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DEUXIÈME PARTIE

LE CULTE DE JEANNE

LE CULTE DE JEANNE

Le caractère de Jeanne, son sublime dévouement à la Patrie, les miraculeux exploits de sa carrière militante, la délivrance enfin de son pays auraient suffi à immortaliser l’humble bergère de Domrémy : dernière étape de sa mission providentielle, le bûcher de Rouen a sacré cette héroïque figure en lui mettant au front l’auréole du martyre.

« Dieu, a écrit un de nos grands poètes, réservait à Jeanne un sort achevé : il n’en est point sans l’iniquité des hommes et sans le martyre pour son pays. » Jeanne d’Arc a épuisé la coupe de l’iniquité humaine et subi le martyre pour la France: elle a eu le sort achevé qui lui était réservé — et la main serait deux fois sacrilège qui oserait toucher à la couronne de gloire et de sainteté que la foi et la reconnaissance lui ont tressée.

Il faut le dire, à l’honneur de la France et à la confusion des ennemis de l’héroïne-soldat de Dieu : nulle victime n’a été, à l’égal de Jeanne, vengée de ses bourreaux. Cette vengeance commença au lendemain même du supplice. « Nous sommes perdus; nous avons brûlé une sainte ! » s’écriait, aux dernières lueurs du bûcher, un de ceux qui l’avaient allumé. Juste pressentiment arraché par le remords et l'effroi : le succès des armes françaises que l’esprit de Jeanne éclairait encore, allait

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persister en se développant jusqu’àl’expulsion définitive des Anglais. Sans plus attendre, l’œuvre de réparation allait* commencer : à l’exception des seules parties du sol encore opprimées par les Anglais, toute la France allait pousser le même cri de réprobation à l’adresse des bourreaux de Jeanne ; Charles VII, pris de regrets, hélas! tardifs, appuierait de tout son pouvoir la demande de réhabilitation formulée par les parents de la vierge martyre ; Louis XI, son fils, ferait relever la maison de Jeanne d’Arc à Domrémy, et, en 1612, un autre roi, Louis XIII, consacrant l’anoblissement de la famille de Jeanne, lui reconnaîtrait le nouveau nom de Du Lis, tiré des fleurs du blason de France.

Cette œuvre de réparation s’est continuée à travers les siècles; le culte de Jeanne s’est établi, pur comme elle, immortel comme la Patrie qui la célèbre, la bénit et l’invoque au triple titre d’héroïne, de libératrice et de sainte. De génération en génération, ce culte s’est transmis avec l’histoire nationale qui lui a donné ses meilleures pages, par la bouche des poètes qui lui ont consacré leurs meilleurs chants. L’étranger même y a concouru : la Vierge d'Orléans, du poète allemand Schiller, est une des plus belles œuvres qu’ait inspirées le souvenir de Jeanne; et, tardive mais significative, réparation, il n’est pas jusqu’à l’Angleterre qui n’ait apporté ses fleurs à cette apothéose : son poète Southey a chanté et glorifié Jeanne.

Il faudrait plusieurs gros volumes pour étudier ce culte dans toutes ses manifestations, pour le suivre, à travers les âges, dans sa marche ascendante vers l’autel définitif où rayonne aujourd’hui l’image de Jeanne d’xirc. Chroniqueurs, historiens, poètes, musiciens, peintres et sculpteurs : de tout temps, la plume qui transcrit la pensée et l’art qui traduit les visions de l’esprit se sont

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sentis attirés par la douce en même temps qu’héroïque figure de la Vierge Lorraine: c’est bien ici la tragédie nationale qui, commencée dans une chaumière pour finir sur un bûcher à travers une série d’actions qui tiennent du prodige, doit hanter les cerveaux privilégiés. Les œuvres qu’elle leur a inspirées empliraient une bibliothèque, suffiraient à l’établissement d’un musée national : quelle plus magnifique preuve pourrait-on donner de la place qu’occupe Jeanne sur l’autel de la Patrie?

