ciel m’en est témoin : Je n’ai menti jamais,

Et vous me dispensez du serment que j’en fais.

Souvent donc à mes yeux, aux yeux mômes de Jeanne Dans les champs, à l’église, et sous l’humble cabane Les Anges et les Saints apparoissent : J’y crois,

Car je les vois venir tout comme je vous vois;

Ils me parlent; j’entends leur voix mélodieuse...

Ah ! si c'étoit là tout, que je serois heureuse !

Mais vous avez compris le labeur imposé A cette Jeanne d’Arc qui n’eût jamais osé,

Du soia de ses brebis simplement occupée.

Tenir entre ses doigts la lance ni l’épée.

Et puis, il faut quitter, — seroit-ce pour toujours? — Ces lieux où j’ai passé les plus beaux de mes jours.

Et ces rians valions, et ces douces montagnes.

Et ces tendres parens et ces obères compagnes!

Vous tous qui m’écoutez, ayez pitié de moi,

Et ne m’accusez point dans l’œuvre de la foi !..

« C’est demain, c’est demain la fête de l’Archange. Qu’autour de ses autels tout le peuple se range.

Il verra reparoltre, au nom de Micaël,

Les prodiges fameux qui sauvoient Israël;

Et la France à venir en contemplera d’autres Quand elle aura des tems presque pareils aux nôtres. Au môme anniversaire, un enfant Dieudonné,

Daas les bras de l’Archange orphelin couronné,

Et grandissant toujours sous sa puissante égide,

A ses pieds brisera l’œuvre du parricide. »

Après qu’elle a parlé, mille cris dans les airs S’élèvent doucement, comme ces blancs éclairs Où la flamme n’est plus la foudre des tempêtes.

Mais où la voix de Dieu roule encor sur nos têtes.

Dans tous les cœurs émus, dans tous les cœurs surpris. L’oracle a pénétré; le prodige est compris.

Jeanne eôt-elle parlé cette langue nouvelle,

Si le souffle d’en haut n’étoit pas avec elle?

Oui, Jeanne est inspirée ! Oui, tout s’explique enfin.

Et nul n'est plus troublé de l’adieu d’Estellin.

Un doux espoir renaît parmi ses frères d’armes,

Et le recueillement succède à leurs alarmes.

Il étoit orphelin, il étoit si oieux !

Quelque chemin qu’il prenne, il doit trouver les deux!

Pour le jour qui va suivre, un grand concours s’apprête, Du vainqueur de Satan voici l’heureuse fête.

Chez les peuples chrétiens, le nom de Micaël Mêlant sa prophétie à l’encens de l’autel,

Nous dit encore : « A Dieu qui peut être semblable? <>

C’est le mot d’ordre écrit au ciel contre le Diable,

Toujours retentissant jusqu’au fond de l’enfer,

Dans un écho terrible autour de Lucifer.

Avec toutes les voix des célestes milices.

Il chante incessamment le grand jour des justices;

Et depuis que leur chef dans l’éclat de ce nom A terrassé l’orgueil de l’immense dragon,

Rien de saint, rien de haut ne se fait sans l’Archange.

Que le ciel se dilate ou que le ciel se venge,

A la terre aussitôt il a soin d’envoyer

Micaël comme un glaive ou comme un bouclier;

Et quand elle entendra de son ère finie La trompette fatale annoncer l’agonie,

C’est lui qui reviendra, dernier ambassadeur,

De la croix dans les airs précéder la splendeur.

Jamais, Dieu l’a promis à l’Église immortelle,

Les portes de l’enfer ne prévaudront contre elle.

Le Patron de la France y règne encor partout,

Et sur de grands débris la foi reste debout;

Aux cœurs reconnoissans, dans tous les sanctuaires.

Elle fait respirer ses parfums salutaires ;

Elle en offre l’hommage au messager des cieux.

Écoutons, écoutons ses aecens glorieux :

« Dieu seul ! quel autre Dieu ? Dieu seul ! ce cri sublime

S’éleva jusqu’à l’éternel ;

Il jeta Lucifer dans le puits de l’abîme,

Sur son coupable front il foudroya le crime Et fit le nom de Micaël.

« Inépuisable chant des concerts angéliques.

Il se répand dans l’univers,

Il allume l’ardeur de nos sacrés cantiques,

Et comme un vaste écho des célestes portiques Il épouvante les enfers.

« Sur Israël toujours, toujours l’Archange veille ; Inséparable conducteur,

Se montrant à ses yeux, parlant à son oreille,

Et l’amenant ainsi, de merveille en merveille,

A l’étoile du Rédempteur.

« Au Calvaire où le Christ accepte l’anathême,

Ce cri d'amour devient plus fort :

Dieu seul ! quel autre Dieu ? non plus dans le ciel même. Mais dans l’abaissement de la grandeur suprême. Jusqu’à la croix, jusqu’à la mort?

« Le glaive de l’Archange à l’instant se repose; Soixante lustres vont courir...

Au sang de l’Homme-Dieu son Église est éclose;

Un peuple de martyrs doit seul venger sa cause...

Elle est vengée! il sait mourir!

« Micaël reparoît; Micaël fend la nue;

Le Labarum luit dans les airs;

La terre a tressailli d’une ivresse inconnue;

Et vers un âge d’or se croyant revenue,

Elle aspire aux divins concerts.

« Non, non ! terre d’exil, non ! ce n’est pas ton heure ! En attendant le grand réveil,

Longtems, longteras encore ilfuot que l’homme pleure; Et nul oeil' n’entrevoit l’éternelle demeure Avant l’éclat du vrai soleil.

«Mais la mère d’un Dieu daigne être aussi ta mère, O France! comment l’oublier?..

Laisse donc du torrent s’écouler l’onde amère..,

Marie et Micaël contre un règne éphémère.

Quel rempart et quel bouclier 1

« Un jour doit arriver, plus prompt que la tempête. Plus menaçant, plus imprévu,

Où les Vertus des deux, et l’Archange à leur tête, Apparoîtront : Un jour, un jour, dit le prophète,

Dont le pareil ne s’est point vu !

« Alors, de leur sommeil et du sein de la terre,

Un souffle éveillera les corps ;

Alors s'expliquera l’universel mystère;

Alors comparoïtront devant le Juge austère Tous les vivans et tous les morts.

« Le froment et l’ivraie étant passés au crible,

Le ciel recevra les élus

Tous portant dans leurs mains la palme incorruptible; Et l’enfer reprendra, marqués du sceau terrible,

Les maudits qu'il ne rendra plus.

« Futur exécuteur de cet arrêt suprême.

Nos cœurs tombent à vos genoux...

Ahl pour nous élever jusqu’au sein de Dieu même, Séparez-nous toujours des hommes de blasphème, Saint Archange veillez sur nous ! »

A cette voix des fils de la Fiance chrétienne L’angélique bergère avoit mêlé la sienne;

Mais contre elle déjà la rage des démons,

Dans l’ombre, aux cœurs pervers dictoitd’autresleçons.

