LE BUCHER : PEINTURE DE LENEPVEU (PANTHÉON
PROCÈS ET SUPPLICE
Guillaume Erard et ne l’interrompit que pour défendre Charles VII que le prédicateur attaquait. A la fin du sermon, elle éleva la voix et déclara qu’elle maintenait tout ce qu’elle avait dit. Elle ne fit qu’une concession : elle accepterait le jugement du Pape, s’en rapportant à lui, après Dieu. On lui fit observer que l’évêque de Beauvais était le Pape à Rouen : elle le récusa.
L’évêque lut la sentence. Comme Cauchon arrivait à la déclaration qui livrait Jeanne au bourreau, la pauvre fille eut une défaillance. Elle demanda un délai. On le lui refusa : l'abjuration immédiate, ou le bûcher! Jeanne mit une croix au bas de la déclaration. Cet acte quasi inconscient, arraché à la nature brisée, ne devait pas sauver Jeanne.
Ramenée dans sa prison, elle y revêtit les habits de femme qui lui étaient imposés : c’est par là qu’on allait la reprendre. En butte aux brutalités de ses gardes et aux violences impudiques des visiteurs, elle reprit, deux jours après, ses habits d’homme. Le 28 mai, l’évêque et ses assesseurs vinrent constater le fait et la déclarèrent relapse. Ils l’interrogèrent sur ses voix : elle les avait entendues lui reprocher d’avoir « trahi Dieu par son abjuration, perdant son âme pour sauver sa vie ». Et regrettant d’avoir faibli par peur du feu, elle déclara qu’elle entendait ne rien révoquer sans le plaisir de Dieu. Aussi bien « elle aimait autant mourir en une fois que mourir si longuement dans une prison. »
On n’avait plus qu’à allumer le bûcher.
Oh! ce supplice! ces flammes anglaises dévorant sur la terre de France la plus pure incarnation du patriotisme français! Les historiens et les poètes Pont àl’envi flétri ; par eux l’ame de la Patrie a pleuré des larmes immortelles sur ce bûcher. Qu’on nous permette do citer ce beau mouvement détaché de l’ouvrage de Joseph Fabre, l’historien fervent de Jeanne :
PROCÈS ET SUPPLICE
« Vercingétorix et Velléda, martyrs en qui s’incarna jadis la patrie, voici que Jeanne va vous rejoindre, la dernière et la plus grande d'une trinité glorieuse.
Toi, Vercingétorix, tu étais fait pour sauver la Gaule et chasser César; mais tu fus trahi par les prêtres et par les seigneurs; tu fus enfermé six ans dans un cachot; tu ornas le triomphe du vainqueur; et tu péris étranglé.
Toi, Velléda, tu prêchas la guerre de l’indépendance et tu éveillas tes Gaulois du sommeil de la servitude ; puis, prise et menée captive, tu mourus à Rome d'une mort misérable.
Héros de notre vieille Gaule, le 30 mai 1431, vous dûtes vous lever de votre poussière, pour regarder mourir l’héroïne de notre vieille France !» (1)
Le matin, Martin Ladvenu vint annoncer à Jeanne que son heure était venue. Elle eut une crise de larmes et des cris de douleur; le bûcher l’épouvantait : même résignée à mourir, elle reculait devant ce supplice des sorcières.
« Évêque, cria-t-elle à Cauchon venu pour essayer de lui arracher une rétractation, évêque, je meurs par vous ! J’en appelle de vous à Dieu. »
Frère Martin Ladvenu reçut sa suprême confession, et elle fut admise à communier. A neuf heures, revêtue de la chemise des suppliciés, coiffée d’une mitre portant ces mots « Hérétique, relapse, idolâtre, apostate », elle fut livrée au bourreau qui la prit dans sa charrette et la conduisit à la place du Vieux-Marché. Les Anglais, armés de haches et de bâtons, escortaient la charrette.
Au pied du bûcher, une estrade était dressée où l’on fit monter Jeanne pour la montrer à la foule, tandis que maître Nicolas Midi développait, en un sermon, les
i. Joseph Fabre : Jeanne d'Arc , libératrice de la France, Librairie Illustrée, Paris.
PROCÈS ET SUPPLICE
causes du supplice. Aux dernières paroles du sermonneur, Jeanne tomba à genoux, priant Dieu, adressant un suprême appel à ses voix, demandant à tous pardon et prières pour son âme.
Cauchon lut la sentence qui la livrait au bûcher. Alors, comme c’en était fait d’elle, que tout espoir était vain, Jeanne se tourna vers le ciel qui l’attendait. Elle demanda une croix ; un Anglais en fit une avec un bâton, elle la prit et demanda encore à Frère Isambard d’aller chercher celle de l’église voisine et de la tenir élevée devant elle jusqu’à la fin.
Les Anglais s’impatientaient; leurs soldats demandaient à en finir et pressaient le bourreau, il saisit Jeanne et la fit monter sur le bûcher où il l’attacha au poteau des suppliciés.
Comme le bourreau approchait la torche, elle poussa un cri « Jésus ! » Cauchon était là, cynique, exhortant Jeanne à bien mourir.
— Je meurs par vous ! lui dit-elle pour la seconde fois.
Puis, laissant couler ses larmes :
— Rouen ! Rouen ! s’écria-t-elle, j’ai bien peur que tu n’aies à souffrir de ma mort !
La flamme montait, la mort venait : Jeanne, du milieu de la fumée, éleva encore la voix pour affirmer sa foi :
— La mort va m’ouvrir le paradis... C’est la délivrance dont me parlaient mes voix.., mes voix étaient de Dieu... mes voix ne m’ont pas trompée.
Enveloppée par les flammes, elle leva la tête vers le ciel et expira en murmurant « Jésus ! »
Tous les assistants pleuraient; seuls quelques soldats anglais essayaient encore de rire. L’un d’eux s’était engagé à porter son fagot au bûcher ; au dernier moment, il recula, près de défaillir : il avait cru voir l’âme
PROCÈS ET SUPPLICE
de Jeanne s’envoler sous la forme d’une 'colombe. Un autre prit la fuite en s’écriant : « Nous sommes perdus : nous avons brûlé une sainte ! »
Ce cri, la postérité Y a retenu et inscrit sur la table des autels qu’elle a élevés à la Vierge Martyre.
La haine de9 Anglais ne s’arrêta pas au bûcher : Le cardinal de Winchester ordonna que le9 cendres de Jeanne fussent jetées à la Seine. Il ne nous reste rien de la grande héroïne, que l’impérissable souvenir de sa mission, mais ce souvenir nous suffit.
La Patrie a immortalisé la sainte fille qui mourut pour elle : entre tous les autels élevés à la mémoire des héros dont le génie ou les vertus éclairent son passé, l’autel de Jeanne d’Arc lui est sacré. C’est ce culte national, c'est cette réponse logique de la postérité aux enseignements de l’histoire, que nous avons tenu à enregi strer dans les pages qui suivent.