A. ces témoignages, nous avons eu à cœur d’ajouter çeux de nos Prélats français qui ont apporté le précieux concours de leur éloquence et l’appui de leur autorité à la croisade dont nous sommes les modestes historiographes: nous complétons notre revue par une visite aux principaux autels qui ont été élevés à Jeanne d’Arc, gardiens de sa mémoire et de la religion patriotique dont elle est la sainte reconnue et bénie : Domrémy, Vau couleurs, Orléans, Rouen, Paris.

Nous n’avons pas pu faire une place à tous les autels de Jeanne d’Arc, si nombreux en notre France patriote : il nous eût fallu citer toutes les villes, les bourgades mêmes que Jeanne marqua de son passage, au cours de sa glorieuse mission, de Domrémy à Rouen, et, après elles, les innombrables cités, à commencer par la vieille Lorraine et la malheureuse Alsace, qui encensent et invoquent la grande libératrice. L’étranger même : la Belgique, la Hollande, le Portugal, le Canada, l’Amérique et jusqu’à l’Angleterre, nous eût fourni son contingent de documents. Nous avons dû nous borner à recueillir les seules manifestations empreintes d’un caractère plûtôt national que local, dans les cadres historiques qui font, pour ainsi dire, partie de la légende de Jeanne d’Arc et sont destinés à devenir, s’ils ne le sont déjà, le but des pèlerinages organisés par le patriotisme et la foi en l’honneur de la vierge de Domrémy. C’est à

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ceux qui prendront part à ces pèlerinages et aux fidèles de Jeanne qui n’y assisteront que parla pensée, dans la communion des mêmes sentiments de reconnaissance et de vénération, que nous dédions spécialement la seconde partie de cet ouvrage.

Ces pèlerinages ont encore, à l’heure où nous écrivons, un caractère privé; la sainte de la patrie attend toujours l’heure de la béatification qui sonnera pour elle le jour où les vœux de ses innombrables fidèles seront exaucés. Ces vœux ne datent pas d’hier; la béatification de Jeanne n’est pas une idée nouvelle, l’idée — pour employer les termes mêmes dont s’est servi à cet égard M. l’abbé Ch. Chapelier, chercheur consciencieux autant que défenseur éloquent d’une cause chère entre toutes aux âmes croyantes et patriotes, — l’idée d’un peuple en détresse rêvant une revanche glorieuse.

Dès avant sa mort, Jeanne fut déclarée bienheureuse par la voix publique. Comme nous l’avons relaté ailleurs, au chapitre de la délivrance d’Orléans, on l’attendait au passage pour baiser ses mains et ses vêtements; on conservait pieusement les objets dont s’était servie celle que le commun du peuple, dit un chroniqueur bourguignon, appelait « l’angélique Pucelle ». La fameuse procession du 8 mai, à Orléans, fut instituée du vivant de Jeanne d’Arc; la bannière et l’image de la sainte fille étaient exposées par le clergé à la vénération des fidèles ; son 110m volait sur toutes les lèvres ; son souvenir était gravé dans tous les cœurs, c’était l’auréole de Jeanne qui éclairait cette touchante cérémonie..

A la mort de l’héroïne, on ne fonda pour elle ni messes, ni obits : on ne priait pas pour son âme, on la priait plutôt. La voix publique — cette voix de Dieu — demanda dès le lendemain du supplice, que Jeanne fût béatifiée, et cette première tentative n’échoua que devant l’opposition intéressée des persécuteurs de l’héroïne.

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D’après M. l’abbé Chapelier, notre érudit correspondant, déjà cité, à qui nous sommes heureux de donner la parole pour la proclamation du caractère bienheureux de Jeanne, des médailles, des statues, des images en son honneur circulèrent presque aussitôt après sa mort, même avant, s’il faut s’en rapporter à l’acte d’accusation dressé contre elle (Cf: Quicherat. -Procès : T. /. p . 290.) Il y a ici la trace d’un culte privé très répandu, qui est l’un des plus solides moyens sur lesquels puissent s’appuyer les promoteurs de sa béatification.