Sur la Loire, un esquif élargissant ses ailes A la faveur des vents, voguoit vers les Tournelles.

De France et de Bavière il porte les couleurs A ses mâts pavoisés de flammes et de fleurs;

Et le son des concerts du royal équipage Court d'échos en échos sur le double rivage.

Le peuple des deux camps d’abord reste interdit ; Puis l’Étranger murmure, et le Français maudit.

Mais l’enceinte du fort, où Glacidas l’ordonne,

Des saluts de l’airain joyeusement résonne.

Au devant de la nef lui-même au bord de l’eau Il s’avance à grands pas et reçoit Isabeau!

Nom fatal qui dénonce une âme possédée De tous les souvenirs de l’impur Asmodée,

Et dont le bruit vengeur sur ce coupable front Jette d’un deuil public l’ineffaçable affront.

Avec une autre ardeur, mais digne de la sienne ,

A sa suite, voici Kroudna, la magicienne.

Sous les yeux de la reine et du guerrier saxon ,

Elle va de son art dérouler la leçon,

Cette nuit, sur les tours de la vieille bastille.

De mille et mille feux bientôt tout le ciel brille.

La fille de Bohême, aux constellations,

Dès le début, emprunte et des prédictions Et de secrets conseils. Haletante, éperdue,

Au démon qui l'obsède elle est comme vendue.

Telle à Cumes, jadis, le sein nu, l’œil hagard,

La sybille, jetant sa parole au hasard,

A la voix de l’enfer en livroit l’imposture ;

Et tous les dieux menteurs y trouvoient leur pâture.

Kroudna cherche d’abord dans ses longs pronostics Le germe des destins et des labeurs publics.

Puis, comme en descendant du trépied jusqu’à terre, A la reine elle parle avec plus de mystère,

Et dans sa confidence, au recoin de la tour,

A l’oreille, tout bas, lui vante un long retour De la passion vive et de la jeune ivresse .

Et l’impudeur sourit à la devineresse.

Cet augure a suffi; qu’est-il besoin de plus?

C’est la foi de la chair dans les cœurs corrompus.

A Glacidas il faut une autre prophétie.

« Noble guerrier, tu veux, et je t’en remercie, Associer ton nom à ce jour glorieux Qui doit faire mentir un oracle odieux.

Aux signes que je vois des plaines éternelles S’unir en rayonnant sur le front des Tournelles,

Le sort sera propice à cette ambition Digne de couronner les efforts d’Albion. »

Le chef anglais accepte aussitôt cet oracle.

C’est la foi de l’orgueil qui consent au miracle Dès qu’il est satisfait. — Kroudna voudroit enfin Pénétrer plus avant dans l’œuvre du destin.

Mais la voilà qui tremble ! elle pleure, elle hésite :

« De ce premier espoir je n’ai pas vu la suite, Disoit-elle; — je crains!., ne laissez pas venir Cette vierge!., il faudroit au loin la retenir,

Démons!., arrêtez-la longtems, longtems encore ! »

La magicienne oublie, ou plutôt elle ignore Combien est impuissant le prestige du mal Sur une âme fidèle au culte virginal.

Et Glacidas reprend : « O Kroudna ! qu’est-ce à dire ? Tu te trouilles! mais nous, au cours de ton délire Volontiers nous prenons tout ce qu’il A d’heureux Et nous livrons le reste à la gloire des preux.

Que seroit la valeur, que seroit le courage,

Si l’éclat du succès venoit d’un sûr présage?

Mieux vaudront les hasards : il les faut à mon bras; Plus est grand le péril, plus fort est Glacidas.

Et quant à cette ûlle à qui déjà tes larmes Craignent de voir passer le bonheur de nos armes. Femme! rassure- toi. Je serois curieux,

Moi, du ressouvenir d’une guerre des dieux.

Au siège d’Orléans, comme au siège de Troie, L’épopée aux mortels ne seroit pas sans joie Et sans honneur, peut-être! — Ah! s’écrie Isabeau, J’ai toujours redouté l’oracle du hameau;

Même au rire moqueur dont un héros l’accueille.

Je sens la vie en moi trembler comme la feuille!..

Et vous n’ignorez pas comment la trahison A ma face a jeté cette comparaison :

« Une femme perdra le royaume de France... »

Et le reste ! — Eh bien donc! leur fatale espérance.

Si le souffle d’en haut ou quelqu’autre vertu L’amène jusqu’ici, mon règne est abattu !..

La lutte est sérieuse!.. Isabeau vous en prie,

Jusques au dénouement, trêve à la moquerie ! Agissons! c’est le mieux. Glacidas, pour ta part.

Ton courage saura garder ce boulevart.

CIIANT DIXIÈME. 189

Et quand ma voix plus haut ira se faire entendre, Ton espérance aussi plus loin devra s’étendre.

« Kroudna sera fidèle à l’inspiration !

Qu’ici comme partout, toujours en action,

Avec tous les esprits évoqués à son aide,

Contre la foi du peuple elle trouve un remède.

Que surtout elle sache arrêter loin de nous Cette fille de rien dont il semble jaloux,

Car il aime, il adore une idole embellie Des rêves de son cœur, tant folle est sa folie !

Oh! non, je vous conjure, oh! non, ne jouons pas Avec des bruits d’oracle ! » — Aussitôt Glacidas De sa vaine épopée oubliant l’insolence.

Pour la première fois se condamne au silence.

Kroudna reste pensive, et son œil soucieux Vers minuit cherche encore à lire dans les cieux.

L’air est calme ; et pourtant contre la citadelle, Avec tout le fracas d’une fureur nouvelle,

On entendoit monter et retentir les flots,

lit sur la tour des cris, des pleurs et des sanglots.

Comme Isabeau, l’Anglais s’émeut. La magicienne, Après un long soupir, jette ces mots : « Qu’il vienne !» Et soudain à leurs yeux se déroule, ô stupeur !

Dans un linceul de sang le front de Jean-sans-Peur... « C’en est trop! » s’écrioit la reine épouvantée...

Aux bras de Glacidas elle s'étoit jetée,

Cherchant quelque refuge à des remords vieillis Mais qui se réveillant brisoient tous leurs replis.

Déjà la vision par Kroudna conjurée Étoit dans le sépulcre en silence rentrée.

Déjà, du firmament les glorieux éclairs A voient plongé leur glaive au fond des coeurs pervers.

Isabeau quitte alors ce monde des étoiles Et d’un reste de nuit ne veut plus que les voiles.

Les Tournelles dans l’ombre et sous leurs vieux débris Diront-elles jamais ce qu’elles ont appris De cette Jézabel, de cette âme en ruines?

Elle a peur au seul bruit des paroles divines!

Et les vœux d’une vierge inquiètent de loin Une reine !.. Oh I pourquoi l’Ange, secret témoin Des angoisses du crime et de ses épouvantes,

N’y surprend-il enfin des larmes consolantes?..

Le jour luit. Isabeau, plus sombre encor qu’hier, Kroudna plus redoutable, etGlacidas plus fier,

Dans un nouveau conseil délibèrent ensemble.

Et d’abord le guerrier :« Je n’admets pas qu’on tremble. Engagé dans la voie où l'on a prévu tout,

Sans hésiter il faut la suivre jusqu’au bout;

Et malheur à celui qui retourne la face.

Quand déjà sous ses pieds il a vu fuir l’espace!..

« Tu nous a révélé de terribles secrets.

Reine !.. A servir tes vœux nous serons toujours prêts ; Mais pour finir la tâche une fois commencée,

Dès l’abord, abjurons toute arrière-pensée;

Et pour y réussir plus à l’aise et plus tôt.

Sur le bien et le mal disons un dernier mot.

« Kroudna, je te l’avoue, ô fatidique femme !

Ton art a pour longtèms illuminé mon âme ;

Sa puissance m’entraîne à la foi des esprits:

Et c’est croire aux élus que de croire aux maudits.

CHANT DIXIÈME. m

D’un seul coup, ciel, enfer, Anges, tout est croyable; Point dediable sans Dieu ! ni point de Dieu sansdiable! Cela dit : sommes-nous libres de faire un choix?

Que de son cœur chacun interroge la voix;

Il lui faut, ou changer, ou maintenir sa vie;

Achever, ou quitter la route au loin suivie...

— « Ah ! s'il est, dit la reine, au delà du tombeau, Ah ! s’il est un abri pour cacher Isabeau

A tous ceux dont les vœux ont épousé sa causé;

A tous ceux. .. il faut bien le dire, si je l’ose !..

— « N’achevez point! ô reine ! a répondu Kroudna, Je sais à quels serm'ens Satan vous ramena Quand vous avez cru voir dans une lutte étrange Quelque rapide éclair de je ne sais quel Ange.

Allons au fait : vous donc, vous, mère du Valois, Irez-vous reconnoître et son litre et ses droits,

Puis le conduire à Rheims au sacre qu’il espère?

— « Non ! il est trop le fils de son malheureux père! Non, non ! je ne saurois jamais m’humilier Jusqu’à l’aveu des torts qu'il ne peut oublier.

— « Mais consentirez-vous à ne plus rien prétendre Aux honneurs que Bedfort refuse de vous rendre?

— « Que dis-tu, pythonisse? ah ! malgré sa hauteur, Il aura sa leçon ce puéril tuteur !

— « J’entends. Ajoutez donc à cette confidence Un mot qui se comprend dans le demi-silence : Etes-vous femme à fuir aujourd’hui pour toujours.

Et jusqu’au moindre attrai*, vc s nouvelles amours?

— « A cette question, sij’osois la résoudre,

Je craindrois dans ces murs de voir tomber la foudre! Je ne résiste plus, Kroudna, je suis à toi!

— « Ainsi, le choix est fait, dit Glacidas; et moi,

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Ne prétendant jamais à vaincre ma nature,

Môme contre le ciel je tente l’aventure ;

Et tout d’abord je cède au magique pouvoir;

Car, ce qu’il veut de nous, nous devons le vouloir. Dès que nous subissons sa fatale influence. »

Kroudna triomphe : elle ouvre un horizon immense Autour de la bastille au génie infernal.

Là, contre Jeanne d’Arc rendez-vous général Des esprits ténébreux et des esprits immondes...

Rêve impie ! il se berce en vain au bruit des ondes, Il va fuir comme l’ombre aux rayons du matin :

La vierge croit en Dieu, la sorcière au destin.

Digitizi

Prière de la loi. — Concile céleste sur les dômes de la cathédrale d'Orléans. — Saint Louis appelé au conseil de Dieu. — Saint Vorle. — Cantique des patrons de la France. — Nouvelles tribulations de Jeanne. — Désespoir de son père. — Le mont Julian. — Premier voyage à Vaucouleurs. — Le chant des damoiseaux. — Jeanne dédaignée élève sa voix prophétique, et les démons prennent la fuite.

Dans les Alpes, un jour, pèlerin solitaire,

Je vis l’éclat des deux descendre sur la terre, S’étaler comme un temple aux mortels entr’onvert, Et marier sa gloire aux pics du Montanvert.

Il sembloit qu’à l’entour des voûtes éclatantes Les Anges et les Saints appareilloient leurs tentes, Tandis que des autels les ardens pavillons.

Du front de Jéhova recueillant les rayons,

Les laissoient rejaillir de ces parvis superbes Dans l’océan de glace en radieuses gerbes.

CHANT ONZIÈME. i'->5

D'un flot d’ambassadeurs entourait Sainte-Croix.

Et là, du haut des airs, les Patrons de la France Accouraient à l’envi hâter sa délivrance.

En un concile auguste aussitôt réunis Un martyr les harangue : écoutez ! c’est Pénis.

« Quand Lutèce versoit et mon sang sur la terre,

Et le sang de Rustique, et le sang d'Eleuthère ,

Ce ciment toujours chaud dans l’amour fraternel Avoit su l’attacher aux lois de l’Éternel.

Mais, des préceptes saints après mille ans lassée,

Sous un joug imposteur elle s’est abaissée,

Et voici qu'à ses rois elle a dit un adieu Dont l’injuste mépris rejaillit jusqu’à Dieu.

Ah 1 du moins daus ses murs il est encor des âmes Qui n’ont point encensé les idoles infâmes,

Ni l'or, ni l’impudeur, ni l’usurpation,

Et qui savent prier comme prioit Sion.

Ce cri de la prière et cette voix des larmes,

Pour vaincre les périls valent mieux que les armes. Aux pieds du Roi des rois je porte ce tribut.

Puisse, puisse la France y trouver le salut !..

Et s’il faut quelque jour au délire du crime Un pontife sacré pour nouvelle victime,

Oh ! oui, de l'olivier on verra le rameau Dans la main du pasteur mourant pour son troupeau ! » La parole du Saint dans les airs répandue De suaves parfums remplissoit l’étendue.

Puis on entend ces mots du glorieux Remi :

« Rheims est comme Lutèce en proie à l’ennemi ;

Un cortège de pleurs garde l’ampoule sainte.

Et le peuple gémit en étouffant sa plainte.

Mais un bras nous soutient qui n’est point raccourci ;

Comme au tems du Sicambre, il saura bien ici,

Au cœur d’une Clotilde exaltant la prière,

Jeter sur un abîme un fleuve de lumière. »

Remi parloit encore, et dans l’azur du ciel A côté de Germain, à côté de Marcel,

On vit de Tolbiac resplendir l’héroïne Balançant dans ses mains une palme divine.

Et plus loin, d’un nuage où s’enlaçoient des lis, Descendoit Geneviève au devant de Louis.