Des médailles datant de 1430, et dont l’une se trouve actuellement au musée de Cluny, figurent sur une de leurs faces, le buste ou les armes de Jeanne d’Arc. Or ces sortes de médailles étaient jadis destinées à être portées par les fidèles en signe de dévotion.

Sur un vitrail de l’église Saint-Paul, à Paris, décrit par l’abbé Lebœuf et exécuté par un des peintres verriers de Charles VII, on voyait Jeanne d’Arc habillée en vert, à côté de Moïse, de David et de Godefroy de Bouillon.

Plusieurs gravures antiques représentent la Pucelle avec les attributs de la sainteté. La plus ancienne de ces xylographies date de 1538 : Jeanne, la tète ceinte de la couronne du martyre. Cette gravure se trouve dans le Regalium Francise libri duo , de Charles de Grassailles, (Lyon, 1528.)

La Lorraine-Artiste (8° année, n° 6-22 juin 1890) reproduit quatre épreuves de vieux bois ayant servi, d’après elle, à l’illustration d’une histoire de Jeanne d’Arc, imprimée vers 1660. Dans la première de ces gravures, Jeanne est nimbée ; mais il est douteux que ces bois antiques se rapportent à Jeanne d’Arc.

Nous avons eu pendant quelques jours entre les mains une curieuse effigie de Jeanne d’Arc, modelée en cire, appliquée sur une tablette d’ivoire. L’héroïne est défi

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bout, nimbée d'or, les yeux levés au ciel. Cette effigie dé vingt-quatre centimètres de hauteur, remonte au commencement du xvn* siècle.

Plusieurs statues de Jeanne figuraient dans nos cathédrales ; à Toul, par exemple, dans l’allée latérale gauche, et soutenue à plus de trois mètres de hauteur par une espèce de console scellée dans un pilier qui porte la voûte de la chapelle Saint-Nicolas. Pendant deux cents ans et plus, cette effigie fut entourée de vénération. Elle succomba en 1793, sous les coups d’une fureur sauvage, avec les innombrables statues qui décoraient l’antique cathédrale.

M. Lanéry d’Arc possède, affirme-t-il, dans sa collecleetion une statue de Jeanne d’Arc, xv e siècle, qui semble provenir d’un oratoire. Qu’on nous permette de rappeler ici qu’il faut apporter une extrême prudence dans l’identification de ces statues anciennes. Le musée de Cluny s’est enrichi, il y a quelques années, d’une statue en bois, xv° siècle, autour de laquelle on fit un instant quelque bruit. Elle provient de l’église de Montargis.Les archéologues (Cf: Notes iconographiques sur Jeanne (T Arc, par E. de Bouteillier et G. de Broux) et quelques autres brochures d’inégale valeur — reconnurent dans cette statue la Pucelle, armée de toutes pièces et montée sur un cheval dans l’attitude du repos. Or, cette statue équestre est tout simplement un saint George. M. Henri Stein, appuyé sur une déposition du trésorier de la fabrique paroissiale de Montargis, en a fait récemment la preuve.

ABeaurevoir, où Jeanne fut gardée prisonnière, le voyageur peut contempler, dans l’église, un vieux tableau assez mal peint, qui représente notre héroïne. C’est une apothéose ; Jeanne est reçue au ciel par No tre- Seigneur entouré de ses anges.

La maison de Jeanne d’Arc, à Domrémy, fut dans

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tous les siècles, le but d’un pèlerinage très fréquente. Une antique statue de la Pucelle se trouve aujourd’hui dans la première chambre, et les pages du registre où les pèlerins fixent leurs inspirations, débordent à la fois d'enthousiasme patriotique et de vénération religieuse.