La Sainte lui disoit : « De Lutèce chrétienne Dès le commencement Dieu m’a fait la gardienne ; Mais souvent elle oublie, hélas! les anciens jours. Comment, sans un miracle, en renouer le cours? Prions, prions qu’enfin le bras de l’innocence De la foi courageuse atteste la puissance.

A vouloir ce qu’il veut, à faire ce qu’il fait,

Avec un peu de rien ce grand Dieu se complaît;

Et plus l'humble instrument s’émeut de sa foiblesse, Plus éclate à nos yeux la divine sagesse. »

Et le saint roi répond : « A vous, Dieu des Vertus, ’ A vous de rendre au sceptre un éclat qu’il n’a plus.

La foi des rois chrétiens est leur premier génie.

De vous seul vient leur droit]; l’iniquité le nie;’

En échange elle épand sa haine et ses poisons.

Mon Dieu! paix à la France, et guerre aux trahisons! »

Ainsi, des pavillons de la gloire éternelle Louis sur la patrie étend encor son aile,

Et, comme l’Ange, il porte à la fois dans ses yeux Et le feu des éclairs et la splendeur des deux.

Près de lui tout à coup, flottantes sur la nue.

Des banderoles d’or étalent à sa vue

Ce litre glorieux : Royaume Thès-Chrétien.

« Voici, voici le livre où nul œil que le tien Ne peut lire aujourd’hui, dit une voix auguste,

O toi, qui fus des rois le plus saint, le plus juste !

Lis donc seul ; et du sein des divines ardeurs L’éternelle équité t’ouvre ses profondeurs. »

Il se fit un silence ; et du lointain des âges Louis dans l’avenir interrogeoit les pages.

Il en embrassoit une 'et la mouilloit de pleurs Doux comme la rosée au calice des fleurs ;

Mais l’autre, il la couvroit de sa pourpre royale... Quand soudain, effleurant la haute cathédrale Et des champs de l’azur sillonnant le milieu,

Un souffle l’emporta sur un trône de feu.

Et le temple tressaille ému jusqu’à sa base,

Et tout le chœur des Saints est resté dans l’extase ; Puis il en est tiré par un cri de Bernard :

« Dieu le veut! Sainte-Croix, lève ton étendart.

Dieu le veut ! Sainte-Croix, réveille encor le monde. Que la France t’écoute, et que la foi réponde!

Oui, tous les ennemis des monarques mortels Sont aussi devenus ennemis des autels.

J’en atteste du ciel l’angélique ambassade Contre un règne coupable il veut cette croisade,

Il nous l’inspire à tous, et ce n’est pas en vain Qu’il emporte Louis dans le conseil divin.

— « Au char de l’Étranger, répondoit Irénée,

La fille de mon zèle est loin d’être enchaînée;

Et dans ces jours d’épreuve, elle reste à la fois Fidèle à sa croyance et fidèle à ses rois;

Et, dans un avenir plus glorieux encore,

Lyon sera semblable aux martyrs qu’elle honore. »

Il a dit, et les noms de Just et de Photin Retentissent chantés dans un écho lointain.

Mille autres bienheureux, chers à la France entière, Versent sur Orléans les vœux de leur prière :

Mais parmi tant de Saints et parmi tant d’élus,

Elle a des protecteurs qu’elle ne connoît plus.

J’en sais un dont, hélas I l’auréole sacrée Des peuples oublieux reste presque ignorée !

Pourtant, jadis les rois déposant leur bandeau Alloient consulter Vorle au fond de son hameau.

Et Gontran, amoureux d’un autre diadème,

En écoutant le Saint devenoit saint lui-même,

Et la mort s’enfuyoit à la voix de celui Dont le nom va sembler étranger aujourd’hui.

Ah t si le ciel permet à l'ardeur d’un fidèle*

En lui parlant de vous, de parler aussi d’elle,

O Vorle! exaucez-moi. Saint Patron du saint lieu Où la première fois mon âme a reçu Dieu,

Vous savez de quels flots de la source de vie Elle fut enivrée, et dans quel ciel ravie :

Vous de mon jeune cœur paternel confident,

Donnez à sa tiédeur un foyer plus ardent, Rapportez-lui la flamme et la pure lumière Qui des sentiers du monde ignoroient la poussière ; Rendez mes jours vieillis tous pareils à ce jour Où l’éternité seule embrasoit mon amour ;

Et je pourrai chanter dans de saintes ivresses Le merveilleux secret des divines sagesses,

Et les Anges voudront alors plus confians Révéler à mes yeux tout le ciel d’Orléans,

CHANT QNZLÈME. 499

Ce ciel où je vous vois des soupirs de la France Au souffle des élus rallumer l’espéraoce. t

Les voici plus nombreux; et tous à mes regards De la cité fidèle embrassant les remparts.

Ils sont dans la patrie une seule famille.

Au milieu d'eux il vient, au milieu d'eux il brille, Des thaumaturges saints cet illustre héritier,

Martin, l’Ange de Tours, l’Ange de Marmoutier.

Il est le Roi patron de la chrétienne Gaule;

La moitié d’un manteau flotte sur son épaule, Manteau vraiment royal, coupé par le milieu Pour en couvrir un pauvre : et ce pauvre étoit Dieu !

Précédé de Gatien et suivi de Grégoire, .

Il arrive, il bénit les peuples de la Loire;

Et l’essor de la foi s’est agrandi partout,

Et la France a crié de l’un à l’autre bout.;

Le vrai Dieu, c’est le Christ! et le vrai roi, c’est Charles! Hilaire de Poitiers, comme Césaire d’Arles,

Les Éloi des cités, les Bruno du désert.

De mille et mille voix ne font qu’un seul concert. Comment les nommer tous dans la gloire infinie? Comment voir tous les choeurs de la grande harmonie? Mieux vaut-il les entendre; et dans cet océan Nous distinguons encore et d’Euverte, et d’Aignan, Pontifes vénérés de l’antique Aurélie,

Le feu qui les embrase et le nœud qui les lie.

L’air s’émeut. Sainte-Croix, au chant des immortels, Sent palpiter aussi le marbre des autels.

« A Jéhova, Dieu des batailles, ... •

Amour, salut, louange, honneur !

tOO JEANNE D’ARC

L’espoir n'est point dans les murailles,

Il est dans le nom du Seigneur.

« Dieu tout-puissant! sauve la France.

Dieu tout-puissant ! elle est à loi;

Elle gémit dans la souffrance,

Elle gémit pour elle et gémit pour son roi.

Daigne encor la bénir de ta maip paternelle.

Tous, nous la chérissons, tous, nous veillons sur elle. Rends-lui, rends-lüi ta force et couronne sa foi.

« A Jéhova, Dieu des batailles,

Amour, salut, louange, honneur!

L’espoir n’est point dans les murailles,

11 est dans le nom du Seigneur.