Si l'on faisait appel aux poètes et aux chroniqueurs français, on recueillerait même aux plus mauvaises époques de notre histoire, une riche moisson de témoignages en faveur des vertus héroïques et de la sainteté de Jeanne d’Arc. Ce genre de preuves aurait-il la force d’un argument didactique? J’en doute fort, mais il existe deux sortes de documents écrits d’une autorité et d’une signification incontestables : les Mystères et les Oraisons liturgiques , composées uniquement en l’honneur des saints. Plusieurs de ces oraisons liturgiques concernant la mémoire de Jeanne d’Arc et les prodiges dus à son bras vainqueur, ont été récemment publiées: elles témoignent d’un véritable culte envers la vierge lorraine.

On connaît le Mystère du siège d’Orléans, représenté dans cette ville, aux fêtes du 8 mai 1436, et l’on sait que ces mystères n’étaient, du moins dans leur origine, que la prolongation d’une certaine partie de l’office sacré.

Enfin les hagiographes du diocèse d’Orléans mettent la Pucelle au nombre de leurs saintes, et le Martyrologe d’André de Saussay mentionne le martyre de notre chère héroïne. Le Grand ménologe des saintes Bienheureuses et Vénérables Vierges (par le P. François Lahier, Jésuite, Lille, 1643) donne au 30 mai, La Vie de la Dévote et généreuse Jeanne d’Arc surnommée la Pucelle d Orléans.

Ne sommes-nous pas en droit de conclure qu’il y a peu de vierges dans les annales de l’Eglise dont les vertus aient jeté plus éclat, et dont la mémoire dans tous les

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siècles, soit par un grand peuple entourée d’autant de respect religieux et de bénédiction !

Ces conclusions, la France croyante est tout entière prête à les contresigner; et le jour vient où, cédant à la prière d’un peuple, au témoignage de quatre siècles de vénération, et consacrant le jugement des foules, la suprême autorité de l’Eglise accordera à Jeanne d’Arc la place qui lui est due sur les autels de nos pères, parmi les saints protecteurs de la Patrie, à côté de Sainte Geneviève, entre Charlemagne et Saint Louis.

JEANNE D’ARC

DEVANT L’ÉGLISE DE FRANCE

JEANNE D’ARC DEVANT L’ÉGLISE DE FRANCE

« La parole est impuissante devant cette figure unique, incomparable, à laquelle rien ne ressemble, ni dans l’histoire, ni dans la poésie, et dont la beauté surpasse l’idéal même.

J’affirme qu’on ne peut s’en approcher et lire, comme je viens de le faire, les pages de cette histoire, dans ces deux procès, où elle apparaît toute vivante encore, et, j’oserai le dire, étincelante, sans avoir la conviction irrésistible qu’on est là devant une sainte héroïque, devant une envoyée de Dieu.

On y éprouve aussi une impression étrange : on se sent transporté comme dans une atmosphère inconnue où mille éclairs, tour à tour d’une douceur et d’une terreur sublime, traversent Tâme, et on s’écrie, dans un saisissement religieux : C’est une sainte! Dieu était là!

Ou plutôt, on découvre ici un plan supérieur et divin.

Dans un premier horizon, triste, abaissé, désolé, on voit, hélas ! les iniquités et les malheurs d’une grande nation. Tout y est sombre, désespéré, chargé de nuages épais. L'étranger domine, et nous foule aux pieds; ses hommes d’armes, durs, avides, envoyés pour le châtiment, passent et repassent, promenant partout le ravage; mais, trop indignes vengeurs de la justice, et ne sachant punir les crimes que par d’aulres crimes, il ne pouvait leur être donné de changer les destinées de

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cette grande race française, que Dieu, depuis Clovis, Charlemagne et saint Louis, avait élue pour de si grandes choses.

Alors, dans un horizon plus élevé, sur un fond d’une sérénité divine, apparaît une vision céleste : c’est une jeune fille, pure comme une sainte, intrépide comme l'archange, simple et sublime, modeste et ardente; c’est une guerrière, qui, de son regard et de son épée, disperse et chasse devant elle les bataillons de l’étranger, et entraîne sur ses pas tous les cœurs dévoués encore à la cause sacrée de la patrie.

Prédestinée de Dieu, et admirablement fidèle à son élection, elle concentre dans son cœur, comme dans un pur foyer, toutes les angoisses, tous les espoirs, toutes les vertus, tout l’héroïsme français; elle rend du cœur à tout un peuple abattu, console la grande pitié qui était au royaume de France ; et puis, tout à coup, trahie, délaissée, elle disparaît dans les flammes d’un bûcher.

Mais, la victime à peine recueillie dans les cieux, et • la flamme du bûcher éteinte, la lumière brille de nouveau au ciel de la France, l’œuvre de Dieu s’achève, la délivrance se consomme; et, purifiée dans ce baptême de sang et de feu, rachetée par ce grand holocauste, la fille aînée de l'Eglise reprend ses destinées providentielles, et la France, à travers les temps les plus orageux, ne cesse plus d’être le soldat de Dieu, comme dit Shakespeare, et, à l’heure qu’il est encore, dans cette Europe si incertaine et si agitée, c’est le drapeau de la France, c’est son épée, qui garde à Rome le tombeau des saints Apôtres.

O Jeanne, ô sainte enfant, sainte guerrière, sainte martyre, c’est à vous que nous le devons!

Il y a eu depuis d’autres crimes, d’autres malheurs, d’autres victimes. Qu’en arrivera-t-il un jour? L’expiation est-elle achevée? c’est le secret du ciel. Puisse du

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moins ma patrie, toujours fidèle à la foi de Jeanne d’Arc, mériter à jamais le regard et les bénédictions de Dieu ! »

(Mgr Dupànloup, évêque d’Orléans, 8 mai 1869.)

« Jeanne d’Arc est la gloire sans pareille de la France, de rhumanité tout entière. Je ne connais rien de plus beau après la Vierge Marie. Elle est une des plus angéliques figures du ciel. Nous attendons avec impatience de pouvoir l’invoquer sur la terre comme la sainte la plus patriotique, parce qu’il n’y eut jamais parmi nous une âme plus française.

Ah! quand nous sera-t-il donné de lui dire avec l’Eglise : Sainte Jeanne d’Arc, sauvez la France !

Vous ne serez pas embarrassé pour prouver qu’elle fut une envoyée de Dieu : Tout est là. Si sa mission n’est pas divine, les merveilles de sa vie sont un mystère à renverser tout raisonnement : nous sommes en plein absurde.

Telle vous nous la ferez connaître à Domrémy, à Orléans, à Reims, à Rouen, les quatre plus glorieuses étapes de son histoire miraculeuse :

A Domrémy, modèle en tout, modèle de tous, par le méritant suffrage unanime de ses compatriotes, le témoignage d’une conduite absolument irrépréhensible, on l’appelait déjà : la Petite Sainte .

A Orléans, menant ses guerriers à l’assaut des remparts au nom de Dieu . « Bataillons , leur disait-elle, et Dieu donnera la victoire > ; et les Anglais furent battus et chassés par une jeune fille de dix-neuf ans.

A Reims, debout près de Charles VII, qu’elle a rétabli roi de France, et qu’elle fait sacrer roi très chrétien.

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A Rouen, abandonnée, trahie, calomniée, torturée pendant de longs mois, dans un noir cachot, livrée à tous les outrages, condamnée indignement, et enfin martyrisée sur son calvaire de feu.

Vous n’oublierez pas de rappeler que, déjà au pied du bûcher sanglant, l’heure de la réparation sonnait son premier coup. Anglais et Français se frappaient la poitrine en s’écriant : Nous sommes perdus, nous avons fait brûler une sainte ; absolument comme au Golgotha: Gelui-ei était vraiment le Fils de Dieu, disaient le centurion et les soldats qui gardaient Jésus-Christ, attaché à la croix.

Voilà ce que vous direz.

Léon XIII écrivait récemment : Columbus noster est, Christophe Colomb est à nous : personne ne nous disputera Jeanne d’Arc, et nous pouvons dire, les registres de sa paroisse en main : Joanna nostra est. Elle est k nous, née comme nous de parents catholiques, devenue notre sœur en Jésus-Christ par le saint baptême, qui fut toujours son vrai titre de gloire, et dont elle ne viola jamais les engagements.