« Tu peux faire de nos paroles Mille glaives victorieux.

Aux rayons de nos auréoles, •

Tu peux de l’Étrànger épouvanter les yeux ;

Tu peux briser sa lance au gré de la prière...

Que le superbe front tombe dans la poussière,

Que l’œil de l'humble cœur s’élève jusqu’aux cieux.

« A Jéhova, Dieu des batailles.

Amour, salut, louange, honneur 1 L’espoir n’est point dans les murailles,

Il est dans le nom du Seigneur.

a Et par d’ineffables mélanges

Ta Providence daigne unir

Aux vœux des Saints les vœux des Anges,

Pour toucher les mortels, les aimer, les bénir.

A ta miséricorde il est bien doux d’absoudre !

CHANT ONZIÈME. aol

Mais le cri des enfers appelle'aussi ta foudre;

Et le front des méchans devra s’en souvenir.

« A Jéhova, Dieu des batailles.

Amour, salut, louange, honneur !

L’espoir n’est point dans les murailles,

Il est dans le nom du Seigneur. »

Soudain, le ciel se rouvre : à la terre .il révèle Un rayon échappé de la gloire éternelle.

Et dans le vaste éclair Louis resplendissant Rapporte cet oracle au nom du Tout-Puissant :

« Avaut que la saison nouvelle Étale à tous les yeux sa couronne de fleurs ,

Conduite par l’Archange une humble pastourelle ,

De la France fidèle,

Aura sauvé la gloire et consolé les pleurs. »

Quand du roi bienheureux la prophétique annonce Au concile des Saints eut donné sa réponse,

Une splendeur plus grande et plus vive à leurs yeux Inonde tout à coup la majesté des deux ;

Et de là' s’étendant aux marches de Lorraine,

Elle embrasse les monts, elle embrasse la plaine,

Et s’arrête voilée au penchant des coteaux Où Jeanne encor bergère amène ses agneaux.

Les Saints ont suivi l’astre et pénétré le voile.

Telle de l’Orient la radieuse étoile Sur Bethléem enfin arrêtant son flambeau,

Aux rois Mages du Christ révéloit le berceau.

Il est encore ici le Jésus des chaumières,

JEANNE D’ARC, li vit dans le coeur pur, il vit dans les prières.

Il vit dans la ferveur de cette Jeanne d’Arc A qui le Tout-Puissant va confier son arc.

Aussi l’éclat du ciel descendu sur la terre.

Pour son œil virginal n’étoit plus un mystère;

Et souvent elle y voit au front de Micaël Resplendir le reflet du soleil éternel.

Elle entend Catherine, elle entend Marguerite, Fidèles au retour de l’auguste visite.

Chaque jour, chaque nuit, maintes et maintes fois. Elle apprend l’avenir en écoutant leurs voix.

Mais, hélas! dès le soir de ces pieuses fêtes Où Jeanne avoit parlé la langue des prophètes.

Des vieillards dont la foi l’encourageoit d'abord. Osent la dire en proie au mensonge d'un sort.

Et son père lui-même aujourd’hui se lamente.

Il croit qu’un maléfice en secret la tourmente.

11 frémit au soupçon de quelque esprit malin,

Et tremble au souvenir de son pauvre EsteUi® ;

Car nul n’a découvert la retraite ignorée De l’orphelin si cher à toute la contrée.

Combien le patriarche en a versé de pleurs !

Et ses trois fils n’ont pu consoler ses douleurs.

U perd l’un des soutiens de sa longue vieillesse. Car il voyoit en lui l’œuvre de sa tendresse. L’orphelin, doux présent légué par l’amitié!..

Et de tant de regrets Jeanne a-t-elle pitié?

« Est-ce un cœur filial, ou bien un cœur impie?

(Se disoit-il tout bas) il faut que je l'épie,

Il faut que je l’écoute au milieu des esprits Leur débitant les vœu* dont son cœur est épris. Peut-être cette fois, peut-être apercevrai-je

CHANT ONZIÈME. ÎOJ

Le mystérieux fil de ce long sortilège. »

Et le voilà montant pas à pas en secret,

A travers les rameaux de l’épaisse forêt,

Jusqu’à cette fontaine où l’onde toujours pure,

Près du vieil oratoire épanche son murmure.

Là, les brebis paissoient à l’entour du ruisseau,

Là, se recueilloit Jeanne au doux roulis de l'eau,

A l'heure où de Bermont visitant la chapelle,

Elle alloit vers l’étoile et l’étoile vers elle;

Quand tout à coup, du sein de l’astre radieux,

Le cortège divin se déroule à ses yeux;

Et Micaël lui dit : « Qu’attendez-vous encore,

Jeanne? dans votre cœur le zèle qui dévore S’est-il éteint? Déjà la cité d'Orléans A laissé bien des morts aux mains des assiégeans. Quittez, quittez les champs où fleurit la fougère Pour le champ des combats : ne soyez plus bergère !»

A ces mots de l’Archange, une froide pâleur Sur le front de la Vierge imprime la douleur.

Mais de son tremblement bientôt victorieuse,

Elle s’écrie : « Eh bien ! ne soyons plus heureuse !

Et puisqu’ ainsi le veut mon souverain Seigneur,

De l’éternité seule attendons le bonheur.

Je dirai mes adieux à mon père, à ma mère...

Je quitte mes brebis, je ne suis plus bergère...

Qui me donnera donc, j’ose vous en prier,

Une épée, une lance, un casque, un bouclier? »

Et le père écoutoit ces paroles étranges.

Lui qui n’apercevoit ni les Saints ni les Anges Et des célestes voix n’avoit rien entendu.

Côuché sous un vieux chêne, il soupire éperdu,

Il voudroitde sa fille accuser la démence.

aol JEANNE D'A UC.

Mais aux premiers accens que sa plainte commence, Les mots ont expiré sur ses lèvres sans bruit,

Comme le souffle éteint d’un instrument détruit.

Dans un sommeil profond une extase le plonge Et lui jette l’éclat d’un mystérieux songe.

11 y voit Jeanne ; il voit l’Archange Micaël Qui sur un char de feu l’emporte vers le ciel.

11 voit aussi, chargé d’étincelantes armes,

Estellin, l’exilé, l’objet de. tant de larmes.

Élevant dans ses mains et sur son front guerrier En forme de couronne un immortel laurier.

D’une voix angélique il lui disoit : « Mon père,

Que votre âme s’épargne une douleur amère.

Et que l’ordre d’en haut soit toujours écouté.

Une Vierge l’annonce : et vous avez douté !

Sa parole à mon cœur s’attachant comme une aile, M'entraîne vers les cieux, et je suis saint par elle... De vos généreux soins toujours reconnoissant.

Pour votre sang bientôt j’aurai donné mon sang. »

Ces derniers mots, jetés comme un vœu prophétique Où la mort apparoit, mais où rien ne l'explique, Torturoient le sommeil du vieillard désolé.