Elle est à nous, dans la chaumière paternelle, pieuse enfant, modeste jeune fille, la joie de ses parents, l’édification de ses compagnes, au catéchisme de son curé, à la garde de son troupeau, au travail des champs, à l’église chaque matin, et souvent à la table sainte.

Elle est à nous dans l’humilité et dans la gloire, dans sa vie et dans sa mort: elle est à nous en tout et partout : à nous toujours.

Nous catholiques, nous avons la propriété exclusive de ces miracles de la Providence.

En vain les falsificateurs de l’histoire veulent nous la prendre en la défigurant, et en la présentant comme une hallucinée. Quoi donc! Dunois, La Hire, Xaintrailles, et mille autres auraient obéi à une hallucinée! Vous

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qui affirmez cette sottise, auriez- vous obéi à une visionnaire? Est-ce que vous croyez que ces vaillants chevaliers n’avaient pas autant d’esprit que vous?

Gardez vos grands hommes : Mettez-les au Panthéon; nous ne vous les disputerons jamais ; mais Jeanne d’Arc est à nous, de son premier à son dernier jour, sans démenti, sans défaillance : Joanna nostra est .

Consultez les trois mille cinq cents ouvrages catalogués par M. Pierre Lenéry d’Arc, un jeuno savant Aixois, infatigable chercheur de tous les documents qui intéressent son admirable parente dont il porte noblement le nom : vous n’en trouverez pas dix, qui ne soient la justification et l’apologie de la mission divine de la libératrice de la France.

Nous avouons qu’elle fut envoyée à la mort, par un indigne évêque, qui n’avait rien de Français puisqu’il s’était vendu aux Anglais.

Mais le Pape Callixte III a vengé la Vierge de Domremy.il a ordonné la révision du procès : il a cassé et annulé la sentence comme la plus monstrueuse depuis celle de Pilate. Nous attendons qu’on en fasse autant pour les innombrables et innocentes victimes condamnées par les tribunaux révolutionnaires.

L’évêque Cauchon ne nous appartient pas plus que Judas, puisque nous l’avons répudié par le jugement le plus authentique et le plus solennel; — Cauchon fut le précurseur de Voltaire, ce profanateur de notre gloire nationale, la plus exceptionnelle. On peut les placer côte à côte au Panthéon ; l’un vaut l’autre.

Votre plan est donc tout tracé. Vous ferez ressortir la mission divine de la Bergère lorraine, et par là vous préparerez de nouveaux éléments à sa canonisation : il faut que les impies et les libres-penseurs soient forcés de croire au surnaturel, pris en flagrant délit de sauver la France malgré eux.

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Le jour que Rome proposera Jeanne (T Arc à notre culte, ce jour-là la France de sainte Geneviève, de sainte Clotilde, de saint Louis et de tous nos saints français, recevra un honneur que l’univers entier lui enviera. »

(Mgr Gouthe Soulard, archevêque d'Aix.)

. « La France n'a pas de plus beau poème national que Thistoire même de Jeanne d’Arc : à Domrémy, une pure et fraîche idylle; à Orléans et à Reims, une brillante épopée; ici, dans nos murs, un drame sombre et sublime à la fois : le martyre que Jeanne appelait sa grande victoire. Quand on l’a fait mourir, elle n’avait pas vingt ans; mais Dieu s’est plu à rassembler dans une vie si courte, et sur cette jeune fille qui a passé, au ciel de la France, comme une radieuse vision, tout ce qui peut émouvoir et charmer les cœurs.

Aussi, depuis quatre siècles, sa popularité a-t-elle été toujours grandissante. L’histoire, la poésie, les arts, l’éloquence ont travaillé à l’envi pour l’honneur de sa mémoire. Ne parlons pas de l’outrage sans nom que lui a jeté, dans le dernier siècle, un génie sans cœur. Aujourd’hui, l’admiration est universelle. L’Angleterre elle-même se montre magnanime dans son repentir. Par la voix de ses Évêques les plus illustres, elle demande avec nous la glorification de Jeanne d’Arc; et l’un d’eux, il y a quelques années, a fait retentir la Cathédrale d’Orléans de cet aveu digne d’un grand cœur : « J’affirme hautement qu’il y a dans nos annales une page que je voudrais arracher au prix de tout mon sang, la page qu’éclaire, à notre honte, le bûcher de Rouen. »

Mais c’est en France, et c’est surtout depuis nos mal-

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heurs, que Jeanne est plus aimée. Paris lui a érigé une statue que le peuple couvre d’étendards et de couronnes. Ce n’est plus assez que la ville d’Orléans célèbre chaque année, avec une fidélité inviolable, l’anniversaire de sa délivrance. Une loi a été proposée, tendant à déclarer fête nationale la fête de Jeanne d’Arc : noble pensée à laquelle je m’associe de toute mon âme, mais à la condition qu’il y aura fête pour le ciel comme sur la terre. Tel est le vœu non seulement de la France catholique, celle qui croit et qui prie, celle qui aime Jésus-Christ et l’Église, mais encore de tous les esprits et de tous les cœurs élevés. L’un d’eux saluait naguère la grande libératrice comme le symbole le plus pur, le plus saisissant, le plus pathétique des vertus et des traditions de notre vieille France, et, dans son enthousiasme, il s’écriait: « Si nous osions adresser une prière à Léon XIII, nous lui dirions : Courage, Saint-Père, hâtez-vous de mettre sur cette sainte mémoire la couronne de l’Église. »

C’est à l’Église, en effet, que Jeanne a confié le soin de sa gloire, et cela, au moment où des infâmes abusaient, pour la tromper, de leur caractère sacré. Si elle a fait entendre au nouveau Caïphe cette plainte déchirante : « Évêque, évêque, c’est par vous que je meurs, » jamais elle n'a confondu l’Église, pas plus que la France, avec « cette rare figure de traître ». Non, l’Église n’a pas condamné Jeanne d’Arc : c’est elle, au contraire, qui l’a vengée, en flétrissant ses juges et en proclamant son innocence.

Mais l’œuvre de la réparation ne sera complète que le jour où, sur le front de l’héroïne, brillera l’auréole des saints. C’est le grand acte auquel vient de préluder Léon XIII, montrant une fois de plus qu’il a la génie des opportunités providentielles : car la canonisation de Jeanne d’Arc serait pour tous les peuples, et en particulier pour notre pays, une admirable leçon de foi à la

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Providénce et à son action souveraine dans le gouvernement des sociétés. »

(Mgr. Thomas, archevêque de Rouen.)

« Dieu est la source et le principe souverain de toute justice et si dans les sociétés humaines les pouvoirs établis ont le droit de juger, ce n'est que par une délégation divine et ce droit ils ne l'exercent que comme mandataires de Dieu devant lequel ils sont responsables

Il peut y avoir ici-bas et il y a en effet, des justices menteuses et des jugements iniques. Dieu a sans doute des compensations providentielles pour l'innocence méconnue et il attend le juge prévaricateur au seuil de l'éternité, mais il arrive aussi qu’il choisit son heure et revise, en ce monde, les justices humaines : Cum accepero tempus , ego justitias judicabo (1).

L’histoire ne nous a conservé de cette conduite de Dieu, aucun exemple plus frappant et plus illustre que celui de Jeanne d’Arc, la sainte héroïne, martyre de sa foi et de son patriotisme.

Ah! un cœür d'évêque se serre quand, regardant le tribunal servile et déshonoré qui condamna Jeanne d’Arc, il ne peut se dissimuler qu'il se compose presque exclusivement de prêtres, de religieux, et qu’il est présidé par un évêque ; la conscience se révolte et s’indigne quand on les entend se prévaloir de leur caractère sacré pour jouer le rôle de l'Eglise, s’afficher comme représentants de l'Eglise, tandis qu’ils ne sont que les vils instruments d'une politique ennemie, assez audacieuse

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