Il étendoit les bras vers son cher exilé,

Essayant, mais en vain, sa paternelle étreinte ;

Et son cœur oppressé recommençoit la plainte D’un désespoir souffrant tout ce qu’il peut souffrir.

« Estellin n'est pas mort: Estellin va mourir! »

Il s’éveille, et d’un œil que le grand jour dessille.

Il regarde la place où naguère sa fille Vient d’exprimer le vœu dont il a tant gémi.

Mais Jeanne en méditant retourne à Domrémy.

Elle a prêté l’oreille à de nouveaux oracles.

Sous ses pas les démons vont semer des obstacles Tels que Dieu les permet pour éprouver encor Et non pour enchaîner un prophétique essor.

Le vieillard tristement va rentrer sous le chaume. Pourtant sur ses douleurs le songe a mis un baume. Il a reçu du moins les consolans adieux D’un fils mort pour la terre et vivant pour les cieux. Sa fille est toujours sainte, il le croit, il l’espère ;

Il l’appelle ; à ce cri, Jeanne aperçoit son père,

Elle accourt. Et tous deux, après ce doux élan,

Ils arrêtent leurs yeux sur le mont Julian,

Où le nom d’un impie, apostat philosophe,

Rappelle aussi les noms du glorieux Alopbe Et de ses chastes sœurs, famille de martyrs Dont le peuple a gardé les ardens souvenirs ;

Car dans leur sang la terre est ici consacrée.

« O mon Père ! implorons les Saints de la contrée. Leur céleste couronne a de nombreux fleurons.

Ils ont souffert pour Dieu plus que nous ne souffrons; Ils ont dénié tous aux païennes idoles Et l’encens des autels et l’encens des paroles,

Et tous de leur constance ils ont reçu le prix, L’éternité du ciel : vous me l’avez appris,

Mon Père ! comme vous j’honore leur mémoire Et je voudrois atteindre un rayon de leur gloire. »

— «Oh! oui, ma fille, au nom des martyrs de la foi, Je demande au Seigneur d’avoir pitié de moi. »

Et des larmes tomboient sur les feuilles jaunies ;

Et Jeanne d’Arc au ciel levoit ses mains bénies.

Alors une moitié des plaines de l’azur Resplendissoit; mais l’autre étoitd’un voile obscur

ii) Ci

Enveloppée; et l’air, chargé de vapeurs sombres, Sernbloit rouler des flots de fantômes et d’ombres Qui du mont Julian avoient noirci le front,

Tandis que les coteaux de Creux et de Bermont,

Où pleuraient le vieux père et sa ülle angélique, Restoient illuminés d’un astre magnifique Dont les rayons au ciel, comme des jalons d’or,

Et des coeurs et des yeux émerveilloient l’essur.

Du cortège des Saints la foule glorieuse,

Des rives de la Loire aux rives de la Meuse Promenoit dans les airs ses divines splendeurs.

Ainsi, rasant des mers les vastes profondeurs,

Ainsi flottent la force et l’éclat des empires.

Aux nombreux pavillons de leurs nombreux navires.

Mais pourquoi les autans et pourquoi les éclairs En face d’un ciel pur?.. Ils viennent des enfers.

Des suppôts de Satan la fureur inquiète A découvert la Sainte et son humble retraite.

Vers Domrémy de loin ils la voyoient marcher. Soutenant son vieux père ; ils n’osoient l’approcher. Son aspect virginal leur est une barrière,

Et leur œil ténébreux frémit à sa lumière.

Tel pour l’oiseau des nuits le supplice du jour.

Des tortueux ravins essayant le détour,

Vingt fois ils ont couru comme sur une proie,

Et vingt fois sur le mont la terreur les renvoie.

Puis ils se reposoient de tous leurs vains efforts En fouillant dans la terre et dans les os des morts Les honteux souvenirs de la Gaule idolâtre.

« De mes anciens exploits je revois le théâtre ;

Disoit l’un d’eux. Durant trente siècles entiers Mon souffle a de la Meuse habité les sentiers.

Oh ! combien de moissons dans la main des Druides Pour l’enfer! et combien nos coups étoient rapides l Alors les droits du vice et ses attraits vainqueurs A peine rencontraient des combats dans les cœurs. Mais depuis que le monde a sous un joue sévère Médité la parole et le sang du Calvaire,

Que d’âmes chaque jour nous chassant de leurs toits, Ont passé de nos mains dans les bras de la croix.

Et de la croix au ciel!., et voyez ces chaumières, Nous en sommes bannis au refrain des prières.

Cette fille des champs surtout a des soupirs «

Qui réveillent ici les ardeurs des martyrs.

Je sens autour de nous circuler leurs haleines Comme une autre torture ajoutée à nos peines. »

El les maudits crioient : « Allons, allons ailleurs! » Et, plus prompts que les vents, ilssont à Vaucouleurs.

Un castel, vieux témoin de nos vieilles annales, Avec sa part de gloire et sa part de scandales,

De son jeune seigneur, Robert de Baudricour,

Dans de folâtres jeux réunissoit la cour.

Oubliant un moment la guerre et le carnage,

Le brillant châtelain fôtoit le voisinage ;

Et de leurs lais d'amour les gentils damoiseaux Alloient porter l’hommage aux beautés des châteaux. La foule des démons arrivoit précédée Du cortège infernal de l'impur Asmodée ;

Et bien des cœurs atteints de leurs traits dévorans. Sous les chaînes de fleurs y trouvoient des tyrans.

C’est là pourtant, c’est là que la vierge timide Doit, sur l’ordre de l’Ange, aller chercher un guide Qui, Français par le sang et surtout par la foi,

A travers les périls la mène jusqu’au roi.

Pour ce nouveau courage elle étoit préparée.

Hier, de tous les Saints la fête célébrée,

Et des morts aujourd’hui le pieux souvenir Au banquet des élus la voyoient revenir.

Durant ces jours sacrés, oh ! combien, combien d’âmes Du gouffre expiatoire ont secoué les flammes Au cri de sa prière, et partant vers les cieux Vont lui rendre au centuple un prix mystérieux !

Demain à Vaucouleurs, elle en est trop certaine.

Sa première entrevue, hélas ! restera vaine.

Ainsi l’ont annoncé les angéliques voix.

Mais en tout, imitant l’humble. Dieu de la croix,

Elle doit comme lui de plus d’une avanie Devant mille témoins subir l’ignominie.

Au frère de sa mère, au bon Durand-Laxart,

Elle s’est confiée à l’heure du départ;

Et tous deux cheminant à travers les bruyères.

Et du saint chapelet récitant les prières.

Ils arrivent enfin auprès du vieux manoir.

Là c’étoient d’autres chants, le matin et le soir.

Près de l’arbre sans feuille et sur l’herbe flétrie.

Les nobles jouvenceaux dansent dans la prairie ;

Et narguant et le froid et le deuil des hivers,

De leurs bruyantes voix font retentir les airs.

Dans leur douce ivresse,

En toute saison.

Amour et jeunesse Bercent la raison.

« Le printems couronne Nos fronts de ses fleurs,

Et l’été nous donne

Avec ses chaleurs Tout ce qu’il moissonne ; Puis la riche automne Mille autres bonheurs.

Jamais dans nos cœurs L’hiver ne frissonne Avec ses rigueurs.

« La nonne attentive A ses oraisons Comme une captive Au fond des prisons.

Reste sur la rive.

Nous, comme l’eau vive, Nous nous divisons,

Nous nous unissons,

Et, quoi qu’il arrive, Chantons et dansons.

« Une troupe ailée Craignant les frimas,

A pris S3 volée Vers d’autres climats ;

Mais, dans la mêlée,

La nôtre stylée,

Et de haut en bas,

A tous les combats,

Malgré la gelée,

Poursuit ses ébats.

« Dans leur douce ivresse, En toute saison,

Amour et jeunesse Bercent la raison. »

no JEANNE D’ARC.

Comme dans un désastre, à l’aspect d’une plaie, L’âme compatissante et s’émeut et s’effraie,

Ainsi Jeanne entendant le chant de Vaucouleurs,

Aux cris du fol amour répondoit par des pleurs.

Des esprits infernaux elle étoit reconnue.

Ils frémissoient de rage et de honte à sa vue.

Mais dans les cœurs impurs s'abritant aujourd’hui. Leur satanique essaim ne s'étoit pas enfui.

La vierge s’approchant des cercles de la danse Annonce à Baudricour un mot de confidence.

« Sire de Vaucouleurs ! croyez, d’une humble foi,

Que Dieu seul peut sauver et la France et son Roi.

Si veut-il qu’au Dauphin vous me fassiez conduire.

Par un message prompt veuillez d’abord lui dire : Suivant l’ordre du ciel, Jeanne d’Arc est céans;

11 la charge d’aller délivrer Orléans ;

Et puis, menant à Rheims votre auguste personne... — « Assez! dit Baudricour. Sa raison l’abandonne. Cette tille! — Laxart, je te connois pourtant,

Toi du Petit-Burey le plus sage habitant !

Comment ne vois-tu pas en elle une insensée?

Pour l’amener vers moi quelle est donc ta pensée?

« — Quoi! noble châtelain, vous, méjuger ainsi t Ah! du moins eu secret, à quelques pas d’ici.

Daignez entendre mieux tout ce que je révèle...

« — Assez ! assez !.. C’est toi, Laxart, que j’interpelle.» Laxart ne répond rien ; il a perdu la voix.

Jeanne pleure; et soudain le fifre et le hautbois, Tandis qu’elle s’éloigne, hélas ! toute marrie. Recommencent joyeux les airs de la férié Et font encore au loin retentir les échos.

Digiti;

Puis, quand le jeu réclame un moment de repos, Baudricour en riant raconte la nouvelle ;

Et chacun veut rç.voir l’étrange pastourelle.

Elle alloit au village; et la voix des démons,

Par la voix des rieurs, disoit : « Courons! courons! »

Et d’une obscénité l’impudique Asmodée Au milieu de leurs cris jetoit l’infâme idée.

Bientôt ils sont près d’elle.— Entre les deux ormeaux Qui sur la croix de pierre étendoienl leurs rameaux , Elle est agenouillée. Elle entend leur menace,

Se lève, et dans l’élan d’une pieuse audace,

Elle s’écrie : « Au nom du Souverain des cieux, J’annonce la vertu de son bras glorieux.

Il va tirer de rien le salut de la France:

Embrassez avec moi cette sainte espérance En face de la croix. Honneur au chevalier Qui d’un serment à Dieu ne veut rien oublier !

Malheur, s’il lui falloit en rapprendre les termes! »

Au retentissement de ces accens si fermes,

Les jeunes châtelains, surpris et confondus.

Doutent si de sa bouche ils les ont entendus.

Est-ce un Ange qui parle, ou n’est-ce qu’une femme! Et ce doute uuanime épouvante leur âme.

Le peuple rassemblé croit avoir vu des feux Comme de vifs éclairs s’échapper de ses yeux,

Et les blocs de granit tressaillir sur leurs dalles Au seul frémissement de ses mains virginales.

Déjà sont répandus de prodigieux bruits.

La beauté de la fleur en annonce les fruits;

El l’admirable instinct de la foi populaire Voit la miséricorde au jour de la colère :

« Dieu seul peut noussauver parmi tant de malheurs, »

Se disoient à l’envi les gens de Vaucouleurs.

« Oh ! comme elle a l’air doux, comme elle a l’air modeste ! Est-ce que le mensonge a ce regard céleste? »

Alors, toujours debout sur les pieux degrés Où la croix vers le ciel étend ses bras sacrés,

La vierge s’abandonne à son ardeur divine :

« Oui, Dieu va réparer une immense ruine I Il a fait le grand arbre, il a fait l’arbrisseau,

Il mène à l’Océan le plus petit ruisseau ;

De son brillant soleil à la pauvre chaumière Comme aux châteaux dorés il verse la lumière ;

Sous le toit des bergers il a pris autrefois Le pasteur de son peuple et l’exemple des rois;

A son souffle puissant une femme aguerrie S’arme contre Holopherne et venge la patrie :

L’Écriture la vante aux enfants d'Israël;

Ainsi me l’a redit l’Archange Micaël.

Et moi, vous le savez, moi ûlle de Romée,

Moi de qui les brebis étoient la seule armée.

Je dois ceindre le glaive, et portant l’étendart.

Aux faits des chefs de guerre aller prendre ma part.

Je ne murmure point; mais, stlre du prodige,

Pour Dieu je m’encourage, et pour moi je m’afflige. »

Et Jeanne pleure encor. Tous les cœurs sont émus. Asmodée et sa suite ont déserté confus.

Ils n’ont pu soutenir ni l’accent prophétique,

Ni le divin regard d’une face angélique,

Ni l’aspect de la croix, auguste bouclier Où la sainte vertu vient se réfugier.

Orgueil de Satan. — Humilité des Saints. — Derniers avis de l’Archange avant le départ de Jeanne. — Incidens du siège d’Orléans. — Assauts nocturnes. — Le camp de Bourgogne. — Trêve de Noël. — Retards mystérieux de la mission divine. — Blocus resserré. — Désastre de Rouvroy. — Jeanne le prophétise à Vaucouleurs. — Baudricour consterné la laisse partir. — Enthousiasme des fidèles.— Cantique des Patrons de la France.

L’éternité rouloit son cercle de lumière.

Et le teins n’avoit pas commencé sa carrière,

Quand Dieu, de ses décrets ouvrant les profondeurs, Et du Verbe fait chair annonçant les grandeurs,

Aux regards étonnés des Anges de la gloire Montroit un avenir qu’ils avoicnt peine à croire;

Car l’homme apparoissoit au sein de l’Éternel Dans un bonheur intime et plus que fraternel :

Il étoit Dieu lui-même 1 et ce profond mystère Aux majestés du ciel associoit la terre.

au

Mais soudain Lucifer, ivre d’un fol orgueil,

Des parvis de la grâce a déserté le seuil,

Exhalant en ccs mots la fureur qui l’enflamme : a Je ne servirai point l'homme né de la femme! » L’ingrat! il est coupable aussitôt que tenté!

Et l’oracle s’avance à la réalité ;

La haine le provoque, et l’amour le consomme; I.'une donne la mort, l’autre la gloire à l’homme,

Et le fils de Marie csi le vrai Roi des cieux !

Vous ne murmurez point comme l’ange envieux, Saints de la Gaule, et vous Saints de toutes contrées, En voyant d’humbles mains à vos mains préférées, Pour sauver un royaume, étonner l’univers, Émerveiller le ciel, et punir les enfers.

Aux prodiges de Jeanne unissant vos louanges. Daignez redire encor nos chants avec les Anges!

La vierge étoit rentrée au foyer paternel.

Mais, sur l’ordre de Dieu, l’auguste Micaël Lui disoit : « A la croix, dans l’oeuvre de la grâce. Que votre coeur s'unisse et pour jamais l’embrasse ! Ainsi par les sentiers arrosés de vos pleurs Reportez dès demain l'oracle à Vauoouleurs.

D’un désastre nouveau dont va gémir la France Je mettrai sous vos yeux le grand deuil à l’avance; Jusque dans les détails vous le verrez de loin.

Vous les révélerez comme premier témoin,

Même avant qu’à moitié de sa route lointaine Soit arrivé le bruit de la lugubre scène.

« A l’autel cependant renouvelez vos vœux ;

Allez y recevoir le pain des bienheureux.

CHANT DOUZIÈME. î'J

A l'âme comme au corps il faut sa nourriture ;

Et c’est Jésus-Christ même, en sa double nature !

Ce bonheur vous prépare à l’éternel bonheur.

Sublime invention de l'amour du Seigneur,

Offrant du sang d’un Dieu le baume salutaire,

La tendre Eucharistie est le ciel de la terre.

Puisez, puisez toujours à ce béni trésor.

Celui qui 1 a goûté veut le goûter encor.

Plus le cœur en est plein et l'âme en est nourrie,

Plus ils savent aimer et.Jésus et Marie. »

Jeanne d'Arc répondoit : « Oui) l’amour et la foi Mo découvrent mon Dieu quand l’hostie est en moi. Alors que je le :sen s, alors que je le mange Sous cette ombre sacrée ! — Et vous donc. Saint Archange, Vous qui visiblement paroùsez à mes yeux,

L’œil dos élus vous voit bien autre dans les deux...

Oui, je crois ! et comment à la Toute-Puissance Voudrois-je demander compte de ma croyance?

Ne me sufïit-il point, à moi, néant obscur.

De contempler d'ici le ciel dans son azur,

Pour aimer, pour bénir le créateur suprême.

En espérant de lui tout, et rien de moi-même ?

— « Vierge, adorez toujours avec simplicité Dans toute sa splendeur la sainte vérité.

Il suffit ! Je vous laisse aux célestes gardiennes Qui sauront, à travers et les monts et les plaines,

Vous guider sur mes pas. Je m'éloigne, et bientôt Je reviens du départ jeter le dernier mot. »

Jeanne aux pieds des autels, dès l’aube matinale, Alloit donc prosterner sa candeur virginale Et se fortifier du froment des élus,

JEANNE D’ÀllC.

Gage de la ferveur et ciment des vertus.

La même piété rassembloit autour d’elle Les sœurs que lui donnoit une amitié fidèle.

Bonheur, bonheur aussi dans les tems à venir,

Aux vierges qui vivront de ce doux souvenir!

Une royale main leur ouvrira l’asile Où sous un joug sacré leur enfance tranquille,

Au nom de Jeanne d’Arc recevra dans la paix De l’hospitalité les fraternels bienfaits.

A l’entour d’Orléans retrouvez-vous ensemble, Anges et Saints du ciel ! toute la cité tremble Pour les dangers présens, pour les destins futurs De la patrie entière attachée à ses murs.

L’ennemi s’est accru. La Bourgogne guerrière Vient près du Léopard déployer sa bannière ;

Le camp s’est agrandi ; les forts sont achevés,

Et déjà pour l’assaut tous les bras sont levés.

La défense est debout dans la ville captive,

Et du milieu des pleurs la France est attentive ;

Même avant d’obtenir le salut des grands jours,

Sa foi lui prête encore un merveilleux secours.

Voici que sur le haut des portes assiégées,

Comme autour des créneaux, les femmes sont rangées; Et les preux vont en foule affronter le blocus ;

Et puis, dans la mêlée, ils ont semblé vaincus :

Et l’Anglais les poursuit ; et du rempart qui fume,'

Un déluge de feu, de soufre, de bitume,

Inondant de ses flots les fronts victorieux,

Leur rappelle du pont les sinistres adieux.

De ces vainqueurs surpris déjà deux fois soixante

Tombent sous les torrens de cette pluie ardente.

Tout le reste s’éloigne emportant avec eux Cent autres dévorés de ces horribles feux.

Rendons gloire à des mains qui, déposant l’aiguille, Forcent tout assiégeant à fuir vers sa bastille,

Dans ces jours précurseurs des jours de Jeanne d’Arc !

L’Étranger en désordre est rentré dans son parc. L’escalade est finie et le canon seul gronde.

« Désormais plus d’assauts à la face du monde Au soleil, dit l’Anglais, mais seulement la nuit. » Dans les ténèbres donc sur tous les points conduit, Et partout à la fois répandant les alarmes,

Le siège tient la ville entière sous les armes.

Depuis de trop longs jours, à son peuple martyr L’aiguillon de la faim déjà se fait sentir.

11 souffre; mais, toujours fidèle, il se résigne.

Contre ses alliés le Bourguignon s’indigne.

La voix de Chastellux, de Bussy, de Damas,

A d'abord condamné les nocturnes combats.

« Que si pour Albion la peur les autorise.

Avec l’honneur français la peur n’est point admise.

A toute heure, au grand jour, soyons prêts à l’assaut! Mourons avec courage, et brûlés s’il le faut ! »

Et Chastenay poursuit : « Ces attaques dans l’ombre Ont à peine une excuse avec un foible nombre.

Que l’Anglais se lamente aux yeux de l’univers !

Mais ne nous mêlons point à ces lâches concerts. » Irritant sur leurs fronts cette noble vergogne,

Ainsi parloient les fils de la vieille Bourgogne;

Et durant tout le jour ce peuple de héros

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